‹ L'hérédo; essai sur le drame intérieurChapitre 10 sur 39 · L'HÉRÉDO — CHAP. IV · texte numérisé non relu

L'HÉRÉDO — CHAP. IV

CRITIQUE DE L INCONSCIENT. 1c3

pillement, de rencontres et de modelage n'est autre que le domaine attribué à l’Inconscient.

Mais il importe de serrer de près les diverses phases de ces actions et réactions, jusqu'à présent mal étudiées et dont l'ignorance a puissamment servi la thèse fallacieuse de l’Inconscient.

Le soi, nous l'avons vu, veut créer et dé- -cide de créer. Or l'instrument de la création, corporelle ou intellectuelle, est dans l'être l'instinct génésique. Celui-ci, que j'appelle encore le mauvais hôte, est un serviteur imparfait, qui regimbe, qui ruse, qui connaît de redoutables révoltes. Ces révoltesont alimenté, à toutes les époques, la littérature romanesque et dramatique. Il n'est rien en effet de plus tragique que les assauts de cet instinct animal contre la raison et que les fréquentes victoires remportées par lui sur la raison. La théologie catholique seule a su traiter la question dans toute son ampleur et avec une richesse d'arguments qui ne saurait être dépassée. Je n'en dirai pas autant de la psychologie et de la clinique cérébro-nerveuse de ces vingt-cinq dernières années, qui ont écrasé le sujet sous un fatras d'observations arrêtées à mi-chemin,

comme s1 elles en redoutaient l'aboutissement moral. C'est qu'en eflet l’'homicide doctrine matérialiste enseigne qu'il faut vénérer ses entrainements et ses passions, alors qu'une étude sommaire du mauvais hôte nous place devant la nécessité de les refréner. L'initiative créatrice du soi est saine et raisonnable. L'instinct génésique, abandonné à lui-même, est destructeur.

Mais 1l est destructeur d'une façon particulière et qui le rend particulièrement dangereux. Îl détruit en modelant les figures héréditaires du moi, ou en leur donnant une importance et des dimensions exagérées par l'autofécondation; puis en éparpillant ces images qui flottent alors, informes débris, à la périphérie de la conscience, qu’elles empoisonnent. C’est pourquoi, toujours comme

dans l’intoxication chronique, les premières atteintes de l'amour sensuel procurent une impression d'euphorie, de délices, d’augmentation de la force vitale. Puis ce troupeau de figures enchanteresses, empruntées à notre bagage congénital, va grimaçant et s’enlaïidissant, suscite peu à peu en nous toutes les tortures de la jalousie, de l’inassouvissement, de

l'angoisse accumulée au cours des générations — angor avi — pour aboutir, si notre soi ne réagit pas vivement, à la pire douleur et à la mort. Ce que les révélateurs de l’Inconscient ont découvert et décrit, sous le nom d’automatisme, n’est que le dénudement, par l'instinct génésique, des rouages moteurs de l’organisme, lesquels, privés de la direction du soi, fonctionnent désormais à vide et machinalement. Ces rouages ne sont pas, à proprement parler, en dehors de la conscience, puisaue la conscience pourrait les ressaisir, dans un sursaut de farouche énergie ou dans une lente application consécutive de la volonté.

Mais ils donnent en eflet l'illusion d'appartenir à l'inconscience, par leur éloignement et la quasi obscurité où 1ls fonctionnent.

Comment et pourquoi l'instinct génésique s’en prend-il aux figures héréditaires du moi — souvenirs, penchants, présences, aspirations vagues, ete. — et les modèle-t1l, de la même façon que le verrier souffle sa pâte lumineuse en toute sorte de formes brillantes et fragiles, qu'il brisera ensuite par excès d'insufflation ? D'abord parce que cet instinct cherchant sa proie, quærens quem devoret, saisit ce quil

trouve à travers le champ de la conscience.

Ensuite parce qu'une affinité profonde existe entre l'instrument de la continuité génésique et les éléments hérités de cette continuité. On peut dire, dans une brève formule, que le désir happe les hérédismes. J'ai donné autrefois, comme épigraphe à un de mes romans la formule suivante : « La passion fait sourdre la race ». C’est la même idée, sous une autre forme.

