MODIFICATEURS DE L'INFLUENCE HÉRÉDO-SYPHILITIQUE. O
reusement fatale dans aucune de ses conditions possibles de provenance. Ainsi :
1° Elle n’est pas fatale, d’abord, alors qu’elle procède du père. Cela, nous le savons de reste, dès maintenant, par toute une série de cas relatés dans ce qui précède. Au passage, ajoutons à ces cas une observation assez piquante due à M. Langlebert.
Un mari syphilitique eut de sa femme, infectée par lui, deux enfants syphilitiques, et, d’une maitresse, restée indemne, un enfant parfaitement sain, bien que cet enfant ait hérité d'une malformation du pouce propre à la famille paternelle”.
2° L’hérédité syphilitique n’est pas plus fatale alors qu'elle dérive de la mère. On a vu (par exception, il est vrai) des femmes syphilitiques donner le jour à des enfants sains, alors qu’elles étaient en pleine période secondaire. Je me rappelle, pour ma part, le cas d’une de mes malades qui accoucha d’un enfant des mieux portants, alors qu'elle était affectée, au moment même de ses couches, d’une syphilide seléro-gommeuse.
3° L’hérédité syphilitique n'est même pas fatale de la part du couple syphilitique, ainsi que vous le savez déjà par plusieurs exemples précités.
4° Enfin, nous verrons par ce qui va suivre qu’elle a pu quelquefois ne pas s'exercer dans les conditions rationnellement les plus défavorables, c’est-àdire alors que tout semblait réuni pour que le risque
1. Nouveau diction. de méd, et de chir. pratiques, art. Syphilis F'XXXIV, p. 685.
héréditaire encouru par Penfant fût en quelque sorte inéluctable. Ce qui justifie cette boutade spirituelle de M. Diday d’après laquelle, « si le premier caractère d’une maladie héréditairement transmissible est de se transmettre, le second est de pouvoir ne pas se transmettre. »
Or, s’il en est ainsi, il faut, en toute évidence, qu'il y ait des raisons à ces éventualités contradictoires; 1l faut qu'en tels cas une raison quelconque fasse que l’hérédité spécifique s'exerce, et qu'en tels autres une raison opposée fasse que cette hérédité ne s'exerce pas. Il faut que tantôt il y ait des conditions qui mettent en éveil influence héréditaire de la syphilis, comme il faut que tantôt 1l y en ait d'ordre inverse qui suspendent et annihilent cette influence. Cela est forcé, cela s'impose.
Or, est-il besoin de dire que, ces conditions, nous aurions tout intérêt à les connaître, intérêt scientifique, intérêt doctrinal, intérêt pratique ?
Quelles sont-elles donc, quelles peuvent-elles être ? C’est là ce, qu'il nous incombe de rechercher actuellement.
Déclarer, comme préambule de cette étude, que nous sommes loin de connaître toutes les conditions qui peuvent, dans un sens ou dans un autre, influer sur l’hérédité syphilitique, serait un aveu presque superflu. Mais, enfin, si nous ne les connaissOns pas toutes, ilen est au moins quelques-unes (et ce ne sont pas heureusement les moins impor-
tantes) sur lesquelles nous sommes d'ores et déjà absolument fixés. C’est de celles-là que je vous parlerai tout d’abord, me réservant de vous exposer plus tard le bilan de ce que nous ignorons encore.
Une condition toute-puissante pour modifier l'influence héréditaire de la syphilis, c’est à coup sûr L'AGE même de la maladie.
Nul doute, nulle contestation possible à ce sujet. C’est un fait remarqué de vieille date et consigné d’une facon positive par divers auteurs, que linfluence héréditaire de la syphilis subit, avee le temps, une décroissance progressive.
Interrogez sur ce point n'importe quel médecin ayant quelque peu d'expérience de la question, et vous obtiendrez invariablement la réponse que voici: « La syphilis jeune est ou peut être terrible comme conséquences héréditaires ; tandis que la syphilis plus âgée se montre bien moins redoutable à ce même point de vue. Très positivement, la maladie s’épuise à mesure qu'elle vieillit, et perd peu à peu de sa puissance de transmission héréditaire. » Quelques médecins ont même soutenu l'opinion qu'il n’est plus d’hérédité possible à la période tertiaire.
Fournier. — L'Hérédité syphilitique.
SJ
Aussi bien, d’une façon générale, sommes-nous autorisés à dire que le temps use, atténue, amoindrit et finit même par annihiler la puissance de transmission au fœtus de la syphilis des parents. Et, en effet, des témoignages multiples témoignent en ce sens, comme vous allez le voir.
D'abord, je pourrais vous citer un certain nombre de cas démontrant que le temps (et le temps seul, indépendamment du traitement) peut corriger et éteindre l'influence hérédo-syphilitique. Exemple :
Trois de mes clients se sont mariés en état de syphilis véritablement non traitée, c'est-à-dire avec une syphilis pour laquelle ils n'avaient fait qu'un traitement presque insignifiant (d’un à quatre mois). Eh bien, tous les trois ont eu une série d'enfants sains ; mais pourquoi? Sans aucun doute, parce qu'ils s'étaient mariés longtemps après le début de leur syphilis, à savoir 5, 10 et 17 ans.
