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CHAPITRE IV

LES EXCEPTIOIS^S A LA LOI d’SÉRÉDITÉ.

L’étude des lois de l’hérédité ne serait pas complète sans l’examen des exceptions. Rien ne fait mieux comprendre la nature d’une loi que la connaissance des anomalies. . A ' •

Ici surtout elle est indispensable ; car les infractions à la transmission héréditaire sont si nombreuses et si frappantes, que plus d’une fois on se demande en hésitant, si la loi existe bien sous les phénomènes qui la masquent. Aussi s’explique-t-on que l’auteur du plus célèbre traUé sur ce sujet, ait cru pouvoir mettre en face de l’hérédité une loi égale et contraire, celle àe Vinnéité qni, à ses yeux, explique les exceptions.

Avant de discuter cette hypothèse, et de montrer comment l’hérédité peut expliquer les exceptions aussi bien que les cas réguliers, nous commencerons, selon notre méthode habituelle, par mettre quelques faits sous les yeux du lecteur.

Dans l’ordre physiologique, ces exceptions sont faciles à constater au point de vue de la structure externe et interne, de la physionomie, de la taille, de la constitution, du tempérament.

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Quoique en général les frères et les sœurs aient « un air de famille, » il n’est pas rare cependant qu’il y ait entre eux une telle diversité de traitset de visage, que rien extérieurement ne laisse soupçonner leur communauté de sang. Quelquefois cette différence se remarque même chez des Jumeaux. Sinibaldi se demande « d’où vient qu’à Rome, des rustres sans figure et des femmes de la lie du peuple, aux traita hideux, donnent le jour à des fils ou à des filles d’une ravissante beauté, d’une telle perfection de formes qu’on n’en trouve une semblable ni dans les palais des seigneurs ni dans les cours des princes’.»

- Des pères et des mères droits, qui n’ont jamais eu de bossus dans leur famille, produisent des enfants bossus ou difformes. Des pères et des mères bossus ont eu des enfants droits. — Il arrive à des parents d’une taille moyenne d’engendrer des enfants d’une taille élevée. D’autres parents d’une haute taille, sains et issus de familles bien constituées, engendrent des enfants de trèspetite taille. Un homme eut de sa femme huit enfants, dont quatre étaient des nains. Bébé, le fameux nain du roi Stanislas, dont la hauteur était de 33 pouces, était né dans les Vosges, de parents bien faits, vigoureux, bien portants. Le célèbre gentilhomme polonais Borwslaski, haut de 28 pouces, avait un frère et une sœur nains comme lui et trois frères de cinq pieds et demi

Les idiosyncrasies qui consistent dans la prédominanee d’un organe, d’un viscère, ou même d’un appareil tout entier, présentent également des cas d’innéité curieux. Les constitutions de famille, comme le dit P. Lucas, corn-

^ Ne serait-ce pas un fait d’atavisme ? -

2 Lucas, I, 108, et Burdach, II, 427. -

les exceptions a la loi d’hérédité.

mencent très-souvent par des individus, et les constitutions les plus enracinées, les plus générales dans le sein des familles, n’y sont cependant pas celles de tous les

membres. .

On peut citer notamment comme faits remarquables d’innéité, ceux que Zimmermann appelle des exceptions dans le tempérament. Il en a recueilli nn grand nombre d'exemples : c'est un homme qui éprouve des douleurs inouïes à se faire couper les ongles; un autre de vives angoisses à se laVer le visage avec une éponge. Pour d’autres, le café est un vomitif, le jalap un constipant. Haehn ne pouvait manger plus de sept à huit fraises sans être pris de convulsions, ni Tissot avaler de sucre sans vomir.

> On Jugera d’ailleurs inutile d’énumérer un grand nombre de faits d’innéité, si l’on veut bien faire cette réflexion très simple que les particularités d’organisation, les variétés congéniales ou naturelles sont nécessairement des exceptions à la loi d’hérédité : ainsi la polydactylie, l’ectrodactylie, le bec de lièvre et toutes les difformités de cette nature commencent par une déviation du type spécifique. Rappelons le célèbre exemple d’Edxvard Lambert : ccl’bomme porc-épic, y> dont les parents étaient sains et bien conformés, mais qui transmit à ses enfants sa sin-^ gulière carapace. En sorte que l’hérédité, comme on le voit par ces faits, finit par s’imposer elle-même à ses propres exceptions.

