‹ L'hérédité syphilitiqueChapitre 31 sur 67 · Hutchinson. Mémoire précité · texte numérisé non relu

Hutchinson. Mémoire précité

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SYPHILIS CONCEPTIONNELLE LATENTE.

que les bactéridies sont injectées dans le sang, etc. Eh bien, appliquez ces données à la syphilis, et vous comprendrez que la syphilis conceptionnelle dérivant du fœtus et dérivant d’une contamination sanguine puisse différer comme formes morbides de la syphilis usuelle, produit d’une contamination virulente tégumentaire.

C'est fort bien, répondrai-je. Mais remarquez que le mode de pénétration n’explique rien en l'espèce. Car il est une syphilis par conception qui s’atteste par des symptômes ultra-manifestes, donc qui n'a rien de latent; et nous ne voyons pas, nous n'avons pas à supposer qu'elle ait un mode de pénétration différent de celui qui préside à la syphilis conceptionnelle /atente. Dans l’un et l’autre ordre de cas, la contamination doit s'exercer par un même processus, et cependant les résultats sont absolument opposés. — Donc, cette interprétation n'explique rien ; il faut y renoncer.

Hypothèse pour hypothèse, je préférerais la suivante, qui, elle du moins, réunit en sa faveur quelques vraisemblances.

Celle-ci interprète les deux formes possibles de la syphilis par conception (que, pour la commodité du langage, vous me permettrez d'appeler la forme commune et la forme latente) par une différence dans la quantité de virus introduit dans l'organisme. Et voici quels arguments lui servent de base.

De par les expériences de Straus et Chamberland,

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il est acquis que les bactéridies charbonneuses peuvent passer (en petite quantité, il est vrai, mais n'importe) à travers le filtre placentaire. On sait, en outre, grâce aux mêmes observateurs, qu'il peut en passer plus ou moins, suivant les cas, voire sur les fœtus d’une même portée. On sait, enfin, de par les expériences de Chauveau, que de faibles quantités du principe infectieux peuvent produire une naladie atténuée, conférant cependant l’immunité contre des inoculations ultérieures.

Eh bien, dit-on, voila le secret de ce qui peut se produire dans les cas dont nous diseutons la pathogénie.

Supposez que le contage syphilitique (quel qu'il soit d’ailleurs, virus, microbe ou sécrétion microbique) passe en abondance à travers le placenta ; la mère sera infectée, et la forme de syphilis qui se manifestera sur elle sera la syphilis usuelle, celle qui se traduit dès la grossesse par des symptômes spécifiques (syphilis conceptionnelle commune).

supposez, au contraire, que ce même contage ne passe du fœtus à la mère que d’une facon discrète, qu’il en passe peu, très peu; la mère sera encore affectée de syphilis, mais elle aura une maladie qui, au lieu d’être la syphilis usuelle, sera une infection syphilitique d’une autremodalité, d’une autre forme, d’une forme qui pourra rester latente tout en conférant à cette femme l’immunité contre des inoculations ou des risques de contagions ultérieures.— Et, dans ce cas, vous aurez ce qui vous étonne tant en

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clinique, à savoir : une femme syphilitique sans symptômes de syphilis, et une femme qui, bien qu'indemne en apparence, se montrera absolument réfractaire à la syphilis qu’elle devrait recevoir de son enfant.

Donc, en autres termes, les femmes en état de syphilis conceptionnelle latente sont des femmes qui, tout en ayant reçu du fœtus assez de virus pour être syphilitiques, en ont reçu assez peu pour que la maladie puisse rester latente sur elles, tout en leur conférant l’immunité.

Telle est l'interprétation proposée, telle est l’hypothèse. Et je ne répète qu'avec regret ce dernier mot, car pourquoi faut-il que ce ne soit là qu'une hypothèse ! Avec cette explication pathogénique, en effet, voyez comme toutes les obscurités de la question disparaitraient aussitôt; voyez comme toutes choses deviendraient simples, comme serait élucidé d’une facon rationnelle et logique le secret de ces processus mystérieux qui aboutissent, dans la syphilis conceptionnelle, à des formes morbides si différentes. En vérité, on est tellement séduit par cette interprétation qu'on se laisserait volontiers aller à la prendre pour une démonstration acquise. On voudrait qu'il en fût ainsi, et l’on s’imagine qu'il n’en saurait être autrement. Par malheur, force est bien de revenir à la réalité et de s’avouer que cette conception ne repose que sur de simples analogies et des considérations purement théoriques.

