IRRÉGULARITÉS ; FAITS CONTRADICTOIRES
dans l'étude de l’hérédité syphilitique, à des contrastes singuliers, étonnants ; si bien qu'on croirait vraiment, au premier abord, que tout en l'espèce est livré au hasard, alors que très certainement tout y obéit à des lois fixes et déterminées.
Ainsi, je vous parlais à l'instant de ces cas décourageants, désespérants, où l'influence hérédosyphilitique résiste à la double influence du temps et de la médication spécifique. Et, à ce propos, je vous relatais, entre autres spécimens, l'histoire de deux malades qui, s'étant méthodiquement et énergiquement traités pendant trois ans et plus, ayant attendu quatre et sept ans pour se marier, n'en avaient pas moins abouti à engendrer des enfants syphilitiques.
Or, inversement, vous rencontrerez en pratique nombre de sujets qui, ne s'étant que médiocrement préoccupés de leur syphilis, n'ayant fait qu'un traitement tout au plus moyen, n'ayant pas attendu plus de dix-huit mois à deux ans pour se marier, ont procréé cependant des enfants sains.
Exemple du genre, entre tant d’autres de même ordre :
Un jeune employé de commerce vient me consulter, en 1873, pour un chancre induré, bientôt suivi de quelques accidents secondaires (roséole, plaques amygdaliennes, adénopathies), Je le traite trois mois; tout disparait. — Au delà, un autre médecin le traite encore pendant trois ou quatre mois. — Ce Jeune homme se marie en 1875. — La
même année, 1l lui naît un enfant sain. — Deux autres enfants également sains succèdent à celui-ci au cours des trois années suivantes.
Mais il y a plus. Vous trouverez en l'espèce des cas absolument opposés, absolument contradietoires, situés, Si je puis ainsi parler, aux antipodes les uns des autres; — c’est-à-dire des cas non moins remarquables les uns que les autres soit par une excessive bénignité, soit par une véritable permiciosité de l'influence hérédo-syphilitique.
Une telle proposition exige ses preuves. Les voici.
D'une part, certains malades, véritablement privilégiés, ont pu avoir des enfants sains, soit à échéance peu distante du début de leur syphilis, soit en dépit d’un traitement singulièrement écourté, quelquefois dérisoire où presque nul. Exemples :
Un de mes clients actuels, affecté d’ataxie, n’a jamais fait contre sa syphilis d'autre traitement que celui-ci: 45 pilules mercurielles lors de son chancre. Il a eu cependant trois enfants sains, dont le premier dans la quatrième année de l'infection.
Un médecin, qui ne s'est pas traité plus de trois mois au début de sa syphilis, a eu einq enfants sains; et le premier de ces enfants est né alors que son père n'avait pas achevé la troisième année de sa maladie.
De même pour un de mes malades qui, s'étant traité seulement six semaines, a eu un enfant sain au cours de la troisième année de sa syphilis.
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Deux de mes clients ont eu chacun un enfant sain au cours de la deuxième année de leur maladie. Le premier s'était traité trois mois; — et le second six semaines!
Un autre, enfin, est devenu père au cours de la première année de l’infection, et son enfant est né
sain. — Un second enfant, venu au monde quatre ans plus tard, est resté également indemne. — Or,
ce malade n'avait pris pour tout traitement que 120 pilules de Ricord, exactement, au début de l'infection. Et il était si peu guéri de sa maladie que, dix ans plus tard, il fut affecté d’une gomme du palais.
Ainsi, voilà toute une série de malades, qui, à vrai dire, ne se sont guère préoccupés de leur syphilis, — qui ne se sont pas traités (car, en fait de syphilis, on ne saurait qualifier de traitement une médication de quelques mois ou de quelques se-
maines); — qui n'ont même pas attendu pour se marier la dépuration spontanée du temps; — et
qui cependant ont eu des enfants sains! Pour eux, l’hérédité syphilitique à été aussi elémente qu'ils ont été indifférents vis-à-vis d'elle; pour eux, elle est restée muette; elle a été comme si elle n'existait pas”.
