Burdach, Traité de physiologie, II
LES LOIS DE L’nÉRÉDITÉ
lesquels dominait la couleur brune du pète, s’accoupla longtemps après la mort de celui-ci avec des verrats domestiques : parmi les petits de la seconde et de la troisième portée, il s’en trouva plusieurs ayant des taches de la même couleur que celles du sanglier.
Quand une chienne a été fécondée une première fois par un chien de race étrangère, toutes les fois qu’elle met bas ensuite, chacune de ces portées offre un petit appartenant à cette race étrangère, quoiqu’elle n’ait été couverte depuis que par des mâles de la sienne.
Ilouzeau a cité un assez grand nombre d’autres faits constatés dans diverses espèces d’animaux domestiques h
« De même, dans l’espèce humaine, nous voyons quelquefois les enfants d’un second lit ressembler au premier époux, mort depuis longtemps, et avoir plus de rapport avec lui , même au moral , qu’avec leur véritable père. » Burdach se contente d’ailleurs de cette affirmation, sans en citer aucun exemple.
P. Lucas fait de même. Il se borne à remarquer judicieusement que le fait d'enfants adultérins ressemblant à leur père putatif n’est guère probant, vu que le père putatif peut très bien aussi être le père véritable; et que ce serait dans le seul cas de mort, ou d’absence prolongée du mari, que le fait serait concluant.
Depuis la publication de son grand ouvrage sur l'Hérédité naturelle , il a cru pouvoir signaler comme un cas d’hérédité d’influence le fait suivant1 2 : Une femme, devenue aliénée à la suite d’excès alcooliques, est affectée
1. Houzeau, Etudes des facultés mentales des animaux comparées à celles de l’homme , t. II, p. 412-413. Pour les faits relatifs à l’hérédité d’influence, voir Lucas, II, 58; Darwin, Variation, I, 428, et une discussion sur ce sujet, Bulletins de la Société d’anthropologie, t. I, p. 291.
2. Clinique de Sainte-Anne, 28 juin 1878. Trousseau, II, 139, rapporte des faits pathologiques curieux.
LES LOIS
depuis sa naissance d’un tremblement général. Sa mère, qui avait des rapports intimes avec son médecin, fut prise, durant l’acte du coït, d’une grande terreur de l’arrivée de son mari, qui se traduisit par un tremblement. Une seconde fille, née plus tard, est affectée de la même infirmité, mais à un degré moindre *.
Je trouve dans Michelet, et je donne sous toute réserve, une assertion qui, si on l’accepte, serait un cas d’hérédité d’influence au point de vue psychologique, — le seul d’ailleurs que je connaisse. « Mme de Montespan, ditil, avait déjà eu un fils de M. de Montespan. Le premier enfant du roi, le duc du Maine, ne rappela que le mari. Il en eut l’esprit gascon, la bouffonnerie. On l’aurait cru de ce côté petit-fils du bouffon Zamet 2. »
Tenons-nous-en donc à ce qui vient d’être dit, et, sans nier un fait qui n’a rien d’impossible et qui ne serait peut-être pas inexplicable, nous pouvons le considérer comme si rare, si difficile à constater psychologiquement, qu’il est inutile d’y insister dans une étude sur l’hérédité mentale.
En résumé, le cas où l’enfant tient également de son père et de sa mère (s’il se rencontre) n’a pas besoin d’explication, étant la loi idéale réalisée dans la mesure possible.
\ . Ce fait est bien plutôt un exemple des influences qui agissent au moment de la génération : nous en parlerons plus loin. Les auteurs qui ont essayé d’expliquer l’hérédité d’iufluence voient dans l’imprégnation du mâle par la femelle une sorte d’inoculation, « quelque chose d’analogue à la communication de la syphilis constitutionnelle. » Voir Houzeau, /oc. cit. — Cl. Bernard explique les faits dont nous venons de parler par une fécondation incomplète. « La quantité de sperme qui descend audessous d’un certain minimum ne donne lieu qu’à une fécondation incomplète... Je pense qu’un certain nombre d’œufs reçoivent une imprégnation insuffisante pour se développer en un être nouveau, suffisante néanmoins pour laisser une empreinte à l’ovule, qu’un complément de fécondation développera plus tard. »