Acte Quatrième
crépuscule rouge. Celui-là, nous savions de quel pain noir il se nourrissait, de quelle eau vive il s'abreuvait !
Le chef des députés.
Horreur ! Nous avons vu la sentine abominable où l'infâme se vautre toute nue avec ses bouffons et ses panthères. Moins horrible était la Bête qui montait de la mer avec ses dix têtes de blasphème. Des torches ! Des torches ! Malheur à l'apôtre qui devient apostat !
2e paysan.
Rien qu'en nous serrant contre eux, nous ferions éclater leurs cuirasses comme des coques vides. Levons-nous et comptons-nous! Si nous avons brisé l'orgueil de Pharaon, estce pour plier le col sous le joug de Jézabel ? Aux
armes !
Tous.
Que les saints se lèvent ! Aux armes ! Israël hors des tentes, Israël au combat !
{Des sonneries de trompe retentissent. Remous de la foule. Un héraut paraît dans une escorte de gens d'armes.)
Un héraut.
Peuple de Dieu, écoute la parole de Victorin,
le serviteur de ses serviteurs.
Cris divers.
Mort à Astéria ! — Victorin ! — Silence!
Silence !
Le héraut.
« Aux saints, peuple de Dieu, Victorin, salut et bénédiction :
L'Esprit du Seigneur m'a visité et il m'a inspiré ceci :
Puisque je suis celui en qui Dieu a mis ses complaisances, puisque je marche à l'ombre des palmes célestes et que les glaives flamboyants illuminent ma route, il sied que la gloire de Dieu éclate en moi et que la terre se taise à l'aspect de sa majesté.
Victorin n'est qu'un grain de sable dans la main du Tout-Puissant, mais d'un grain de sable le Tout-Puissant peut faire un soleil. Victorin n'est aux yeux du Très-Haut que le dernier des hommes, mais le Très-Haut peut en faire le miroir de sa splendeur.
C'est pourquoi, en exécration des suppôts d'enfer qui se disent César et Pape, en abomination de la trinité de barateurs qui se nomment Louis, Guilhem et Alexandre, moi qui m'appelais jusqu'ici Victorin, sous le nom de Victor, je me proclame Empereur et Souverain pontife.