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L'hérédité syphilitique

Je me propose de consacrer quelques-unes des conférences de cette année à l’étude de l’hérédité syphilitique.

Il serait vraiment inutile, je crois, de vous démontrer par un long préambule l'importance de cette grande, complexe et difficile question. Qu'il me suflise de vous dire d’une facon toute sommaire qu'un triple intérêt s’y rattache, à savoir :

1° Intérêt scientifique, ressortissant à toute une série de questions les plus dignes de fixer l'attention et les méditations des médecins, telles que les suï-vantes, par exemple :

La syphilis est-elle héréditaire ?

Si elle est héréditaire, comment l’est-elle ? — De par le père, de par la mère, de par l'influence combinée des deux géniteurs ?

CD Fournier. — L'Hérédité syplhilitique. I

A quelle étape et jusqu'à quelle échéance de sa longue carrière la syphilis est-elle susceptible d'exercer son action héréditaire ?

Sous quelles formes morbides se traduit cette transmission par hérédité ?

Est-il des correctifs connus à cette influence héréditaire? — Le temps, en particulier, suffit-il à l’épuiser ? — Le traitement spécifique peut-il l'atténuer, voire l’éteindre ?

Et ainsi de suite pour tant et tant d’autres problèmes qu'il serait superflu d’énoncer quant à présent, mais qui s'imposeront à notre examen dans l'exposé qui va suivre.

2° Intérêt pratique. — N'est-ce pas, en toute évidence, à la solution des divers problèmes précédents que se rattache celle de multiples et importantes questions de pratique, toutes corrélatives au méme sujet? À savoir, pour citer encore au préalable quelques exemples :

Comment diminuer, voire conjurer, s’il est possible, l'influence héréditaire de la syphilis ?

Quand et dans quelles conditions un homme qui à contracté la syphilis peut-il, médicalement, aspirer au mariage ?

Faut-il traiter une femme syphilitique en état de grossesse ? — Et comment ?

faut-il traiter, bien que saine, une femme enceinte qui a conçu un enfant d’un mari syphilitique ?

Peut-on confier à une nourrice un enfant issu

GÉNÉRALITÉS. à

d’un couple syphilitique, d’une mère syphilitique, d’un père syphilitique ?

Été-etc:

3° Intérêt social, oserai-je dire en troisième lieu. Car ce mot a-t-1l rien d’exagéré en face de Peffroyable mortalité que lhérédité syphilitique inflige aux familles? Alors que cette mortalité s'élève jusqu'au rang d’un véritable facteur de dépopulation, ainsi que je le démontrerai ultérieurement, ne constitue-t-elle pas un dommage publie et une véritable calamité sociale ? N’appelle-t-elle pas, autant qu'elle les légitime, des mesures de prophylaxie sociale contre un fléau susceptible de tels désastres ?

Done, et sans qu'il y ait besoin d’insister davantage, vous comprenez de reste qu'à des titres divers la question de l’hérédité syphilitique est de celles qui s'imposent à l’étude du médecin et de l'hygiéniste en raison même des conséquences qu'elle comporte, conséquences multiples et variées, toutes intéressantes, quelques-unes même capitales, ainsi que vous en jugerez bientôt.

Certes, cette question n’est pas neuve, puisqu'elle remonte Jusqu'à Paracelse, qui parait avoir été le premier sinon à comprendre, au moins à aflirmer d'une facon catégorique le caractère héréditaire

LE

du mal français, lequel, parfois, dit-1l, Ji morbus hereditarius et transit a patre ad filium. Certes, elle a été, depuis plus de trois siècles, le sujet de nombreux et fort intéressants travaux. Gardezvous cependant de la considérer comme une question jugée, épuisée, sur laquelle toute discussion soit close. Bien loin de là! A coup sûr, quelquesuns des multiples problèmes qu’elle comporte ont été élucidés par ce labeur de trois siècles ; mais, à côté de ceux-là, que d’autres restent encore à l'étude et attendent leur solution ! Pour un peu de lumière péniblement acquise, que d'ombre encore à dissiper! Nos prédécesseurs éloignés n’ont fait, pour ainsi dire, que défricher le terrain. La laborieuse génération de ce siècle, bien qu'elle ait poussé plus avant la tranchée, n’a encore accompli, en dépit de ses efforts, qu'une partie de l'œuvre totale à réaliser, et, pour avoir beaucoup fait, elle n’en a pas moins laissé beaucoup à faire à la géneration suivante.

De cela ne soyez pas trop étonnés, messieurs ; car il est à cette imperfection de nos connaissances en la matière une double raison que voici :

C’est, d’abord, que la question de l'hérédité syphilitique est essentiellement complexe et singulièrement fertile en difficultés de toute espèce. Elle comporte quantité de problèmes et de problèmes d’un genre tout spécial, dont plusieurs ne peuvent trouver leur solution que dans la clientèle de ville et grâce à la fréquentation prolongée des mêmes familles.

OX

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