On comprend ainsi le caractère impétueux et dominateur de l'instinct génésique, quand il se déchaîne à travers la personnalité. Il s'appuie, dans un seul individu, sur plusieurs générations et 1l s'incorpore les forces explosives, les images accumulées de cent cinquante, deux cents années. Car les reviviscences héréditaires ne s'atténuent qu avec une extrême lenteuretconserventleur virulence pluslongtemps encore que les bacilles et spirilles les plus tenaces. On imagine les ravages causés par de telles incursions et uue telle frénésie d’insufflation et de modelage. Oreste n’est jamais en proie qu'aux furies intérieures; mais ces furies sont dévastatrices.

La soudaineté, la multiplicité de ces gonfle-

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ments, puis de ces ruptures des figures du moi par l'instinct génésique, la vitesse dont sont animés les fragments — véritables bolides de la conscience — ont permis d'échafauder la théorie de l’Inconscient. Cependant ses adeptes eux-mêmes, en analysant les phénomènes prétendus inconscients, dounent un démenti à leur thèse, attendu que des phénomènes réellement inconscients échapperaient à toute analyse. Ils seraient pour notre esprit comme le néant. Au lieu que l'expérience personnelle nous atteste que ce que nous croyons ignoré de la conscience est tantôt simplement oublié par elle, tantôt perçu fugitivement, tantôt mis de côté grâce à un subtil travail de l'hypocrisie intellectuelle. Je ne puis admettre l'Inconscient tel qu'on nous le fabrique, mais jadmets que l'instinct génésique se donne à lui-même la fréquente comédie de l’inconscience. En tout cas, la conscience a possibilité de prise et de surveillance sur toute l'étendue et toutes les ramifications de la personnalité. C'est une simple question d'entraînement. L'homme est d'autant plus digne de ce nom que cette prise et cette surveillance sont plus complètes, qu'il est à lui-

même un juge plus clairvoyant et plus sévère. Hartmann et ses émules ont avidement et puérilement recherché l'inconscience à travers la nature. Or, l'homme est un fabricateur de conscient. Son éminente dignité vient précisément de son aptitude à « conscienciser »

la nature et à l’humaniser. Il s’agit donc pour lui de perfectionner sans cesse sa connaissance du moi et du soi et sa maîtrise du soi, non de les affaiblir. À la formule, excellente mais insuffisante, « Connais-toi toi-même », Je substitue celle-c1 : « Agis ton soi ».

L'introspection a été, à travers les âges, le privilège d'un petit nombre de personnes.

Quelques-unes sont arrivées à noter, du promontoire le plus avancé de la conscience, ce gonflement, puis cet éclatement des éléments héréditaires du moi sous l'influence de l’instinct génésique. J'ai déjà cité le Hamlet de Shakespeare. L'amour, d’ailleurs fugitif, que le prince danois éprouve pour Ophélie éveille, modèle, puis éparpille en lui tout un cortège de figures sentimentales ou burlesques. Mais c'est dans la musique et chez le plus passionné des musiciens, chez Beethoven, que nous trouvons, magnifiée et rythmée, la plus grande

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somme de ce prétendu inconscient, transmis, par son génie, à notre conscience. Comme Shakespeare, comme Balzac, Beethoven se délivrait de ses hérédismes, mais dans la zone d'appel du désir, au moment où ceux-c1, comparables à des nébuleuses sonores, vont séparpillant en une poussière d’harmonies, que colorent la joie, la mélancolie, le regret, le désespoir, le remords, l'espérance et la désillusion. Écoutez la sonate pathétique ou l’'Appassionnata, la Symphonie Héroïque ou celle en ut mineur, en vous reportant au schéma précédent. Vous saisiréz, avec un peu d’attention : 1° l'appel initial du soi, large, solennel, plein de force et de liberté; 2° l’éveil du désir génésique, mis en mouvement presque aussitôt; 3° la pluie des souvenirs, aspirations vagues, présences, tournures d'esprit, etc., venus de la lignée beethovenienne; 4° leur saisie par le désir de cet homme sublime; 5° leur agrandissement et leur modelage; 6° leur éclatement et leur disparition dans ce noir du son qu'est le silence. Quand vous aurez recommencé une demi-douzaine de fois cet exercice, votre oreille habituée reconnaîtra et distinguera ces diverses phrases du second

acte du drame intérieur avec une grande aisance. Vous comprendrez alors qu'Inconscient signifie en réalité ignorance ou paresse. Le flambeau de la raison peut tout éclairer.

