‹ L'hérédité syphilitiqueChapitre 51 sur 67 · M. le D' E. King a dit de même · texte numérisé non relu

M. le D' E. King a dit de même

« … L’impossibilité de transmission de la syphilis à la seconde

génération m'a paru très douteuse. Il m'a toujours été difficile de

admissible. Mais, en fait, cette hérédité est-elle démontrée eliniquement? Voilà la question. *

On a bien publié un certain nombre d’observations tendant à l’établir. Mais aucune n’est à l'abri de légitimes critiques. Aucune n’est absolument probante, formellement décisive. Au reste, je vais vous en faire juges.

Une première est due à Atkinson, et se résume en’cecl :

Un enfant est affecté de symptômes non contestables de syphilis héréditaire (coryza, roséole, taches palmaires et plantaires, affaiblissement progressif, cachexie et mort). — On recherche l’origine de cette syphilis et l’on trouve : d’une part, un père indemne; d'autre part, une mère certainement syphilitique, et très vraisemblablement hérédo-syphilitique de par toute une série de considérations comprendre comment une diathèse moins virulente que la syphilis pouvait se transmettre à plusieurs générations, tandis que seule la syphilis, la plus grave de toutes les maladies qui affectent le système sanguin, ne pourrait probablement pas affecter la seconde et jamais la troisième génération. Nous pourrions contracter la goutte et voir celle-ci sauter une et quelquefois deux générations pour apparaître sur la troisième ou la quatrième, et la syphilis ne pourrait jamais en faire autant! Non, je ne puis accepter cette opinion... On peut, dit J. Hutchinson, rester 10, 20 et même 35 ans sans aucune manifestation spécifique, et voir survenir ensuite quelque affection bien définie et très caractéristique. Il me semble que, puisque la syphilis peut rester si longtemps à l’état latent, tout en existant encore chez les parents, un descendant peut de même être affecté de cette maladie à un degré plus ou moins prononcé. La diathèse peut de même rester latente chez ce descen-

dant jusqu’au jour où l’économie se trouvera dans des conditions plus favorables à son développement. » (France médicale, 1889,

telles que les suivantes : front proéminent, nez aplati à sa base, malformations dentaires, taches cornéales et antécédents de kératite interstitielle, polymortalité infantile ayant sévi sur la lignée d'enfants à laquelle cette femme appartient (4 morts sur 6 naissances), ete. En outre, dit-on, la sœur de la malade présente également quelques signes d’hérédité spécifique. Et même il est précisé que la mère de ces enfants était couverte de nombreuses eicatrices, bien susceptibles d’être rapportées à la syphilis”.

Tout cela, certes, est de nature à constituer, en l'espèce, de fortes, de tres fortes présomptions en faveur de lhérédo-syphilis, et il ne semble guère douteux que la malade en question ait tenu la syphilis de sa mère, tout comme elle l’a certainement transmise à son enfant. Néanmoins, toutes ces présomptions, même accumulées, n’aboutissent pas à une certitude, et c’est la certitude qui est nécessaire pour établir un fait scientifique. La certitude absolue n'aurait pu résulter iei que d’un examen des parents de la malade ou d’un témoignage médical établissant d’une façon catégorique l’état de syphilis des parents. Cet examen n’a pas été fait, ce témoignage est absent. Donc lobservation reste incomplète et comporte un côté vulnérable*.

1. Atkinson, 4x account of a case of syphilis inherited through two generations, Archives of dermatology, 1896, p. 106. 2. Il paraît, au reste, qu'aujourd’hui le D' Atkinson serait plus

Fournier. — L'Hérédité syplulitique. , 21

Un autre cas — et celui-ci presque absolument démonstratif — a été relaté, ces derniers temps, par le D' C. Boeck (de Christiania). Le voici sommairement.

Une femme est traitée, en 1854, à l'hôpital de Christiania pour divers accidents de syphilis acquise (roséole, ulcérations génitales, plaques muqueuses amygdaliennes,ete.).— En 1860, elle accouche d’une fille, laquelle, à Pâge de deux mois, est admise et traitée au même hôpital pour des accidents non douteux et même fort graves d’hérédo-syphilis. — Cette fille, en 1884, c’est-à-dire à l’âge de vingtquatre ans, se marie avec un homme qui, soigneusement interrogé et examiné, paraît bien être resté toujours indemne de syphilis. Elle a deux enfants de cet homme; et le second de ces enfants, né en 1888, commence, vers deux mois et demi, à être affecté d'accidents irrécusables de syphilis héréditaire (coryza, exanthème papulo-maculeux des plus caractéristiques, taches palmaires et plantaires, rhagades aux lèvres, périostites tibiales, ete.‘.