Chez les animaux, toutes les races qui ne sont pas dues

àdescroisemehts,maisàdesvariétés spontanées, résultent

également de l’innéité et de l’hérédité— de l’innéité pour leur origine, de l’hérédité pour leur maintien. Ainsi les taureaux sans cornes ou mochos de la république Argen-

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tiïie, les poules sans croupion, les poules naines et pattues, etc.

Si nous passons de l’ordre physiologique à l’ordre psychologique, nous trouverons des cas non moins frappants d’innéité.

Les phrénologistes ont accumulé les faits pour montrer que chez les animaux, là où nous ne voyons qu’uniformité de mœurs, de caractères, d’aptitudes psychiques, il y a entre les membres d’une même famille des différences individuelles qui, ne résultant pas de l’éducation, sont dues à l’innéité. Dans une portée de louveteaux enlevés à leur mère, dit Gall, et qui tous furent élevés de la même manière, un s’apprivoisa et devint doux comme un chien; les autres gardèrent leur naturel farouche ^ .

Chez les Jumeaux, il y a quelquefois des contrastes extrêmes entre les goûts, les penchants, les idées. L’antiquité en avait déjà fait la remarque :

Castor gaudet equis, oyo pçognatus eodem.

Pugnis.

Ce qui est plus curieux, c’est que les monstres doubles, quand ils parviennent à vivre, peuvent avoir des constitutions psychiques différentes. M. Serres l’a remarqué à propos de Ritta et Christina. Les jumelles de Presbourg, qui étaient réunies seulement par l’extrémité postérieure dutborax, différaient complètement de caractère. L’une était belle, douee, posée, peu sensuelle ; l’autre laide, méchante, querelleuse, ardente. Les violences de la dernière contre sa sœur et leurs disputes étaient devenues si fréquentes que, dans le couvent où le cardinal de Saxe- Zeits les avait placées, on se vit obligé de leur affecter

* Gall. Fonctions du cerveau, II, 420.

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une surveillante qui ne les quittait point. Elles vécurent en dépit de ces désunions jusqu’à l’âge de 22 ans ' " Comment, a-t-on dit, douter de la loi d’innéité, quand on voit les grands hommes renaître dans des fils indignes d’eux? Par quel singulier jeu de la nature, du sage Périclès peut-il sortir deux sots, comme Paralos etXantippos, un furieux comme Clinias? de l’intègre Âristippe, un infâme Lysimachos ? du grave Thucydide, un inepte Milésias, un stupide Stephanos ? de Phocion lé tempérant, un disolu comme Phocus? de Sophocle, d’Aristarque, de Socrate, de Thémistocle, des fils indignes! On a parcouru aussi l’histoire romaine en notant les mêmes différences: Cicéron et son fils, Germanicus et Caîigula, Vespasien et Domitien, Marc Aurèle et Commode. Dans l’histoire moderne, dit P. Luèas, « les fils de Henri IV, de Louis XIV, de Cromvs’elî, de Pierre lë Grand, comme ceux de La Fontaine, de Crébillon, de Goethe- et de Napoléon, dispensent de tant d’autres noms qu’on pourrait citer L »

. Pour notre part, nous n’acceptons pas ces exemples comme des faits probants d’innéité- La plupart sont douteux et beaucoup sont faux. Il ne suffit pas de dire : Tel homme illustre a des fils médiocres, pour conclure de là que l’hérédité est en défaut. Le fils qui ne tient pas de son père, peut parfaitement hériter de sa mère. Nous avons vu que Ce cas est si fréquent, que des auteurs en ont fait une règle.

Parmi les exemples cités par P. Lucas, il y en a chez qui rhéritage maternel n’est pas douteux : Commode, Louis XIII, Gœthe, Napoléon II. Il est probable o|ue pour bon nombre d’autres, particulièrement pour ceux qui

^ P. Lucas, 1, 153.

