HÉRÉDITÉ MIXTE
des géniteurs soit entaché de syphilis? — Et, dans ce dernier eas, est-il indifférent que ce géniteur soit le père ou la mère?
Les opinions les plus contradictoires — il est à peine besoin de vous en prévenir — ont été émises sur plusieurs de ces diverses questions, ainsi d’ailleurs que sur tant d’autres qui surgiront au cours de cet exposé. C’est qu'en effet l’hérédité syphilitique constitue — passez-moi le mot — une véritable pomme de discorde jetée dans le camp des observateurs. Il n’est peut-être pas de sujet qui ait donné lieu à un aussi grand nombre de dissentiments et de controverses.
Donc, ici plus qu'ailleurs, la méthode et la circonspection sont de rigueur absolue. Inspironsnous de cet esprit en procédant, je n’oserais dire du connu à l'inconnu — ce quiserait excessif —, mais du certain, de l’acquis, de lincontestable à ce qui reste encore matière à litige et à discussion.
Premier point: L'heéredité syphilitique peutelle s'exercer alors que les deux géniteurs sont en état de syphilis ?
Sur ce premier point, tout le monde est d'accord, chose rare en la matière.
Oui, d'un assentiment unanime, certainement oui, l’hérédité syphilitique peut s'exercer alors que les deux parents sont en état de svphilis.
A preuve non pas des centaines, mais des milliers d'observations qu'on trouverait facilement dans la
science, toutes concourant à démontrer : 1° que l'enfant issu d’un père syphilitique et d’une mère syphilitique peut naître syphilitique; — et 2° que l’hérédité syphilitique peut s'exercer dans cette condition particulière suivant les divers modes dont nous venons de la reconnaitre susceptible d'une façon générale.
Exemples :
Un enfant de quelques mois nous est amené à l'hôpital pour des accidents multiples d'ordre incontestablement syphilitique : syphilides profuses, répandues sur tout le corps, et notamment recouvrant comme d’un masque presque tout le visage ;—syphilides muqueuses, buccales et péri-anales ; — lésions osseuses considérables, intéressant les trois os de l’un des membres supérieurs et déterminant cette impotence si curieuse du membre, connue depuis Parrot sous le nom de pseudo-paralysie des enfants syphilitiques.
Nous ouvrons une enquête sur les antécédents héréditaires et nous apprenons :
1° Que la mère de cet enfant est syphilitique depuis deux ans ; — cette femme présente même encore divers accidents manifestement spécifiques, entre autres des syphilides périlabiales et des plaques muqueuses de la bouche ;
2° Que le père — de qui cette femme tient la contagion — est syphilitique depuis plusieurs années et qu'il est, lui aussi, affecté actuellement d’accidents syphilitiques.
HÉRÉDITÉ MIXTE. or
Que voulez-vous de plus probant ?
Autre exemple. — Un jeune homme contracte la syphilis en 1869, et se marie en 1871, après ne s'être que négligemment traité. Sa femme est contagionnée par lui dès les premiers mois de son mariage. Devenue enceinte presque aussitôt, elle accouche d’un enfant mort. — Un an après, une seconde grossesse amène un enfant vivant qui, dès les premières semaines, est criblé d’accidents syphilitiques et qui, plus tard, vers l’âge de deux ans, est affecté d'iritis spécifique, puis de lésions articulaires et osseuses, lesquelles ne guérissent que par le traitement spécifique. (Soit dit incidemment, cet enfant
aujourd’hui jeune homme de dix-sept ans — présente le plus beau type que j'aie jamais vu de dents d'Hutchinson. Ses deux incisives médianes supérieures offrent l’échancrure semi-lunaire dans son type le plus accentué.)
Et de même pour tant et tant d’autres eas identiques que je pourrais citer, et qui, je le répète, surabondent dans la science. Il n’est pas de médeein qui n’aurait à en produire de nombreux exemples.
Complétons cependant la démonstration.
Cette influence combinée du père et de la mère infectés de syphilis, cette influence du couple syphilitique, passez-moi le mot, sur le produit de conception devient encore bien autrement manifeste alors qu'elle se prolonge, qu’elle se continue, c’està-dire alors qu'elle se poursuit sur toute une série
de grossesses. Or, un tel fait est loin d’être rare. Très nombreuses, au contraire, sont les familles qui ont subi, du fait de la svphilis des deux parents, des désastres lamentables, c’est-à-dire qui ont été décimées, voire anéanties dans leur postérité.
De cela j'aurai à vous citer de nombreux exemples alors que je vous parlerai du pronostie de l’hérédité syphilitique, et je m'engage à ne pas rester alors au-dessous de ce qu'a priori vous pourriez imaginer de plus tragique. Pour l'instant, et à titre seulement de spécimen, le cas suivant pourra nous suffire. |
Un jeune homme contracte la syphilis, s’en traite mal et se marie. Sa femme est bientôt contagionnée. Sept grossesses se produisent en six ans, pour aboulir aux résultats que voici :
Les six premières se terminent par avortement ; — la septième amène enfin un enfant vivant, qui bientôt est eriblé d'accidents syphilitiques, tombe dans le marasme, et succombe à trois mois et demi.
Ce n’est pas tout. Il est encore une condition toute particulière merveilleusement faite en vérité pour montrer par opposition, par contraste, l’influence vraiment néfaste du couple syphilitique sur l’hérédité.
Cette condition est celle où la syphilis ne pénètre dans une famille qu'après l’époque où les deux conjoints ont déja fait leurs preuves — passezmoi le mot — en tant qu'aptitudes procréatrices.