‹ L'hérédo; essai sur le drame intérieurChapitre 33 sur 39 · TROIE EN EU EE TTC · texte numérisé non relu

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tion philosophique, artistique, scientifique, littéraire, dans son expression la plus haute, n'est pas une création réalisée pea à peu, par augments successsif, comme l’eflort s'ajoute à l'effort, ou la journée à la journée. Elle est une irradiation soudaine, par le soi, de tout un pan du ciel intérieur, d'un fourmillement d'hérédosphères. Elle est un embrasement et un ordonnancement d'un majestueux firmament de souvenirs, de présences, d'idées héritées ou autonomes, de penchants, d’aspirations vagues, par l'impulsion créatrice, la volonté et la sagesse, conjointes en un triple et unique faisceau ardent. Le concept humain totalise soudainement la vie de celui qui le porte.

Si Dante, Shakespeare, Balzac, Léonard de Vinci, Gœthe, Beethoven, Laënnec, pouvaient prendre la parole et nous expliquer chacun la genèse de son œuvre immense, ils nous la dépeindraient ainsi qu'une illumination immédiate, à tel ou tel tournant de l’âge, généralement intermédiaire entre l’âge adulte et la jeunesse, ou entre l’âge adulte et la vieillesse. Ils la compareraient, selon le mot de Sainte- Beuve, au coup de foudre et à la voix, sur le

chemin de Damas. Synthèse fulgurante, profonde, instantanée, d’où sortiront ensuite, — par une série de contemplations, attractions, projections partielles et successives, venant après la contemplation, l'attraction, la projection globales, — tous leurs drames, tous leurs personnages, tous leurs tableaux, toutes leurs musiques, toutes leurs découvertes. Vous est-il arrivé par un soir d'orage, de considérer, de votre fenêtre, la nuit chaude, obscure et lourde? Tout à coup l'éclair brille et le vaste horizon vous apparaît dans ses moindres détails ; 1c1 un arbre, une meule, ici une ferme, RÀ le fil d'argent d’un ruisselet. Vous reconstituerez ultérieurement, par le souvenir et pièce à pièce, ce tableau subit d’un rouge incandescent. Ainsi se présentèrent les concepts, auxquels nous devons les maîtres chefsd'œuvre. Leurs auteurs ont transcrit peu à peu, — selon la faiblesse des moyens d’expression humains, — la victoire embrasée, synthétique, préliminaire de leur soi sur les mondes et constellations héréditaires.

De là, dans les chefs-d’'œuvre en question, cette analogie des parcelles au sein de la diversité, ces reprises de thèmes différemment

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assemblés, cet air de fa.aille et de tribu entre les hérédofigures projetées, et même entre les fragments ou segments verbaux des hérédofigures. Ces fulgurations ont presque toujours la forme de la grande fulguration initiale dont elles sont issues. L'œuvre de Shakespeare est une colonne de feu instantanée dans les espaces verbostellaires du moi shakespearien, rabattue, refroidie et morcelée sur la durée des quelques années terrestres pendant lesquelles travailla Shakespeare. Il en est de même de l’œuvre racinienne, de l’œuvre beethovenienne, etc. Le peuplement de figures et de sonorités, opéré par ces souverains génies dans le monde d'ici-bas, fut le déploiement et la répartition d'une éblouissante seconde, que dis-je, d'un millième de seconde créatrice, d'une explosion intellectuelle et pathétique au sein de l’univers intérieur. |

Oril n’est aucun phénomène métapsychique au centre du génie le plus altier, le plus complet, qui n'ait son correspondant au sein du plus humble d'esprit parmi les hommes. Si nous évoquons le premier sur son piédestal, c'est afin d'expliquer le second, attendu qu on comprend mieux les rapports des lettres

sur un grand tableau que dans un petit alphabet. Tout humain peut accomplir ici-bas son chef-d'œuvre, à quelque milieu qu'il appartienne; et sa hbre destinée réside dans son soi. Nous sommes environnés de hérosobseurs, dont les merveilleuses réussites ne vivront pas dans la mémoire des hommes, mais peuvent | être pressenties à l'incommensurable moisson des bonnes volontés toujours prêtes, quand un sacrifice national, vital, devient nécessaire, Ces réussites modestes furent, elles aussi, le résultat d'une illumination, d’une maîtrise instantanée du soi sur la gravitation des hérédosphères. Ces réussites eurent, elles aussi, de quoi florifier toute une existence, en la peuplant d'images généreuses, d'éclats resplendissants et parfois sublimes.

