Acte Quatrième i g y
Le chef.
Voici qui nous sommes : Douze dévoués qu'embrasait le feu du Seigneur sont entrés les premiers, fer au poing, dans cette ville, alors que tes chevaliers, Astéria, étaient morts ou captifs, ont dispersé la foule hurlante, massacré les milices, renversé les moines qui les assommaient à coups de grandes croix, et vous ont atteints, Victorin et toi, au moment où les bourreaux vous liaient sur les poutres et en approchaient les torches. Ces douze, les voici !
Astéria.
Que l'on sonne les trompettes à la gloire des héros que nous n'avions encore pu retrouver ! Debout, tous ! Qu'on leur donne des sièges, il n'est pas juste qu'ils restent droits devant celle qui leur doit la vie et le trône ! Toute demande de leur part sera accueillie. Qu'on prépare les plus riches dépouilles, je veux qu'ils ne repassent pas ce seuil sans ployer sous le faix des récompenses.
Le chef.
Frères, rendons grâce à Dieu de ce que la vraie Astéria n'est pas telle que nous avions tort de croire.
iq8 V Hérésiarque
ASTÉRIA.
Dieu seul voit le fond des âmes.
Le chef.
Hélas, nous-mêmes sommes peut-être ses réprouvés. Que Dieu nous sauve !
Tous.
Que Dieu nous sauve ! Que Dieu nous sauve !
Le chef.
Ecoute donc notre requête, Astéria.
Le prophète a dit : « Malheur à la gent pécheresse, au peuple lourd d'iniquité, à la semence d'opprobre, aux fils scélérats I » Tremblez qu'une voix pareille ne sorte tout à coup du sol ! C'est parce que la main du Sabaoth s'est étendue sur nous que nous avons pu massacrer les Amalécites ; que sa main se retire et nous serons plus couards qu'Israël devant les Philistins! Comment est-elle devenue courtisane la cité fidèle ? Où habitaient les justes sont les homicides ! Astéria, ouvre les yeux, au nom du Très-Haut, regarde-toi vautrée à moitié nue, comme une bête en chaleur, et ce peuple autour de toi d'histrions et d'impudiques!