Pourquoi faut-il, ajouterai-je encore, que ce ne soit là qu'une hypothèse! Car, si la forme latente de la syphilis par conception résultait en réalité d’une sorte d'infection à petites doses, ne voyez-vous pas qu'elle constituerait pso facto une syphilis tempérée, une syphilis mitigée, et — prononcçons enfin le grand mot — une syphilis arrénufe ? Et, dans ce cas, pourquoi ne pourrait-elle pas fournir un virus atténué, lequel ferait pour la syphilis ce que font pour d’autres maladies les virus atténués, qui se transforment en vaccins et conferent l’immunité contre ces maladies? Enfin, est-ce que nous ne tiendrions pas là, dans cette forme de syphilis atténuée, le vaccin même de la syphilis ?

L'expérience à instituer pour cette démonstration serait des plus simples et consisterait en ceci :

Recueillir une certaine quantité de sang sur une femme en état de syphilis constitutionnelle latente ;

Inoculer ce sang à un sujet sain ;

Puis, ultérieurement, tenter sur ce même sujet une inoculation probatoire avec un pus syphilitique, tel que celui d’un chancre ou d’une plaque

muqueuse.

Et peut-être ainsi la syphilis trouverait-elle son vaccin; — Ce qui, à Coup sûr, constituerait pour

l'humanité un immense bienfait ‘.

1. Cette même pensée a été exprimée par M. le D' Oltramare dans les termes suivants :

«... N'y a-t-il pas lieu de se demander sil'immunité de la femme

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Ah ! siles animaux étaient susceptibles de prendre la vérole, si l’on pouvait faire sur eux pour la vérole ce qu'on à fait pour le charbon, le choléra des poules et tant d’autres maladies infectieuses, il y a longtemps que ladite expérience eût été accomplie, et je n'aurais pas été le dernier, je vous le jure, à prendre la lancette. Malheureusement, vous ne le

qui a mis au monde un enfant syphilitique, sans toutefois présenter jamais aucun accident, n’a pas les plus étroites ressemblances avec l’immunité que M. Chauveau confère à l’espèce bovine par l'injection intra-veineuse du vaccin, MM. Arloing et Cornevin par l'introduction directe dans le torrent circulatoire du sang charbonneux ?

« Dans cette hypothèse, l’enfant, jouant le rôle de vaccinateur, déverserait directement dans les vaisseaux de sa mère le sang syphilitique que lui a légué son père, procurant à celle-ci la mystérieuse immunité que Colles a le premier légiférée, et nous montrant le chemin à suivre pour résoudre cette question importante de la vaccination antisyphilitique.

« Analogue à un certain nombre de poisons morbigènes, le virus syphilitique semble surtout se développer dans la lymphe et n’amener l'infection que par sa dissémination dans ce milieu, tandis qu’introduit directement dans le milieu sanguin, il conférerait l’immunité sans amener les accidents secondaires. Nous croyons donc à la possibilité de préserver un individu des atteintes de cette grave maladie, en introduisant directement dans un vaisseau soit du sang d’un syphilitique en pleine éruption secondaire, soit les produits contagieux d’une lésion primitive ou secondaire. » (Lyon médical, 188r, t. XXXVIITI, p. 137.)

L'expérience, à coup sûr, serait des plus intéressantes et des plus importantes, surtout comme conséquences pratiques. Mais, au lieu de la pratiquer, comme le propose M. le D' Oltramare, soit avec des produits contagieux, soit avec du sang dont on connaît également la faculté contagieuse, pourquoi ne pas l’instituer avec le sang d’une femme en état de syphilis conceptionnelle latente, c’està-dire avec le sang d’une femme ayant acquis déjà l’immunité, d’une femme déjà en état de vacsination antisyphilitique? Le danger à courir pour le sujet qui se prêterait à ladite expérience serait, me semble-t-il, bien moindre, au moins théoriquement.

savez que trop, la vérole reste jusqu'ici le privilège de l’homme, et cette déplorable fatalité qui rend la brute réfractaire à son virus a paralysé et paralyse encore les expérimentateurs.

En sorte, au total, que la conception qui précède, c'est-à-dire l’espérance de tirer un vaccin du sang des femmes en état de syphilis conceptionnelle latente, reste à l’état d’un beau rêve et d’une simple induction théorique, basée elle-même sur une hypothèse.

Mais c'est assez sacrifier à des questions qui risqueraient de nous entrainer loin de notre sujet; hâtons-nous de rentrer dans le domaine de la elinique.

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