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LES BOHÉMIENS

Les Bohémiens, désignés suivant les pays par les noms de Gyps.es, Zingari, Zingéuner, Gitanes (Égyptiens), nous o&ent un exemple bien frappant de la conservation liéréûitaire de certains caractères psychiques.

fok ^ lo première OIS en 1427 ; accuses de chiromaneie et de sorcellerie,

. fiirent excommunies, chassés, menacés de la mort et du bagne. Actuellement, il s’en trouve encore dans la

« Ton f en Hongrie,

S sont forgerons, chaudronniers, musiciens. En WJe-

terre boxeurs et maquignons. En Transylvanie, Moldavie et Valachie ils ont des ehefs. et vivent à peu près dans laisance.il yen a même en Russie qui sont riches et considérés Mais la terre classique des Bohém.TnTesI

prèsT Gre '' d 1 ""T™’ Monte-Sacro,

près de Grenade, les bois déserts de l’Andalousie les

caves rt les greniers de Madrid en regorgent. Logés dans es réduits infects, ou l’on retrouve tout l’attirail de la sorcellerie Ils n’ont d’autre métier que de voler de

ngn:» «»‘-e. Un missio^Lre anglican, G. Borrow, qui a réussi à vaincre leur horreur pour tous les chrétiens, qui a vécu parmi eux et parlé

l'hérédité et le caractère NATIOInAL. 161 leur langage, nous a laissé des détails précieux sur leurs mœurs * .

On admet généralement que les Gypsies sont Hindous d’origine ; qu’ils ont dû traverser l’Égypte, mais qu’ils n’en viennent pas; que ce fut une caste méprisée, expulsée peut-être de l’Inde, à moins qu’elle ne l’ait quittée lors de la conquête de Tamerlan. Leur nom véritable et sacré est Romi. « Partout, dit Borrow, ils ont les mêmes mœurs et se servent des mêmes mots. » Quand on rapproche divers termes de leur idiome, des mots sanscrits correspondants (notamment les noms de nombre) , l’analogie est frappante.

Il y a, a n’en pas douter, une constitution physique et mentale qui est la même chez tous les Bohémiens, quel que soit le pays qu’ils habitent. Sans doute, il est assez difficile de déterminer d’une manière précise quelle part revient à l’éducation, c’est-à-dire aux traditions transmises, et quelle part à l’hérédité. Voici pourtant ce qui semble tenir à la dernière.

Au physique, Borrow leur trouve à tous : les traits durs et aigus, les cheveux noirs comme de l’ébène, les dents fines et blanches, les yeux étincelants, le regard fascinateur.

Pour l’intelligence proprement dite, ils semblent légers et frivoles comme des enfants. « Les choses ne laissent pas leur empreinte dans l’ame du Gypsy, qui, mobile et fluide comme l’eau, reflète indifféremment toutes les images. Il croit à tout et ne croit à rien, ou plutôt il ne croit qu’à la sensation présente; la sensation passée est déjà pour lui une fable. Il est donc sceptique non-seule-

' An account of Gypsies of Spain, by G; Borrow, 2 vol. in-S”, 1841. Il a écrit aussi un roman, the Romany Rye (le Gentilhomme bohémien), 1857.

ment à l’endroit des notions morales et sociales, mais à l’endroit de ses propres impressions. Il s’abandonne et se confie au hasard des émotions fugitives^ comme dans la vie il s’abandonne à tous les, hasards du vagabondage. Une impression est chassée par une autre, La pure animalité domine chez lui. Les émotions, quelles qu’elles soient, poétiques ou grossières, basse,S ou brillantes, sont la règle et comme le moteur de son esprit, ». Leur poésio , dont Bojrrow nous a donné, des échan> tillons, est prosaïque,, brutale, vulgaire, plutôt enfantine que naïve.

Tel esprit, telles mœurs ; à des idées d’enfant une morale d’enfant. Or, si les enfants avaient une morale à eux J, elle serait fort mauvaisev Hobbes a raison : Homo malus, puer rohustm. Ce qui caractérise avant tout le Bohémien, c’est le goût, le besoin inné du vagabondage et de k vie d’aventure, La civilisation les révolte comme un esclavage ; toute oecupation sédentaire et rangée excite leur mépris. Le mariage n’est qu’une uoion temporaire, conclue en présence de quelques membres de la tribu. Le plus souvent ils vivent organisés en corporations ou tribus, sous l’autorité d’un chef électif : ce qui est une forme politique très-primitive. Pleine de haine pour les peuples civilisés, cette race possède certains vices à titre de culte héréditaire, elle les aime et les défend comme une religion. Ainsi leur plus haute ambition est de voler les, chrétiens ; les mères enseignent à leurs enfants le vol à t’amérîçaine, comme la plus belle vertu possible. Ils sont d’ailleurs, à la manière des enfants, m.oins, violents que rusés, incapables d’idées élevées, naïfs dans, leÙrS: supers titions. Borrow, ayant traduit dans la langue des Gypsies l’Évangile selon saint Lue, les Bohémiens acceptèrent le

l’hérédité et le caractère national. 163 IWre et, le regardant comme nn talisman, le portaient sur eux, quand ils allaient voler.

Cette race offre un exempte curieux de rineapaeité native, conservée et transmise héréditaireinenty de s’a-' dapter à la vie civiMsée. Les Bohémieos sont, dans notre monde moral et sœial, ce que le dronte ou l’ornithorhynque sont dans notre monde physique : les survivants d’un âge disparu. La civilisation est un milieu très-complexe, une atmosphère morale à laquelle l’homme a dû s’habituer^ Il faut qu’il y ait une correspondanee entre l’homme moral et son milieu moral, comme entre l’homme physique et son milieu physique. Celui qui ne peut s’adapter aux nouvelles conditions de ta vie sociale doit périr, lentement peut-être, mais sûrement. S’il tarde à disparaître, il ne reste plus que comme un objet curieux, inutile; assez pittoresque pour plaire à l’artiste, mais trop peu approprié, à son milieu, pour ne pasiuatoent disparaître.

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