C’est ainsi que l'étude des rapports du langage et de l'hérédité nous amène à constater, au delà du langage, l’enfermant et le dominant, une puissance psychoplastique correspondant à une phase encore supérieure de la lutte du soi et du moi, à une victoire encore plus décisive du soi, en cas de succès. Cette puissance psychoplastique, à laquelle obéissent les hérédoconstellations et toutes les figures

| gravitant dans les profondeurs du ciel intime, nous l'avons appeie en commençant, l'acte de foi. Elle est à l'origine des concepts d’ensemble qui magnifient toutes les vies humaines, à condition que l’homme veuille sa volonté et ordonne son intelligence, après avoir libéré sa hberté.

Une autre conséquence de cette étude, c’est que non seulement l'homme est une créature distincte de toutes les autres et complètement inexplicable comme dérivant d'aucune de cellesci; mais encore chaque personnalité humaine, si elle apporte avec elle un fond commun à toute l'humanité, possède aussi, pour ce qu'il ya en elle de plus important et de plus puissant, quelque chose de non transmis, d'intransmussible, qui règle le transmis et le transmissible. qui ne peut qu'avoir été créé avec elle et pour elle.

Je n'ignore pas que cetexposé va à l'encontre des doctrines généralement admises depuis quelque soixante-quinze ans, d'après lesquelles l'inférieur explique le supérieur, la matière l'esprit, le singe l'homme : d'après lesquelles nous serions, nous humains, des captifs attendant, au sein d'une boue immobile, les coups

d'une destinée invisible et inconnaiïssable:

d'après lesquelles notre raison ne serait qu'une mince pellicule sur l'immense abîme de la sensibilité ou de l'inconscience; d'après lesquelles la lumière de l'intelligence serait un simple fumeron à côté de la torche de l'intwitivisme: d’après lesquelles les idées, les mots, les souvenirs seraient autant de petites pièces, rangées séparément et par travées, susceptibles néanmoins de réunion et d'agglomération périodiques — d'association comme l'on dit — étiquelées dans tout autant de petites cases du cerveau, seul et unique siège de la pensée: d’après lesquelles la construction histologique et anatomique dudit cerveau expliquerait très suffisamment toutes les complexités, toutes les finesses et toutes les grandeurs de ladite pensée; d'après lesquelles l’hérédité, conçue d’ailleurs, non dans son ensemble psychoorganique, mais seulement dans ses modalités pathologiques, pèserait irrémédiablement sur la famille et l'individu, sans aucun espoir de réaction, n1 de relèvement; d’après lesquelles enfin la Science, avec un grand $, serait à la veille d’avoir dit son dernier mot, lequel correspondrait à ceci : néant.

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Peu à peu, par le jeu naturel de personnalités médiocres et d’académies timorées ou somnolentes, ces doctrines d'engourdissement et de mort prenaient le pas sur leurs adversaires spiritualistes, d’ailleurs posées de travers et mal défendues en général, à l’aide d’arguments verbaux et désuets. J'ai pensé que l'observation directe de l’homme, aidée par l'introspection d'une part, de l’autre par une analyse un peu poussée des chefs-d'œuvre de l’art, de la science, de la poésie et de la httérature, pouvait aiguiller les chercheurs dans un sens tout à fait différent. C’est ce qui m'a amené à écrire et à publier le présent essai. Je ne me dissimule aucun de ses trous ; aucune de ses imperfections. Tel quel, j'estime qu'il pourra avoir quelque utilité, non seulement dans le domaine de la théorie, mais encore dans celui de la pratique. C’est pourquoi j'ai groupé, aussi brièvement et nettement que possible, les quelques conclusions qu’on va lire en terminant.

Nous sommes arrivés. au cours de cette étude sur la personnalité humaine et l'hérédité, à un certain nombre de constatations. Je les énumérerai de la façon la plus brève et la plus claire possible. |

1° L'individu humain, psychomoral, se compose de deux pôles nettement différenciés l’un formé des présences extérieures à l'individu et des éléments hérités ou hérédismes, répartis eux-mêmes en tendances, penchants, signes mentaux, signes de signes et aspirations vagues. C'est le moi. L'autre, constitué de trois éléments fondus en un, néanmoins distincts, variant avec l’âge et coagissant. C’est le soi, qui comprend : l'impulsion créatrice, le tonus du vouloir et l’équihibre sage par la raison.