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sont empruntés à Tliistoire grecque, si nous avions des données exactes sur les femmes de ces grands hommes ou sur leurs ascendants immédiats, il nous serait facile de montrer dans ces personnages obscurs ou dissolus les héritiers de leur mère, de leurs grands parents. Ainsi l’hérédité reprendrait un grand nombre de faits qu’on lui soustrait à tort.

Toutefois, nous ne voulons pas nier qu’il n’y ait des exceptions et de très-graves. Mais une façon concluante de les établir, c’est de faire remarquer non pas qu’un grand homme a des enfants médiocres, ce qui ne prouve rien, mais que dans des familles obscures éclate tout à coup un grand homme. Or ce cas n’est pas rare. «Souvent, dit Burdach, les parents ont des facultés intellectuelles trèsbornées et tous leurs enfants annoncent les plus heureuses dispositions. C’est fréquemment de parents simples que sortent ces hommes supérieurs, ces esprits dont l’influence se fait sentir pendant des milliers d’années, et dont la présence était un besoin pour l’humanité, au moment où ils sont entrés dans la vie. Les plus grands hommes appartenaient à des familles vulgaires, pauvres ou inconnues »

Dans la race nègre, dont l’incapacité est si justement reconnue, les anthropologistes ont fait connaître les noms d’individus doués de facultés remarquables. Toussaint Louverture n’était certainement pas un politique ordinaire. D’après Pritchard, il n’est pas même jusqu’aux stupides Esquimaux, jusqu’aux Groenlandais, qui ne puissent produire des hommes intelligents.

La conformation particulière de certains organes des

< Burdach, II, 245.

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sens ou leur manque absolu sont des faits d’innéité, à la fois physiologique et psychologique. Il y en a chez qui les yeux sont inhabiles à distinguer une couleur déterminée, le bleu, le rouge, le jaune. D’autres naissent aveugles de parents qui voient clair. — La surdi -mutité, dans un grand nombre de cas, n’a rien qui l’explique de la part des auteurs de la génération. Les médecins ont cité plusieurs cas de familles où les parents, entendant et parlant très-bien, donnaient naissance à des enfants tous sourds-muets. — Enfin , le goût et l’odorat sont atteints quelquefois soit d’anesthésie, soit d’insensibilité absolue, sans qu’aucune transmission héréditaire puisse expliquer ce phénomène.

Mentionnons, pour finir, les idiosyncrasies psychologiques, et les faits d’exception dans l’ordre mental. La psychologie, comme la physiologie, a ses cas rares; malheureusement on n’a pas pris autant de soin pour les mentionner et les décrire. Sans parler de la folie, de l’idiotie, de l’hallucination, qui peuvent se produire, en apparence au moins, sans aucun antécédent visible chez les ascendants, il y a des états purement moraux qui se rencontrent dans une certaine classe de criminels, homicides, voleurs, incendiaires, et qui, pour ceux qui se placent en dehors des préjugés et des opinions reçues, ne peuvent être considérés que comme des accidents psychologiques plus tristes et non moins incurables que la surdi-mutité et la cécité. Nous avons donné plusieurs exemples de ces anomalies et de leur hérédité ; mais elles se présentent aussi souvent à l’état de cas isolés et non transmis de monstruosités morales. Ces êtres, comme le dit le D*' Lucas, n’ont de l’homme que la figure; il y a du tigre et de la brute dans leur sang, ils sont inno-

cemment coupables et quelquefois capables de tous les crimes ’ .

Après avoir montré par des faits de tout ordre qu’il existe des exceptions graves à la loi d’hérédité, il reste a expliquer ces exceptions. Nous avons vu qu il est parfaitement clair et incontestable que l’hérédité c’est la loi; aue cela ne peut être révoqué en doute, que meme dans les cas que nous qualifions d’exception, l’exception n est iamais que fartielle, parce que, quand par hasard l’hérédité ne transmet pas les caractères individuels, elle transmet au moins les caractères spécifiques. La question n est donc pas de savoir si l’hérédité est une loi biologique, mais si cette loi est absolue. Comme les exceptions ne sont pas plus contestables que la loi et qu’elles doivent nécessairement avoir une cause, on ne peut faire que 1 une de ces deux hypothèses :

Dire qu’il existe dans la nature une cause essentielle, permanente dont les phénomènes d’innéité sont les effets, en d’autres termes, que le fait biologique de la génération est régi par deux lois : l’une d’innéité, l’autre d’hérédité, la loi n’étant que l’expression de ce qu’il y a de constant dans la production des phénomènes', le rapport invariable qui existe entre la cause et l’effet : c’est la thèse qu’à soutenue le D’^ P. Lucas .