Beethoven est, à ce point de vue, un excellent objet d'étude, vu que les opérations cidessus décrites se présentent chez lui à l'état pur, sans La complexité supplémentaire qu'ajoutent au problème l'emploi des mots, ou le choix d’un sujet littéraire ou dramatique. L'’éternel motif des créations de Beethoven, c’est le drame intérieur, la lutte du moi et du soi. Il l’a fixée pour la suite des siècles, cette lutte, en une série de tables sonores qui ne sera peut-être jamais égalée, avec une puissance et une surabondance auprès desquelles tout ce qu’on peut écrire, sur le même sujet, semble étriqué et mesquin.

Chez Rembrandt, le soi nous apparaît, nous éblouit, dans la qualité de la lumière et dans la composition; le désir dans la vigueur du trait: le façconnement, puis l'éclatement des personnages intérieurs, sous le choc de l'instinct génésique, dans l'originalité des figures et des décors. Mettez-vous en face de /a Ronde de nuit, des Syndics des Drapiers, de cette eau-

er à F

forte dramatique qu'est /a Résurrection de Lazare. L'élan créateur est le même et vous remarquez, dans ces trois chefs-d'œuvre,

peints sur la toile, ou mordus sur le cuivre,

le même procédé de libération du moi par la projection de figures du même type. Ces figures-là étaient en Rembrandt, même alors quil les retouchait et complétait par quelques observations de l’ambiance. Elles étaient tellement en lui que, détachées, isolées, elles seraient reconnues et saluées aussitôt par le plus faible connaisseur du maître. Quant au tonus du vouloir — en dépit des vicissitudes de la biographie — il est d’une qualité souveraine, brillant et soutenu sans une défaillance, ne laissant rien au hasard, disposant les perspectives, allumant les regards, animant les mouvements avec une précision, une sérénité héroïques. Couronnant le tout, un équilibre sage fait de chacune de ces créations une haute leçon artistique et morale et comme une ouverture sur l'au-delà. Le dernier terme de la raison humaine, c’est le miracle, c’est-àdire la reconnaissance et l'acceptation de cela seul qui la domine, puisqu'elle en est l’aboutissement. L'atmosphère miraculeuse est en

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Rembrandt, comme peut-être chez aucun mortel, sauf Pascal. De là le sentiment de paix planante qui flotte autour des Pèlerins d'Emmaüs, une paix qui repose sur la certitude. Toute cette œuvre du grard Hollandais est inspirée, baignée de miracle, proportionnellement à son intense réalisme. Puisque, si la raison est la serrure de la vie, il faut bien que le miracle en soit la clé.

Je n'hésite pas à mettre sur le même plan qu'une sonate de Beethoven, ou une toile ou une estampe de Rembrandt, pour la lumière qu'il projette sur le prétendu Inconscient, l’Égoiste, de George Meredith. Dans cette étude des profondeurs de la conscience — unique en son genre — le gonflement systé- matique des éléments héréditaires, qui est ce que l’auteur entend par égoïsme, et leur rupture suivie d'éparpillement, sous l'influence du désir, sont décrits avec une minutie et une précision d'histologiste. En se reportant à notre analyse du soi et du moi, la trame du caractère de Willougby, le personnage principal, devient très simple et aisée à comprendre. Mais Meredith a mis sa coquetterie à offrir, sous les espèces d’un simple roman,

un traité complet de la personnalité humaine, qui est en même lemps une critique aiguë du poncif de l’Inconscient ; ce qui fait que cet ouvrage magistral n’a pas encore obtenu aujourd’hui la fortune glorieuse à laquelle 1l a droit. L'Égoïste est une bombe philosophique et littéraire, qui n’a pas encore éciaté. Par sa forme insolite et son aspect rébarbatif, 1l continue à intriguer les badauds de l'élite, dans le champ des lettres anglaises.