En second lieu, certains cas d’un ordre partieulier témoignent mieux encore de l’atténuation progressive exercée par le temps sur l'influence hérédosyphilitique, en nous montrant cette influence mitigée par degrés au fur et à mesure d’une série de grossesses. Ce sont les cas où l’on a vu ceci: l'influence héréditaire commencer par tuer les enfants, qui alors sont expulsés par avortement dès les premiers mois de la grossesse ; — puis, les tuer encore, mais plus tard, si bien que la grossesse se prolonge à un terme plus ou moins avancé; — puis, les laisser naître à terme, mais à l’état de pe-
ts êtres chétifs et étiques, d’avortons manifestement destinés à une mort prochaine; — puis, leur permettre de naïître plus valides, syphilitiques à la vérité, mais capables de résister à leur syphilis; —et, finalement, s’éteindre, s’annihiler, au point que des grossesses ultérieures ne donnaient plus naissance qu'à des enfants vivants et indemnes de syphilis.
Ordonnancé de la sorte, un tel tableau semble fait à plaisir pour la démonstration que je poursuis, tant il s’y accommode à souhait. Eh bien, loin d'être de la fantaisie, comme on pourrait vraiment le croire, c’est là de la réalité clinique ; et même les cas de cet ordre ne sont pas rares. En voiei deux exemples, au hasard.
Un de mes clients se marie quatre ans après avoir contracté la syphilis. Il a la chance de ne pas contagionner sa femme, que j'ai examinée à maintes reprises et toujours trouvée saine. Or, cette femme est devenue enceinte quatre fois, et ses quatre grossesses se sont terminées comme il suit :
La première, par une fausse couche à trois mois;
La deuxième, par une fausse couche à six mois;
La troisième, par la naissance à terme d’un enfant syphilitique, qui mourut de syphilis à troismois ;
La quatrième, par la naissance à terme d’un enfant sain, qui était sain encore huit ans plus tard, au moment où je perdis de vue cette famille.
Mieux encore. Mon éminent collègue J. Hutchinson a relaté le fait suivant :
Un médecin contracte la syphilis et s’en traite
pendant six mois environ. Se croyant guéri, il se marie trois à quatre ans plus tard. Sa femme reste saine et devient enceinte onze fois. Or, suivez bien les résultats fournis par ces diverses grossesses, et voyez s'ils ne s’accordent pas avec le tableau que je viens de vous tracer relativement à l’atténuation progressive de lhérédité syphilitique sous linfluence du temps :
Première grossesse; — enfant mort-né.
Deuxième grossesse; — enfant mort-né.
Troisième grossesse; — enfant né vivant, mais
syphilitique, et mourant avec les symptômes classiques de la syphilis héréditaire.
Quatrième grossesse; — enfant né vivant, mais syphilitique, et mourant, lui aussi, de la syphilis. Enfin, sept dernières grossesses amenant des enfants qui, bien que syphilitiques, résistent tous à la maladie et survivent tous.
Jusqu'ici les faits précités n'ont trait qu'à l'hérédité paternelle. Mais on observe également pour l’hérédité mixte, sous l’influence du temps, la même décroissance graduelle de la réaction syphilitique des parents sur les enfants. À cet égard, les faits les plus probants ont été cités par divers auteurs, notamment par Bertin, Diday, Bazin, Roger, Hutchinson, Kassowitz, et bien d’autres encore.
Exemples :
Une observation de Bertin est relative à un ménage syphilitique où six grossesses se terminèrent ainsi :
Première grossesse, — Avortement à six mois. — Enfant mort-né.
Deuxième grossesse. — Avortement à sept mois. — Enfant vivant huit heures.
Troisième grossesse. — Accouchement à sept mois et demi. — Enfant mort.
Quatrième grossesse. — Accouchement à terme. — Enfant syphilitique, survivant dix-huit jours.
Cinquième grossesse. — Accouchement à terme. — Enfant syphilitique, survivant six semaines.
Sixième grossesse, — Accouchement à terme. — Enfant syphi-
litique, survivant.
Un autre fait, dù à M. le D' Mireur, est encore plus démonstratif. En voici le résumé.
Un jeune maçon contracte la syphilis et se marie au début même de la période secondaire. Il ne manque pas (cela devait être) de contagionner aussitôt sa jeune femme. — Surviennent nuil grossesses dont les résultats (notez bien ceci) se déroulent suivant l'impulsion propre, naturelle, de la maladie, les deux époux restant vierges de tout traitement. C'est donc là, prise sur le fait et pure de tout mélange, l’histoire naturelle de la maladie.
Or, ces huit grossesses se terminent de la façon que voici :
Première grossesse ; — avortement au cinquième