Ou bien dire qu’il n’y a que des causes accidentelles d’innéité, qu’elle n’est jamais qu’un hasard, qu’un résiil-

1 On trouvera un grand nombre d'exemples de ces monstruosités morales flans l’ouvrage déjà cité du D'' Despine.tomell et III.

les exceptions a la loi d hérédité. /

tat du Jeu et du concours fortuit des lois naturelles, mais qu’elle n’est l’effet d’aucune loi distincte et spéciale; en sorte qu’il y a une loi d’hérédité avec ses exceptions, et non pas deux lois, l’une d’hérédité et l’autre d’innéité ; cette seconde thèse est la nôtre. Mais avant de l’exposer, nous devons discuter l’opinion contraire.

Le D'' Lucas en a donné une exposition complète en la rattachant à des principes philosophiques. Pour lui, tout être vivant considéré dans son origine, c’est-à-dire dans sa génération, est le produit de deux lois qu’il place sur le même plan et au même niveau. L’une est la loi d'in~ néité, par laquelle la nature crée et invente sans cesse. L’autre es,i la loi d’hérédité, par laquelle la nature s’imite et se répète continuellement. La première est le principe du dmrs ; la seconde le principe du semblable.

Si l’une existait seule, il n’y aurait dans le monde de la vie que des différences infinies en nombre; si l’autre existait seule, il n’y aurait que des ressemblances absolues. Mais, pris ensemble, ces deux principes expliquent comment tous les êtres vivants de la même espèce peuvent être à la fois semblables entre eux par leurs caractères spécifiques, et différents entre eux par leurs caractères

individuels. " ,

Si, en se plaçant à un point de vue métaphysique, on examine la quekion ici posée, on ne peut nier qu’elle soulève un problème difficile, probablement insoluble. Le moyen âge l’a vivement agitée sous les noms bizarres de « problème de l’individuation, » de 1’ « hoccéité, de Y ce hœccéité. d On s’est beaucoup moqué de ce Jargon barbare ; mais si on laisse les mots pour les choses, on ne peut nier que ce problème s’imposait aux scolastiques et avait une importance capitale. A ce qu’il nous semble, la

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philosophie moderne s’est heaucoup plus préoccupée du général, des lois, des genres et des espèces que de l’individu . Or, si l’on en vient à considérer le général comme la réalité véritable, on en devra logiquement conclure que l’individu n’est plus qu’un phénomène passager et sans valeur, résultat éphémère de lois qui se croisent et se combinent de mille manières, dans le déroulement infini du monde ; et pour parler avec P. Lucas, on affirmera le semblable en niant le divers ; l’hérédité sera la loi, l’innéité, l’exception. — Si, au contraire, on regarde l’individu comme une réalité, comme une sorte de monade que les lois de la nature gouvernent et pressent de toute part , mais sans pouvoir entamer ce qu’il y a en elle d’essentiel, d’impénétrable, alors on placera le divers au-dessus du semblable et l’on sacrifiera l’hérédité à l’innéité.

Nous n’avons entrepris ici qu’une étude de psychologie expérimentale : nous n’avons donc pas à discuter ce redoutable problème de métaphysique. Il suffit en passant de le noter : si nous redescendons sur le terrain de l’expérience, il est impossible de nier assurément l’existence du divers, car il est donné à titre de fait. Dans la nature, il n’existe pas deux êtres semblables. Quand nous considérons un grand troupeau de moutons, si nous ne voyons entre eux pour la plupart aucune différence, l’œil exercé du berger peut distinguer chacun d’eux. On sait que les courtisans d’Alphonse X cherchèrent en vain deux feuilles semblables. Mais si le divers existe, n’est-il explicable que par une loi spéciale? Nous ne le croyons pas.

