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LES CAGOTS

On désignait sous les dénominations diverses de Cagots, Agots, Capots, Gahets, Caqueux, des races qui ont subsisté jusque dans notrê siècle dans la Guyenne, la Gascogne et le Béarn, sur lé versant méridional des Pyrénées, dans la Navarre et le Guipuzcoa, et Jusque dans le Maine et la Bretagne L C’était une population à part,

* Fendant' là Terreur, on frouvâît encore Beaucoup de Caqueux dans le Finistère. M.Francisque SBchel* raconte- que,, dans une’ eomHïune cRï canton' d'A’cco'u's, arrondissement (l’01oron,unCagot,tersl817,fut nommé maire de la commune, au grand scandale des habitants- dmpaÿs-ÿ (pie de& réeiàmatioHs arrivèrent d'è fontesparts au préfet, qui n’en, tint pas compte.. Les plaintes ne cessèrent pas pour eela ;

LES FAITS

séparée de tout le reste des habitants par l’horreur qu’elle inspirait. Les traditions populaires les confondaient souvent avec les lépreux. On prétendait qu’ils se distinguaient par la couleur sombre et grisâtre des yeux, par le peu de longueur du lobe de l’oreille. « D’ailleurs; dit un auteur du xvi® siècle, beaux hommes, laborieux, fort méchaniques, et au reste, portant en leur face et actions quelque cas qui les rend dignes de cette détestation, en laquelle on les a ainsi partout : outre ce, tant beaux soientils, ny eux, ny leurs femmes, si ont-ils tous l’baleine puante, et les approchant, vous sentez je ne sais quel mal plaisante odeur sortir de leur chair, comme si quelque malédiction de père en fils tombait sur cette race misérable d’hommes. »

Catholiques, comme la population aü milieu de laquelle ils vivaient, ils n’avaient cependant pas le droit de se mêler à leurs coreligionnaires. Leurs huttes s’élevaient à quelque distance des villages; ils ne pouvaient entrer à l’église paroissiale que par une petite porte qui leur, était exclusivement réservée ; ils prenaient de l’eau bénite dans un bénitier à part, ou la recevaient au bout d’un bâton ; et dans l’église ils avaient un coin où ils devaient se tenir séparés du reste des fidèles. Jusqu’à la fin du xvii® siècle, ils furent astreints par la législation alors en vigueur à porter une marque distinctive, appelée pied d’oie ou de canard, dans les arrêts des parlements de Navarre et de Bordeaux.

On comprend aisément que ces proscrits ne s’alliaient qu’entre eux, et que les mariages étaient très-rares entre les Cagots et les familles réputées pures. Cette race s’est

elles continuèrent jusqu’en 1830, époque à laquelle les électeurs contraignirent le maire à rentrer dans sa retraite. Hist. des races maudites, I, 127.

l’hérédité et le caractère national. 165 donc trouvée à peu près dans les mêmes conditions que celle des Juifs, dans un état très-favorable pour assurer la transmission héréditaire. Je remarque au reste que plusieurs de ceux qui en ont parlé de visu^ et notamment les médecins du xvi® et du xvii® siècle dont M. F. Michel rapporte les témoignages, sont frappés aussi du fait d’hérédité. D’autre part, le même auteur nous dit qu’un contemporain lui écrit : « Je défie aux signes extérieurs de distinguer les Cagots de toute autre race. » Peut-être n’est-il pas impossible de.concilier ces opinions, en faisant remarquer que les Cagots ne paraissent pas avoir été une race vraiment distincte des autres, comme les Juifs ou les Bohémiens. Tandis que l’origine de ceux-ci est bien connue, rien n’est plus obscur que celle des Cagots; et toutes les opinions se sont donné libre cours, depuis celle qui les fait descendre d’un serviteur du prophète Hélie, Jusqu’à celle qui voit en eux un reste des Goths ^ Si donc entre les Cagots et la population qui les entourait, il n’y avait pas opposition de race, toutes les différences extérieures ont dû s’effacer de plus en plus, sous l’influence d’un milieu identique.

En somme pourtant, à l’époque où ils étaient tenus à l’état de parias, les Cagots devaient être un objet d’étude assez curieux, au point de vue de l’hérédité psychologique et morale. Malheureusement les renseignements font totalement défaut. On se borne à nous dire qu’en Guyenne et en Gascogne, ils exerçaient tous la profession de tonnelier ou de charpentier; qu’en Bretagne ils étaient cordiers, et qu’ils étaient estimés fort habiles dans leur art. Mais ce fait nous paraît beaucoup moins un résultat de

< Races maudites, I, 266. Pour l’exposition de ces origines, nous renvoyons au livre précité.

LES FAITS

l’hérédité, qüe du régime deseastes auxquelles ils étaient soumis. On les accuse aussi d’être présomptueux^ arrogants, hâbleurs, défauts qui peuvent tout aussi bien s’expliquer par l’état d’hostilité permanente où ils étaient envers les autres hommes, que par une qualité transmise organiquement. Je ne trouve qu’un simple fait, assez insignifiant, d’un goût et d’un talent héréditaire pour la musique : « Navarreins a vu les Campagnet se transmettre depuis trois ou quatre générations un violon très-recherché... Il n’y avait pas de bonne fête si le violon ou la flûte des Campagnet n’y était pas ^ »

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