1. Ces derniers jours, encore, le fait suivant s’est présenté à mon observation :
Un sujet américain vient me consulter pour une énorme syphilide tuberculo-croûteuse, qui recouvre presque toute l’étendue d’un des avant-bras et dont l’origine remonte à dix-huit mois environ. Il me présente, en outre, sur une jambe, de vastes cicatrices pigmentées, brunâtres, vestiges d’une lésion semblable qui, paraît-il, s'est guérie spontanément. — Nul doute ne pouvait s'élever sur la
Puis, à côté de semblables faits, vous rencontrerez des sujets où des ménages svphilitiques pour lesquels l'hérédité syphilitique s’est montrée véritablement féroce, qu'elle a persécutés avec furie, et cela parfois en dépit d’un traitement moyen, et cela jusque dans des étapes très avancées de Ia syphilis, comme vous allez le voir.
Quelques exemples sont ici nécessaires.
1. — Un de mes anciens élèves, le D' Meneault, a publié une observation relative à un sujet syphilitique dont Ja femme restée ‘saine eut six grossesses. Ces six grossesses se terminèrent de la facon suivante :
Les deux premières, par des fausses couches;
qualité spécifique de ces accidents; car, d’une part, ce monsieur présentait des antécédents très nets de syphilis (chancre induré. il y a dix ans, suivi de quelques manifestations secondaires) ; — d'autre part, la physionomie des lésions actuelles était absolument caractéristique ; — et, enfin, pour le dire à l'avance, Je traitement spécifique fit justice de ces lésions avec une rapidité significative.
Ce monsieur s’est marié il y a cinq ans. — Sa femme est restée saine. — Et de ce mariage est issu un enfant, qui finit actuellement sa troisième année. — Or, cet enfant, que j'ai vu, est ou paraît absolument sain. Jamais, assure le père, il n’a eu « le moindre bouton sur le corps » ; jamais il n’a été malade. Il est vigoureux, bien portant.
Et, cependant, son père n’a suivi qu’un traitement dérisoire pour sa syphilis, comme on va en juger. II me raconte qu’au début de sa maladie il est allé consulter un médecin de son pays qui lui a prescrit « des pilules de Ricord ». Il a pris de ces pilules « pendant quinze jours, pas davantage, bien sûrement »! Et, au delà {même au cours de ses dernières manifestations), il n’a jamais suivi le moindre traitement !
Quelques cas semblables pourraient encore être produits, mais n’ajouteraient rien à une démonstration qui me paraît acquise.
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La troisième et Îa quatrième, par la naissance d’un enfant mort et d’un enfant hydrocéphale, qui mourut à quelques mois ;
Les deux dernières, par la naissance d’un enfant syphilitique et d'un autre peut-être indemne.
nl. — Dans un ménage où les deux conjoints étaient syphilitiques, sept grossesses ont eu les résultats que voici :
5 fausses couches;
2 enfants syphilitiques, qui sont morts;
2 enfants syphilitiques, survivants.
it. — Une femme syphilitique (qui, à la vérité, ne s'est pas traitée, car on ne saurait considérer comme un traitement quelques bains mercuriels pris au début de la maladie) a vu neuf de ses grossesses se terminer par neuf fausses couches à deux, trois et sept mois. Devenue enceinte une dixième fois (et cela dans la seizième année de sa syphilis, remarquez bien cette échéance), elle a accouché d’un enfant petit, chétif, rabougri, qui bientôt a été couvert de gommes.
iv. — Dans un cas” que vous connaissez déjà, une femme saine, mariée à un homme syphilitique, est devenue enceinte onze fois.
Or, sept fois elle à avorté; — et trois fois elle a mis au monde des enfants syphilitiques, dont un succomba.
v. — Un autre cas, également précité, nous