Si nous concevons l’acte de la génération dans des conditions aussi simples que possible, un être unique engendrant un autre être, en dehors de toute cause perturbatrice, il nous est absolum.ent impossible de concevoir

les exceptions a la loi d’hérédité.

comment le produit différerait du producteur; car il n’y a pas de raison pour admettre telle déviation plutôt que telle autre : cette déviation serait un effet sans cause. L’aphorisme de Linné ; Le semhlaUe produit le semhlahle, s’impose donc à nous avec l’évidence d’un axiome. Mais, en réalité, tout ne se passe pas avec cette simplicité idéale. D’abord, dans l’acte de la génération, il y a d’ordinaire deux sexes, par conséquent deux hérédités en lutte . piemière cause de diversité. Il y a aussi des causes accidentelles agissant au moment même de la génération ; autre cause de diversité. Enfin il y a les influences internes ou

externes postérieures à la conception.

Il est évident, dit M. Quatrefages, que dans toute procréation, les parents apporteront des influences qui se rattacheront aux trois ordres de faits suivants : leurs caractères pourront être analogues, opposés ou différents. Dans le premier cas, il y aura persistance ou exagération des caractères transmis. Dans le second, amoindrissement ou neutralisation réciproque. Je suppose, par exemple, l’un des parents presbyte et l’autre myope; le fils aura des chances pour avoir une bonne vue résultant du conflit d’influences opposées. — Dans le troisième cas, si les caractères sont simplement différents, le produit est une résultante entre le père et la mère, c’est-à-dire qu il apparaît un caractère nouveau, différent des deux premiers, quoique dû à l’hérédité. Ainsi, lorsque chez les animaux les parents sont de couleur uniforme différente, leur union donne assez souvent naissance à desvejetons dont le pelage est tacheté, marqué de plaques, zébré, par conséquent très-différent de celui du père et de la mère.

Ainsi l’hérédité peut Jouer, en vertu même de la loi fondamentale, le rôle de cette force d'innéité, imaginée

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par P. Lucas. Pour nous, il y a des faits d’innéité dus à des causes accidentelles; il n’y a pas de loi d’innéité. Bien mieux, l’hypothèse de P. Lucas est contradictoire. En effet, pour comprendre combien l’innéité a peu le caractère d’une loi, qu’on remarque que la loi est identique aux phénomènes qu’elle régit , puisqu’elle n’est que l’expression de ce qu’il y a en eux de permanent et d essentiel, et qu’elle permet de les prédire. Si vous supposez la loi d’hérédité seule à l’œuvre, sans influences perturbatrices, vous pouvez prédire que le produit ressemblera à l’un de ses parents ou aux deux. Mais supposez une loi d’innéité, il n’y a plus aucune prédiction ni prévision possible, puisque tout peut se produire, puisque la diversité est la règle ; c’est le désordre en permanence. Or, on ne pourra Jamais de là tirer une loi. Une loi se découvre par un travail d’abstraction et de généralisation qui ne peut s’appliquer à des cas totalement divers, puisqu’on se propose Justement de chercher les ressemblances et d’éliminer les différences. Tous ces cas épars, toutes ces diversités qu’on ne peut réunir en un faisceau, on les appelle des anomalies, c’est-à-dire des faits sans lois. Qu’on parle donc de faits d’innéité, c’est fort bien, mais une loi d’innéité est une contradiction dans les termes. Là, où par hypothèse il n’y a pas deux effets qui se ressemblent, on peut à la rigueur admettre l’intervention arbitraire d’une puissance créatrice, mais nullement l’action régulière et constante d’une loi.

Il est donc impossible de reconnaître deux lois antagonistes, dont l’une serait l’hérédité, et l’autre l’innéité. Ajoutons que les doctrines contemporaines sur l’origine des espèces et leur évolution, n’admettent rien qui ressemble à une loi d’innéité. Outre la sélection et l’hérédité.

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