2° Le moi est transmissible de génération

en génération. Le soi est, par définition, intransmissible d’un individu à un autre, d’une génération à une autre. Le moi dure, à travers la lignée, sous diverses formes. Mais il peut s'altérer et disparaître, comme l’organisme auquel il est relié. La disparition du soi est inconcevable. 2

3° Le soi raisonnable caractérise et typifie lindividu. Il est aussi éminemment sociable.

4° L'instinct génésique, ou animal, n'est pas seulement employé de façon intermittente, à la procréation. Il agit, pendant la jeunesse, ‘äge adulte et les premiers temps de la vieillesse, d’une façon quasi permanente, gonflant et dissociant les éléments héréditaires du moi. L'automatisme et le sentiment de la fatalité et du déterminisme sont une conséquence de ce gonflement et de cet éparpillement — dans le champ de la conscience — des éléments appelés hérédismes.

5° Les hypothèses psychophilosophiques fondées sur la sensibilité et l'intuition, comme celles qui reposent sur un prétendu « Inconscient », ont ignoré ou méconnu ce rôle de l'instmct génésique. Elles mettent au-dessus de la raison ce qui n'a jamais cessé d’être réel-

lement soumis au contrôle et à l'exercice de la raison. Elles prennent le déchet pour la cause et l’accident pour la substance.

6° Le moi est commandé. ou déterminé, soumis à diverses influences venant de l'instinct génésique, comme de ses propres prolongements organiques. Le soi est infiniment libre. Il a le choix et 1l en use.

7° L'instinct génésique ne se contente pas de typifier, au sein du moi, les divers personnages héréditaires qui s'y succèdent comme sur un théâtre, en empiétant parfois les uns sur les autres. 1! lui arrive de procéder à l’autofécondation d’un de ces personnages, jusqu’à lui faire emplir presque tout le champ de la conscience, sauf une frange toujours subsistante. C’est ce qu'on a appelé le dédoublement de la personnalité.

8° La persistance de cette frange assure Ja liberté humaine et l'exercice de la responsahilité, Jusque dans les plus graves dérangements de l'esprit. Il n'y a pas d'aliéné constant ni complet.

9° Les débats des hérédismes du moi — amplifiés ou non par l'instinct génésique — et du soi, constituent ce que j'appelle le drame

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intérieur. Ce drame comprend donc, jusque chez l’homme sain, un certain nombre de protagonistes psychiques héréditaires.

10° La philosophie, les arts, la littérature, la poésie, la science sont des efforts du soi pour repousser les assauts des éléments héréditaires du moi et pour éliminer ces éléments. L'art et la science, comme la httérature, sont d’un ordre d'autant plus relevé que la victoire du soi y est plus éclatante et manifeste.

11° Le véritable auteur dramatique est celui qui donne issue à ses protagonistes psychiques, qui projette ainsi son drame intérieur.

12° Le critique de l'avenir tiendra compte de ces données.

13° La médecine de l'avenir en tiendra compte également. Tout désordre organique est, à son origine, psychomoral. Le redressement psychomoral, par des moyens appropriés, permettra de venir à bout d’affections même organiques, considérées comme incurables.

14° Il n’est pas vrai que l'organisme dispose de l'esprit. C'est l'esprit qui domine l'organisme et peut, à l'occasion, le transformer.

15° Il n'y a aucune espèce de raison pour que le cerveau soit — comme on le répète — le

siège exclusif de la pensée. [l y a toute raison d'admettre que la pensée est diffuse à travers l'organisme, qu'elle commande. Le cerveau n’est qu'un « grand central » de communications, allant à tous les points de l'organisme, et en venant, qu'un laboratoire de transtormation des hérédismes par l'instinct génésique. Il est quelque chose comme un ganglion plus volumineux et plus compliqué.

16° Il est inadmissible que telle partie du cerveau soit le siège de telle faculté, comme le langage, ou d'une partie de telle faculté. Expression d'une partie de la pensée, le langage est diffus, comme elle, à travers l’organisme.

17° Il existe, bien entendu, des hérédismes sages et bienfaisants, transmis le long de la lignée, et reviviscents, mais toujours menacés par l'instinct génésique. La raison du soi attire ces hérédismes sages et bienfaisants, et repousse les autres.