Je vois d'ici les doctrinaires de l'Inconscient qui s’avancent vers moi en poussant de grands cris : « Et le somnambulisme... et l’automatisme ambulatoire... et les dédoublements ou détriplements de la personnalité...

et tous les phénomènes subconscients?... »

Je sais, je connais. J'ai assisté aux séances de la Salpêtrière, où Charcot et ses élèves obtenaient de très bonne foi, des prétendues hystériques, une succession de symptômes demi-artificiels, conformes aux théories du grand chnicien. J'ai entendu le récit de l'homme qui s'était réveillé sur le pont de Brest, après un voyage dont il n'avait plus la moindre notion dans l’esprit, et la confession de la femme qu'avait désengourdie, après un

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sommeil de trois années, le bruit de la chute d’eau. Je ne nie pas que certaines parties de l'esprit puissent dormir, pendant que d’autres, appelées au mouvement, demeurent éveillées.

Je ne m'insurge pas contre le terme de subconscient, ni contre aucun autre terme qui signifie une diminution ou altération de notre essentielle faculté; encore que, selon moi, ces diminutions, ou ces altérations portent beaucoup plus sur la volonté que sur la conscience proprement dite, et relèvent surtout de l'oubli ou de l'aboulie. Mais je me l'Inconscient métaphysique et psychologique, en tant qu'explication générale de l'inconnu ou du peu connu de l'être normal et sain: et jinsiste sur l'explication de tant de symptômes mal interprétés par la rencontre de l'insunct génésique et des figures héréditaires intérieures, par les épisodes de cette rencontre.

Toute marotte, principalement scientifique ou philosophique, est détestable. Je suis arrivé à concevoir que les choses se passaient comme je les expose. Pensant que cette explication est au point, je la fais connaître. S'il en est une autre meilleure, et qui contredise la mienne formellement, je l’accueillerai avec

reconnaissance. Un travail, tel que celui que j'ai entrepris 1ci, est fait pour ouvrir les discussions, non pour les clore, pour provoquer les recherches originales, non pour les étouffer. Rien de plus odieux que les pontifes de Faculté, quand ils entendent nous imposer leurs vues étroites. J'ai souffert d'eux, je ne les/imiterai point.

JQu'on ne s y trompe pas, le succès de la doctrine de l’'Inconscient est né de la fortune singulière qui fut, il y a un quart de siècle, celle de la thèse de l'irresponsabilité morale. Comment juger, réprimer ou punir ce qui était soustrait à la connaissance, ce qui se passait dans le domaine mystérieux, inconnu, déifié en quelque sorte par Hartmann et ses successeurs ? Si une grande partie de l'homme échappait à l'homme, il fallait reviser, avec l'ancienne règle de la raison, la législation fondée ‘sur cette règle. Du même coup, le domaine de l'intelligible apparaissait diminué et comme rabougri, en face du champ immense qui nous échappait au dedans de nous-même, de cette jungle impénétrable et de ces insondables abîmes. Ces clartés, que perdait la sagesse traditionnelle, nous allions

les demander désormais au sensible, notam-

ment à l'intuitivisme, faculté mystérieuse,

inanalysable, prééminente, qui devenait le #fiarte-à-la-crème de la philosophie renouvelée.

Or, si J'examine les divers compartiments de ce qu'on appelle l'Inconscient, je découvre dans chacun d'eux : |

1° Un principe moteur, dynamique, qui est, selon moi, l'instinct génésique:; |

2° Un automatisme, qui n'est lui-même qu'une accumulation de mouvements et de possibilités de mouvements héréditaires, déclenchés par ce principe dynamique;

3° Des dessins et enchevêtrements, comphiqués sans doute, non inextricables, résultant de la combinaison des débris héréditaires explosés au sein du moi. Ceci soit dit notamment pour le vertige ambulatoire, ou les interventions inattendues d’un lointain passé dans le présent.

Examinons ces différents points, sans recourir à l'intuitivisme, n1 à rien de semblable, mais à la lumière de l’entendement.

1° L'instinct génésique est, avec la volonté de vivre, le grand principe dynamique de l'individu, celui qui assure la continuité de la race.

le croit généralement. Il peut être l’instru-

ment de l’imtiative créatrice, elle-même partie intégrante du soi. Il accumule de la force dans

la veille comme dans le sommeil, et 1l La dé-

pense soudain, soit qu’il la mette au service

de la procréation, soit qu'il l’utilise pour le - modelage et la libération des formes hérédi- . taires du moi. Balzac et d’autres ont remar-

qué que la création littéraire ou arüstique était augmentée par la chasteté, diminuée par son contraire. Cela se comprend. Ce qui est dépensé dans l’amour et la fécondation véri- » table n’est pas employé à la libération des hé- - rédismes, ni à l’autofécondation. Inversement, ce qui concourt à la libération littéraire, artistique, scientifique, politique des hérédismes est autant de pris sur la dépense amoureuse.

