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CHAPITRE VIL

l’hér:^ité de la. volonté.

Le titre donné à ce chapitre est a peine exact et na été choisi que faute de mieux» Il nous a semblé pourtant que chez les hommes politiques et les grands hommes de guerre dont on va parler, la faculté dominante doit être la volonté. Sans doute, il leur faut de plus une intelligence étendue et pénétrante, la passion qui remue l’homme et le fait suivre ; mais ce qui les distingue surtout c est l action, c^est une nature énergique et hardie qui s’impose. Or ce n’ést que par la volonté qu’on exerce un ascendant irrésistible sur les autres hommes. Une intelligence très-haute nous cause de l’admiration, une volonté très-forte seule

nous subjuge. , ,

On voit que nous prenons ici le mot « volonté » dans son sens vulgaire, courant, eeluique tout le monde admet. Nous laissons de côté, pour le moment, toutes ses discussions philosophiques sur la liberté et ses rapports avec l’hérédité ‘ ? et nous ne voyons dans la volonté que la faculté active, sans nous inquiéter si la tendance à l’action résulte d’une spontanéité propre, d’une idée fixe ou d’une passion invincible.

< Voir 4' partie, chap. III.

LES FAITS

Les moralistes de l’antiquité distinguaient trois sortes de vie, selon qu’on se proposait comme but dernier le plaisir, l’action ou la pensée; ils croyaient que tout homme en est réduit à choisir entre les trois. Ils étaient tous d’accord ou à peu près pour rejeter la vie de plaisir au dernier rang ; mais on discutait longuement pour savoir s’il faut préférer la vie active à la pensée ou la vie contemplative à l’action. Ce débat est de ceux qui ne peuvent aboutir, chacun décidant selon ses goûts, son tempérament et ses habitudes. Actifs et contemplatifs concourent à leur façon au bien commun : les uns domptent le présent, les autres préparent l’avenir. Mais la distinction qui lui sert de base est fondée sur une observation vraie de la nature humaine. En laissant de côté les purs voluptueux, tout homme, du plus haut au plus bas, est un actif ou un contemplatif ; tout homme est César ou Platon, au génie près. Celui qui, dans quelque village obscur, au fond d’un pays perdu, se donne beaucoup de, peine pour gérer quelque petit négoce, est de la même famille que ceux qui gouvérnent de grands États ou gagnent de grandes batailles. Celui qui cherche plutôt le loisir, qui aime à rêver et à méditer, qui aspire à quelque instruction grossière comme à un idéal, celui-là est de la famille des grands penseurs et des grands poëtes. Plus on examine (Phommes et mieux on voit qu’ils se réduisent à ces deux catégories. Là même où l’opposition ne frappe pas, elle existe : onia saisit, quand on observe plus profondément. « A mesure qu’on a plus d’esprit, on trouve qu’il y a plus d’hommes originaux. »

Nous avons vu précédemment que les facultés contemplatives, l’imagination et l’intelligence pure, sont transmissibles par hérédité : en est-il de même des facultés

l’hérédité de la volonté.

actives? L’histoire va nous répondre. Mais essayons d’abord de comprendre en quoi consistent ces facultés activés.

Nous avons pu jusqu’à présent employer une méthode d’analyse qui, quoique artificielle au fond, était cependant nécessaire et suffisamment exacte. Nous avons pu examiner l’un après l’autre les instincts, les perceptions, l’imagination, la mémoire, l’intelligence, les sentiments, et nous demander si chacun de ces modes de la vie mentale, pris à part, est héréditaire. Ici la méthode analytique n’est plus possible. Chez! homme d Etat et l’homme de guerre, et en général ceux que nous avons appelés les actifs, il est nécessairé que le Jeu des diverses facultés ait lien simultanément. Leur î&çon de procéder est essentiellement synthétique. Chez eux le travail de chaque faculté ne vaut qu’ autant qu’il concourt au résultat commun : c’est la fin auquel tous les moyens sont subordonnés. De plus, chez l’homme politique, l’activité de l’esprit doit s’exercer dans tous les sens. M. Guizot a écrit , quelque part que la vie publique est « le plus haut emploi des facultés humaines. » Si l’on remarque que de conditions elle exige, que de» facultés elle réclame, peut être sera-t-on de son avis. Son grand mérite, c’est de développer simultanément nos diverses facultés, d’être, comme nous le disions plus haut, d’une nature synthétique. Un penseur, un savant peut s’isoler dans les plus hautes régions de l’intelligence, mais d ailleurs ne rien sentir et être impropre à l’action. Un artiste peut, avec son imagination, s’enchanter des plus beaux reves et ne rien connaître du monde reel. Au grand politique, au contraire, il faut d’abord une intelligence capable de saisir à la fois le général et le particulier, l’abstrait et