Ici, done, la syphilis a été vue et bien vue, authentiquement constatée sur les trois générations, à réservé sur la signification qu'il avait tout d’abord attribuée à ce cas. « Dans une conversation que J'ai eue avec le D° Atkinson, en 1888, il m'a dit que, depuis les symptômes qui s'étaient manifestés ultérieurement, il n’était plus aussi affirmatif dans son dia-

gnostic de syphilis transmise. » (D' E. King, France médicale, 1889,

P- 1939.) 1. Cette remarquable observation a été publiée in extenso dans les Annales de dermatologie et de syphiligraphie, 2° série, t. X, 1889,

savoir : syphilis acquise sur la grand'mère, hérédosyphilis sur la mère, hérédo-syphilis sur le petit-fils. Rien à dire à ce point de vue, et l'observation serait rigoureusement probante, si, par malheur, une anomalie n'y introduisait un point de doute que voici. La mère, avant de mettre au monde le dernier enfant dont 1l vient d’être question, avait déjà eu deux grossesses, l’une d’un amant, antérieure à son mariage, et l’autre de son mari. Or, ces deux grossesses avaient amené à terme des enfants sur lesquels aucun signe de syphilis ne fut constaté. Le premier, il est vrai, avait succombé à l’âge d’un mois ; mais, le second, qui mourut du eroup à l’âge de deux ans et deux mois, était resté jusqu'alors « sain et florissant ». Je sais bien qu'on à vu parfois la naissance d’un enfant syphilitique être précédée de la naissance d'enfants sains. Mais c’est 1à une anomalie, une exception rarissime. Or, l'exception et l’anomalie ne sont guère acceptables quand il s’agit de démontrer un fait litigieux et contesté. Done, au total, cette dernière observation est tout près d’être probante, sans l'être cependant d'une façon absolue.

Eh bien, il en est de même pour plusieurs autres encore que j'aurais à citer’; 1l en est de même pour

1. V. Homolle. Nouveau Diction. de méd. et de chir. pratiques, p. 696, où se trouve instituée une très juste critique de quelques faits antérieurs, que je me suis abstenu de reproduire.

Dezanneau, Observation d’hérédo-syphilis à la seconde génération, Annales de dermat,. et de syphil., 1888, p. 162.

E. King, Hereditary syphilitic transmission through two generations. Trad. dans la France médicale, 1889.

toutes jusqu'ici sans exception. C'est ainsi, par exemple, que MM. Lannelongue et Besnier me disaient, ces derniers jours, qu'ils étaient bien persuadés de l’authenticité de cette hérédo-syphilis de seconde génération, et cela de par un certain nombre de faits qu'ils ont eu l’occasion d'observer, mais que jamais ils n'étaient parvenus à en recueillir un cas typique, qui fût à l'abri de toute critique.

À mon tour et en ce qui me concerne, je ne puis que faire une déclaration toute semblable. J’ai bien dans mes notes une demi-douzaine de cas que je considère, que j'ai toutes raisons de considérer, me semble-t-il, comme des exemples de cette hérédité de seconde génération. Mais, ces cas, je m'abstiens de les produire, parce qu'ils sont incomplets, parce qu'ils présentent tous une lacune, un chainon rompu dans la série des preuves à établir. En sorte que moi aussi, comme mes collègues précités et comme d’autres encore, je crois à cette hérédité de seconde génération, mais sans avoir la possibilité d’en faire actuellement la preuve.

Rien d'étonnant du reste à cette disette de faits probants en la matière. Songez donc, en effet, à quelles exigences une observation doit satisfaire en l'espèce pour ne rien laisser à désirer. Il faut que la syphilis y soit démontrée sur trois générations successives, c’est-à-dire sur l’enfant, le père, et le grand-père. Or, alors qu'il est si difficile (j'ai le droit d’en parler par expérience) de mener à bonne fin une enquête qui remonte seulement d’une géné-

ration à la précédente, jugez à quel insuccès presque fatal est vouée une enquête qui doit nécessairement remonter à vingt ou trente ans en arrière! Réunir des documents assez complets pour établir catégoriquement un diagnostic de syphilis sur érois générations, c'est presque une impossibilité pratique, réserves faites pour des circonstances de hasard et d'exception qui seules pourront réaliser

un tel résultat.

Donc, au total, nous aboutissons à ceci comme conclusion :

C’est que la transmissibilité héréditaire de la syphilis à la seconde génération est un fait possible, rationnellement acceptable en principe, mais dont la démonstration n’a pu encore être irréfutablement établie.

Quant à cette autre question subsidiaire d’une transmission possible de la syphilis des grands parents aux petits-fils avec état indemne de la génération intermédiaire, il nous suffira de dire que c’est là un point bien plus incertain encore que le précédent et sur lequel personne aujourd’hui ne saurait avoir d'opinion.

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