‹ L'hérédité syphilitiqueChapitre 30 sur 67 · lhéséicitée,. pe · texte numérisé non relu

lhéséicitée,. pe

M. le D’ Barthélemy dit avoir observé un troisième cas de même ordre, « où la réalité de l'infection a été rendue irréfragable par l’évolution caractéristique d’une gomme ».— V, De la syphilis conceptionnelle latente ou fruste, Congrès international de dermat. et de

syphiligr., 1890, p. 268.

signe de syphilis acquise, nous ne trouvons pour tout antécédent que ceci : des fausses couches, des naissances d'enfants morts ou d'enfants syphilitiques.

Si, done, il convenait d’attribuer à tous ces faits une authenticité indéniable, nous serions conduits à cette conclusion : que la syphilis conceptionnelle latente peut n'être, n’est même sûrement en certains cas, qu'une syphilis 4 manifestations tardives.

Et alors, de même qu'il existe pour l'enfant une hérédité syphilitique qui ne se manifeste que dans un âge plus ou moins avancé (par exemple à 6, 10, 19, 20, 30 ans) et qui constitue ce qu'on a très légitimement appelé la syphilis héréditaire tardive, de même il existerait pour la mère ce qu'on pourrait également appeler, par analogie, une s7plhailis conceptionnelle tardive.

Et puisque nous venons d’ébaucher ce parallèle, complétons-le en disant :

L'infection syphilitique héréditaire reconnait deux modalités : l’une, qui se traduit par des aceidents d'infection immédiate ; c’est la syphilis héréditaire précoce, banale, celle qui se manifeste soit in utero, soit (plus habituellement) quelques semaines ou quelques mois après la naissance; — l’autre, qui reste latente à l’origine, latente pour un laps de temps plus ou moins considérable, 10 ans, 15 ans, 20 ans et plus, et qui entre pour la premiere fois en évolution apparente dans un âge plus

SYPHILIS CONCEPTIONNELLE LATENTE. 247

ou moins avancé de la vie; c’est la syphilis héreditaire tardive.

Eh bien, de même, 1l y aurait pour la mère deux modalités d'infection conceptionnelle : l’une, qui se traduirait immédiatement, dès la grossesse, par des accidents manifestes; c’est ce que nous avons déerit sous le nom de syphilis par conception; — l’autre, qui reste latente, longtemps latente; qui, en raison même de son état latent, est devenue l’origine de l'illusion décrite sous le nom de loi de Colles ou loi de Baumès, et qui ne se manifeste que plus tard, après de longues années.— Celle-cer. c’est la syphilis conceptionnelle tardive.

Telle serait la théorie ; — théorie qui repose, vous le voyez, sur une assimilation assez naturelle, voire assez justifiée, dirai-je, et qui semble seule capable d'expliquer les faits de divers ordres observés jusqu’à ce jour. Mais que vaut cette théorie ? Déjà, sans aucun doute, vous en avez pressenti ke côté vulnérable.

Et, en eflet, relativement à la syphilis conceptionnelle tardive, ladite théorie repose sur des faits qui certes prêtent largement le flanc à la critique. « Voici, nous disent les adeptes de cette doctrine, des femmes qui ont été affectées d'accidents tertiaires dix ou quinze ans après un accouchement ou après la naissance d’un enfant syphilitique ; et ces accidents, 1l convient de les rapporter comme origine à une syphilis conceptionnelle restée latente

jusqu'alors ». Or, surgit immédiatement l’objection suivante que déjà, bien sûrement, vous avez formulée à part vous : « De quelles preuves disposet-on pour affirmer que la syphilis de ces femmes ne dérive pas d’un autre mode d'infection qu'une infection conceptionnelle? Est-ce que des faits identiques ne se rencontrent pas a chaque instant en pratique, alors cependant que la possibilité d’une syphilis par conception n'existe même pas, par exemple sur des femmes n'ayant jamais eu de grossesse ? Il y a plus, est-ce que des faits identiques ne s’observent pas chez l’homme ! En un mot, de quel droit rapporter à une cause spéciale, telle que la syphilis conceptionnelle latente, des faits qu’il serait plus logique et plus sûr de catégoriser dans la grande classe des syphilis à origine méconnue. » L’objection, 1l faut bien l'avouer, est topique en l'espèce. N’en dissimulons pas, n’essayons même pas d’en atténuer la valeur. Reconnaissons au contraire qu'elle enlève presque toute signification à la plupart des faits qu'on a produits ou qu'on serait tenté de produire en faveur de la syphilis conceptionnelle tardive ; — et cela parce que, de ces faits, il en est bien peu (à commencer par ceux que j'aurais à citer personnellement) qui ne soient attaquables, bien peu qui soient réellement démonstratifs. Mais reconnaissons aussi, d'autre part, que cette objection ne préjuge rien contre la doctrine en ellemême. Elle n’aboutit en somme qu'à établir ceci : que la doctrine n’est pas démontrée, qu'elle manque

SYPHILIS CONCEPTIONNELLE LATENTE. 249

de preuves, tout au moins en nombre suffisant. Mais elle ne lui oppose aucun argument de fond, aueun fait contradictoire.

Or, vienne un moment où des observations comme celles des D Charrier et Barthélemy, par exemple, soient réunies en nombre suffisant, et ladite objection n'aura plus raison d’être, et la doctrine de la syphilis conceptionnelle tardive s’imposera d'elle-même à l'opinion.

Ici done encore — si tant est que cette doctrine soit vraie — une lacune reste à combler dans le bilan de nos connaissances.

Quoi qu'il en soit de son évolution à terme éloigné, cette syphilis latente des femmes infectées par le fœtus n’en constitue pas moins un fait des plus étranges, voire, je répète le mot, des plus extraordinaires, à ce point qu'on n’en trouverait guère de plus surprenant, je crois, dans toute la pathologie. |

Aussi bien ce fait ne pouvait-il manquer de provoquer les méditations, de susciter les interprétations pathogéniques. Impossible, en effet, de rester indifférent en face d’une anomalie pathologique de ce genre; impossible de n’en pas poursuivre la raison, de n’en pas ‘rechercher le pourquoi. Ce pourquoi, vous pressentez bien qu'il reste encore à

— ——————————————— ———————————————""——— — ——————ù me

découvrir; car, au cas contraire, il y a longtemps que j'aurais satisfait votre curiosité en le plaçant en vedette de cet exposé. Je n'aurai donc, comme interprétation du fait en question, que des hypothèses à vous proposer. Mais n'importe. En matière aussi obscure et aussi difficile, les hypothèses peuvent avoir cela de bon qu'elles ouvrent parfois des horizons qu'on n'eût pas aperçus sans elles, si ce n’est même qu'elles aboutissent parfois à des inductions fécondes. — Voyons, en tout cas, celles qu'on à proposées.

On a dit, d'abord : Cette modalité latente de la maladie doit tenir vraisemblablement au mode de pénétration du virus dans l'organisme. « Car les maladies virulentes affectent une gravité et une évolution très différentes suivant le processus qui les introduit dans l'organisme, suivant qu’elles entrent dans l'organisme de telle ou telle façon. Voyez le virus varioleux : absorbé par inhalation (comme il l’est le plus usuellement), il produit une maladie grave, qui devient mortelle r fois sur 4; introduit dans l’économie par voie d’inoculation, il ne détermine qu’une affection relativement légère, laquelle n’aboutit à la mort que 1 fois sur 500°.» Et de même pour la vaceine dans l'espèce bovine; de même aussi pour le charbon symptomatique, qui, mortel alors qu’il est introduit par le tissu conjonctif, se transforme en un vaccin alors

Page 1