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tions du soi. Celui qui subit cette aura s’appartient mal et d’ailleurs il cherche à oublier tout ce qui n'est pas l’objet immédiat de sa concupiscence. Cependant une frange de raison, qui n'abandonne jamais l'être humain, lui permet de distinguer quelque chose comme un écoulement rapide d'images, les unes accélérantes, les autres contrariantes, qui gravitent au fond de sa conscience, s’enflent et crèvent à la façon de bulles de savon. Nous savons ce que sont ces images et de quel héritage elles témoignent. Leur émouvante rupture, leur disparition se succédant au sein d'une durée très courte, inspirent au désirant l’idée de la mort, comme compagne de son voluptueux plaisir. Il ne faut pas chercher ailleurs l'explication de ce phénomène psychologique constaté par tous les poètes, qui associe le désir amoureux à la mort. C'est l’éparpillement des fantômes intérieurs qui inspire au spectateur-acteur du moi en désir ces pensées ardemment funèbres.
Tandis que se joue cet acte si fréquent du drame intérieur, le soi demeure presque complètement masqué par la vapeur ou aura du désir. Mais qu'il se fasse jour dans le tonus du
vouloir, ou dans une partie de l’équihbre sage, et aussitôt le désir tombe et se dissipe, ainsi que la brume au premier rayon du soleil. C'est une expérience que chacun peut faire et qui nous prouve avec quelle facihité nous pourrions, si nous le voulions, combattre et vaincre nos désirs en apparence les plus irrésistibles. La simple nature s’en charge quelquefois. Tel qui se croyait esclave assiste brusquement, avec bonheur, à la rupture presque spontanée de ses fers.
J'avais un ami médecin — appelons-le Fabien — laborieux, d'une grande force morale, mais d'un tempérament de feu. Son malheur voulut qu'il s’épriît d’une femme belle et séduisante, parfaitement indigne de lui. Il en perdait le boire et le manger. La possession, éveillant en lui la zalousie et déchaînant les hérédismes qu'il ne libérait plus dans son travail, acheva de le martyriser. Cela dura deux ans. Je commençais à craindre que cette belle intelligence ne sombrât dans une passion si absorbante et orageuse, quand un jour Fabien tomba chez moi à huit heures du matin. Je somnolais encore. Il me dit :
« C'est fait, Je suis guéri.
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— Guéri de quoi ?
— De mon amour pour — ici le nom de la femme. — J'en suis certain, je suis délivré. Ah ! saperlotte, je l'ai échappé belle ! »
Sa mine, son aspect étaient tels que d’un prisonnier évadé. Il riait. [l eût presque dansé. Je n’en revenais pas. Je lui demandai :
« Comment cela s’est-1l passé }
— Oh de la façon la plus simple du monde. Depuis deux ans j'étais fou, avec un tout petit coin de lucidité, que je te dissimulais soigneusement, de peur que tu ne le bouches, en essayant de l’agrandir. C’est ce filet de lumière qui m'a sauvé. J'ai pris l'habitude de me représenter nettement, clairement, d'abord cinq minutes par jour, puis avec plus de fréquence :
1° La déchéance et la ruine qui me menacaient.
2° La douleur de ma rupture, si jamais je parvenais à l’accomplir... Cet entraînement méthodique m'a énormément coûté pendant six semaines. Ensuite, je ne pouvais plus me passer de cette gymnastique morale, au bout de laquelle m'apparaissait la délivrance. Celle-
ci m'est venue tout d'un coup : vlan! Je me suis réveillé libre, comprends-tu cela, hbre, avec la sensation d'un homme qui vient d'échapper à la noyade!... Il ne reste plus qu à régler le dispositif des adieux, que Je désire décents. C’est pour cela que je suis ICI. »
Fabien disait vrai. Il se maria quelques mois plus tard avee une délicieuse jeune fille et mena désormais une vie normale, tranquille et heureuse. Il avait découvert tout seul le remède héroïque à son asservissement, qui est le réveil méthodique du soi.
Le désir de l'argent et des honneurs, le
désir ambitieux, si tenace chez certains, sont sujets à des caprices, à des hauts et bas, à des chutes brusques du même ordre. Il suffit que la raison, libre en face du soi dépouillé de la confusion héréditaire, lui représente fortement pendant une minute, la vanité de ces appétits. Car le désir, quel que soit son objet, relève toujours de l'instinct génésique, pur, ou à l'état de mélange et de dissimulation ; et l'instinct génésique ne cesse jamais d'agir sur les hérédismes, dans les deux sens indiqués plus haut,
- La justesse et la vérité d'une thèse philosophique ou scientifique sont d'autant plus probables que cette thèse donne la clé d'un plus grand nombre de faits d'observation ; car il est clair quon n'arrive Jamais, dans ce domaine, à une certitude mathématique. Or la plupart des perversions sexuelles — pour l'étude desquelles je renvoie aux traités spéclaux — ont pour origine une présence héréditäre, ou un souvenir hérité, ou un hérédisme quelconque, happé et fixé par un gonflement de l'instinct génésique. Chacun de ces malades, s'il est interrogé méthodiquement et habilement, retrouvera dans sa mémoire les circonstances où telle image, qui est devenue la substance et la trame de son obsession, est tombée dans son appétit sexuel, et passée ainsi sournoisement à l’état de hantise. Combien de médecins, même spécialistes, combien de philosophes n’avonsnous pas vus donner à ces obsessions une origine inconsciente et subconsciente, donc incurable, alors que la simple observation aurait dù les mettre sur la voie de leur lourde erreur.