18° Il en résulte que l'hérédité, à condition d’être triée et gouvernée par le soi, peut être un outil de perfectionnement.

19° J'appelle hérédo celui en qui le mot est victorieux du soi. Le degré de la défaite du soi

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mesure le degré de curabilité de l'hérédo.

Mais aucun hérédo, si profonde que semble sa déchéance, ne doit jamais désespérer de guérir.

20° Pour guérir, 1l faut commencer par se connaître, plus exactement par se reconnaître pour ce qu'on est. Cette connaissance suppose l'humilité d'esprit. L'orgueil est l’armature du mal.

21° Où qu'il se pose, le soi est organisateur et créateur. Il tend à l’universalité. Son action est d'autant plus grande, qu'il est plus complètement vainqueur des hérédismes, qu'il transforme un plus grand nombre de ceux-ci en éléments de connaissance et de beauté.

22° Le héros est celui qui veut et qui obtient la victoire du soi sur le moi. La victoire complète du soi sur le moi aboutit à la clarté intérieure, à l'élimination de l’automatisme et du prétendu Inconscient. Cette victoire inténieure rend la plupart des obstacles extérieurs aisément surmontables. La sagesse confère la science, mais la science ne confère point la sagesse.

23° Le risque noble personnalise le vouloir, en le séparant même des hérédismes sages.

24° La distraction et l'oubli héréditaire

viennent en aide à la victoire du soi. Il est bon de s'examiner, pour agir. [l est mauvais de s’appesantir sur soi-même, et de s'analyser sans agir. Ë

25° L'autorité morale est fonction de la domination de soi-même, et, par conséquence, fonction du soi.

26° Ton meilleur médecin c'est toi-même, si tu sais chasser tes fantômes et appuyer ta volonté là où 1l le faut.

27° Une introspection attentive et soutenue nous amène à constater que, dans le moi, les hérédismes constituent des sphères psychiques, accompagnées de satellites, et groupées ellesmêmes par systèmes, à la façon des étoiles et des constellations. Systèmes et sphères gra:

vitent devant le soi.

28° Le soi attire et repousse ces hérédosphères et ces systèmes psychostellaires. Il les gouverne librement.

29° Le langage humain intérieur est constitué de verbosphères ou de conjonctions de segments verbaux d'hérédosphères, attirés, puis propulsés par le soi.

30° L’aphasie est l’échipse d’une verbosphère, ou de segments d'hérédosphères, ou

d'une hérédoconstellation. Le désordre organique de l’aphasie n’est qu’une conséquence, qu'un vestige matériel de ces éclipses.

31° L'imagination est la prise de connaissance, par le soi, de la gravitation des hérédosphères. Elle est ordonnée ou déréglée, suivant que le soi est plus ou moins lucide ou vigoureux. Il est des cataclysmes d'images, comme 1l est des cataclysmes cosmiques. Des troubles graves, fonctionnels et organiques, en sont la conséquence,

32° L'homme vit et meurt de ses images.

Mon horreur des marottes est trop profonde et trop vive, comme on a pu s'en apercevoir, pour que j'aie la prétention de limiter le problème de l’hérédo à ces trente-deux propositions élémentaires, que dépasseront, et de beaucoup, les chercheurs de l'avenir. Je répète que nous ne sommes, avec le présent livre, qu’au début, qu'aux premiers linéaments d'une lecture nouvelle de la personnalité humaine, fondée à la fois sur la méditation, la critique et l'expérience.

J’aila conviction que les données assemblées ici seront discutées et contredites, comme tout ce qui gêne ou trouble les idées reçues; mais

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qu'elles seront elles-mêmes le point de départ de recherches à la fois théoriques et pratiques, spéculatives et curatives, dans le domaine psychomoral. Le traitement des principales maladies nerveuses et mentales ne comporte, actuellement, que des palliatifs. Or, ces maladies peuvent et doivent guérir radicalement, du jour où leur origine vraie sera connue.

J'apporte ma petite pierre à l'édifice.

À un autre point de vue, il m'a semblé qu'entre l’abrutissant matérialisme de la fin du dix-neuvième siècle et l’illusoire intuitivisme du début du vingtième, il y avait place pour une série d'études philosophiques d'une autre sorte, métapsychologiques, si l’on peut dire, tenant compte des faits et phénomènes, et les dépassant. Cet ouvrage est la première de ces études. Il sera, s'il plaît à Dieu, suivi d’un autre, où j'envisagerai la cure de

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