le concret. Est-il incapable de généraliser, il reste sans vues larges, enfermé dans la routine. D’autre part, il ne peut s’en tenir, comme le savant, à des résultats généraux : il doit statuer sur tel cas particulier, déterminé ; il faut donc qu’il saisisse à la fois l’ensemble et le détail. De plus, ses réflexions doivent nécessairement aboutir à des actes. Il n’est pas un théoricien qui spécule : toute théorie n’est pour lui qu’un moyen, l’action seule est un but. De là une volonté fortement trempée, toujours en exercice, et les qualités qu’elle suppose, hardiesse, courage, confiance en soi, ascendant sur les timides et les irrésolus.

Ainsi, le talent d’une observation à la fois détaillée, étendue et rapide, une mémoire prompte et fidèle, qui rappelle avec exactitude et sans hésitation les résultats de la théorie, une grande présence d’esprit que des circonstances imprévues ne déconcertent pas, une volonté énergique, et pour servir de base au tout, la force physique et certaines qualités du corps : telles sont les facultés qui doivent se trouver réunies et agir simultanément, avec la rapidité et la sûreté d’nn instinct.

L’histoire nous montre que cette somme de qualités est transmissible, en totalité ou en partie, car il arrive quelquefois que l’unité primitive se^ brise en passant aux descendants, qui n’en recueillent que des lambeaux (Pitt et sa petite-fille). Comme toute autre faculté, l’énergie de la volonté peut être héréditaire. Voltaire en avait fait la remarque à propos des Guises. « Le physique, ce père du moral, transmet le même caractère de père en fils pendant des siècles. Les Appius furent toujours fiers et inflexibles. Les Gâtons toujours sévères. Toute la lignée des Guises fut audacieuse, téméraire, factieuse, pétrie du

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plus insolent orgueil et de la politesse la plus séduisante. Depuis François de Guise jusqu’à celui qui, seul, sans être attendu, alla se mettre à la tête du peuple de Naples, tous furent d’une figure, d’un courage et d’un tour d’esprit au-dessus du commun des hommes. J’ai vu les portraits en pied de François de Guise, du Balafré et de son fils, leur ta.ille est de six pieds : mêmes traits, même courage, même audace sur le front, dans les yeux et dans l’attitude ^ » Nous ignorons comment la volonté peut ainsi se transmettre, mais quand on remarque que son énergie et sa faiblesse sont liées à certains états de l’organisme, que la force physique en général rend hardi et courageux, et la faiblesse physique timide, on ne peut guère douter que cette transmission n’ait lieu par le moyen des organes, ne soit, au fond, physiologique ^ .

Sans insister sur ce point, nous allons noter les cas les plus importants d’hérédité des facultés actives, en empruntant des faits à l’histoire. Ils se divisent assez naturellement en deux catégories : hommes politiques, hommes de guerre. Beaucoup ont été l’un et l’autre. Nous avons ici à nous prémunir contre un danger, celui de prendre un haute position officielle pour un indice de mérite personneL Dans les lettres, les sciences, les arts, où chacun se Juge immédiatement par ses œuvres, cette illusion n’est pas possible. En politique, la g:loire des ancêtres, les relations, la puissance précédemment acquise font beaucoup et suppléent quelquefois à tout. Pour ne pas courir le risque de confondre une hérédité extérieure et con-

* \oMaim.Dictionn. philos., SlH. Caton.

2 Pour tout ce qui concerne la volonté, comme base de- la personnalité et du caractère, voir 4® partie, ch. ni.

LES FAITS

ventionnelle avec rhérédité intérieure et naturelle, nous ne citerons que les cas les plus incontestables.

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