Sans doute, l'être humain est moralement
ù LS POP # 126 L HÉRÉDO.
fragile, notamment aux tournants climatériques et critiques, où pleuvent surtout en lui les fantômes héréditaires. Sans doute, la rencontre d'une de ces figures — animées ou inanimées — et de l'instinct génésique, grand fabricateur de réflexes et d’automatismes, peut lui infliger, dans l'adolescence, ou l’âge mûr, ou au penchant de la vieillesse, une habitude vicieuse, susceptible de ronger et de détruire son existence, une tare extraordinairement tenace. Mais s1 la cause de tels accidents, trop souvent funestes, est bien celle que j'indique ici — et j'ai tout lieu de croire qu'il en est ainsi — le traitement moral approprié est possible et la guérison, plus ou moins lointaine, est certaine.
Mes lecteurs peuvent ainsi se rendre compte que je ne sépare point l'examen critique des profondeurs de la personnalité humaine de l'intervention thérapeutique dans les troubles de cette personnalité, que Je ne sépare point l'interprétation doctrinaire de l’action. Ce sera tout le mérite de ce petit livre que d'apprendre à ne pas subir des diminutions ou des maux, qui peuvent et doivent être combattus. Après avoir regardé,
Lu
L'INSTINCT GÉNÉSIQUE. t27
étudié les hérédismes, leurs passages, leur emprise en nous, le mécanisme de l'automate auquel ils semblent parfois nous réduire, regardons, étudions les moyens de leur échapper et de nous reconquérir. Regardons, étudions ces deux forces connexes : l'attention et la volonté. Apprenons à ranimer notre soi défaillant, à le refaire, à l'utiliser. Apprenons à sortir de la passivité et à mépriser le fatahisme. Ce ne sont pas là des mots. Ce sont des réalités vivantes et saignantes.
Les rencontres fâcheuses de l'instinct génésique et des hérédismes, les troubles graves qui en résultent, sont trop connus, ont désolé trop d'existences et de familles pour qu'il soit besoin d'insister et de fournir des exemples. Ceux-ci foisonnent dans tous les milieux. Ils alimentent les faits divers, aussi bien que la chronique scandaleuse. Les trois quarts des suicides prétendus mystérieux n’ont pas une autre origine.
Vous connaissez la vieille objection : mais comment vous appuyerez-vous sur la volonté, alors que, dans la majorité de ces cas de dépravation, c'est la volonté elle-même qui est malade? Or, nous avons appris que le
tonus du vouloir échappe aux hérédismes. Il peut être rouillé par le manque d'exercice et par l'oubli. Il ne peut être n1 anéanti, n1 brisé, n1 rendu impropre à l'usage. Ce qui le fait croire abusivement, c'est que la raison est, dans le même temps, obscurcie par les vapeurs de l'instinct génésique et les suffusions de l'hérédité. Reportons-nous à notre schéma. Le traitement de tant d'altérations morbides, dont nous connaissons maintenant la cause, consistera donc :
1° À éclairer méthodiquement le jugement, en développant lintrospection du soi, et à susciter celui-ci, en refrénant les images et reviviscences louches du moi;
2° À ranimer le tonus du vouloir par la vision claire du but à atteindre, de la santé morale à reconquérir:
3° A chercher une diversion puissante dans l'impulsion créatrice, artistique, littéraire, scientifique, politique, en vue de l'équilibre sage.
Nous examinerons plus tard les moyens d'atteindre ce triple résultat, de retrouver la règle de vie avec la paix de la conscience.
Mais, dès maintenant, on se rend compte .
D É ro dg à , Ain 6e: dr: à | , Pa LA
E Re. 4 la nocivité de la doctrine philosophique, 4 au rebours de la nôtre, qui porte le nom d’Inconscient et des dérivés psychologiques et médicaux de cette doctrine. Elle agit à la façon d'un poison paralysant. Elle substitue le réflexe au mouvement, l’automatisme à la volonté, en déchaînant l'instinct génésique. Elle obscurcit l'intelligence et favorise l'igno- rance de notre véritable personnalité. Elle doit être considérée comme un fléau.