C'est une application du dicton populaire : on ne peut être partout à la fois.

+ L'INSTINCT GÉNÉSIQUE 117 Son domaine estencore plus étendu qu'on ne

scientes, en particulier des opérations mentales de calcul ou de déduction, dans lesquelles l'instinct génésique peut être masqué. J'afêrme qu'il est à leur origine et qu’un interrogatoire serré du sujet permettrait de le

Il est des opérations prétendues incon-

découvrir. On sait pourquoi le paon fait la roue et pourquoi le rossignol s’égosille. Au fond de n'importe quel tour de force physique ou cérébral, se trouve la puissance ardente et propulsive qui commande l'espèce et revêt tous les déguisements. Continuer, durer, c'est le cri vital. Aussi avec quelle avidité cette puissance génésique se jette sur le moi héréditaire et fait sa pâture des qualités comme des défauts, comme des modalités physiologiques, comme des principes de mouvement transmis ! L’affinité est d'une violence extrême entre ce qui a déjà vécu et ce qui tend à faire naître et renaître, entre les éléments du passé et la force qui commande l'avenir. Je dirai volontiers de l'instinct génésique qu'il fait le saccage des hérédismes, en voulant les assimiler et les modeler. C’est l’avare devenu prodigue, qui dépense incousidérément ses trésors.

2° Le type du mouvement automatique, c'est le réflexe. Je vois en lui un hérédo-mouvement, augmenté ou diminué par l'influx vital, par la sensibilité génésique. C'est l'acte ancien, transmis de généralion en génération, dont l'usage a raccourci le trajet, entre l'in-

citation et la détente. Il est aussi des pensées réflexes, des images réflexes, perçues dès leur éclosion dans l'esprit, qui tiennent à la facilité héréditaire et font le poète, l’orateur né. Chez le prince, qui a reçu de ses ancêtres le don et la vision politiques, le sens des nécessités de l’État acquiert l’acuité et la soudaineté d'un réflexe. Mais peut-on parler ici d’inconscience, alors qu'il s’agit tout au contraire de phénomènes d'hyperconscience, d’ellipses, de raccourcis de conscience, et comme d’une réflexion au second degré?

3° Les enchevêtrements et les figures, par combinaisons de débris héréditaires, sont d’une variété infinie. On peut y ranger les pressentiments, les sympathies et les antipathies, — du coup de foudre à la haine subite, — et ces attractions qui résultent de la rencontre, entre deux agencements analogues, des hérédismes de deux moi. Il n’est aucune des modalités, des formes capricieuses du prétendu Inconscient, qui ne puisse s'expliquer par une semblable pluie d'éclats héréditaires, qu'accompagne l'obcurcissement du soi.

L'observation et l'expérience auraient déjà dû mettre sur cette voie les doctrinaires de

l’Inconscient, attendu que ces manifestations, plus ou moins mystérieuses et singulières, se remarquent surtout chez les hérédos. Il était donc à présumer qu une relation existait entre de tels phénomènes et la surcharge héréditaire, ou prédominance du moi sur le soi.

L'absence de gouvernement intérieur favorise en nous l'automate. Notre meilleure chance de libération, musculaire, sensible, mentale, est dans l'exercice et l'application de la raison volontaire. Il n'est pas de plus grande erreur que de respecter en nous les demi-ténèbres.

Mais qu'y a-t-1l au fond de l'instinct génésique, ou plutôt comment percevons-nous cet instinct, quand il n'est n1 dissimulé, n1 déguisé? La question est d'importance, attendu que sa réponse permettra de distinguer ensuite ce qui relève, ou non, du grand déformateur de l'être intime.

Le désir est perçu comme la faim ou la soif, d'une façon encore plus indéterminée et pénétrante. [l consiste essentiellement dans une aura, dans une vapeur grisante, accompagnée de tension cardiaque et d'une sensation de chaleur, qui nous masque les opéra-

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