Acte Premier 2 S
core, salvatrice, libératrice, purificatrice, et que votre voix enchante ma pauvre âme...
La Voix.
Frère Victorin, béni sois-tu !
Victorin.
Quelle rosée de grâce m'inonde ! Ah ! mourir, mourir en ce moment, puisqu'un pécheur comme moi n'a pas été trouvé indigne de la
consolation divine!
{Silence.)
Mais... était-ce bien la Reine du ciel dont j'entendais la parole? Elle! et moi, hélas!... Non, quelqu'ange secourable plutôt, quelqu'un de ces esprits lumineux que nos prières attirent vers les tabernacles... O toi qui parlais si doucement dans l'ombre, étoile des parvis célestes, dis-moi ton essence, ton rang dans la sainte milice et ton ministère dans cette vallée de larmes, parle encore, angélique créature !
La Voix.
Je suis celle qui souffre.
Victorin.
Celle qui souffre?... Ame de douleur, amante de sacrifice comme le Christ lui-même, mal-
heureuse hostie qui consentis sans doute à assumer le poids de nos opprobres, quelle consolation m'est-il donné d'offrir à tes lèvres qui pourraient boire à la Coupe d'allégresse?
La Voix.
Je suis celle qui souffre.
Victorin.
Quel accent de désolation ! Que puis-je faire pour toi, sinon verser des larmes? Serais-tu plus sereine, voix douloureuse, si nous pleurions ensemble ? {Silence.) Qui donc es-tu pour souffrir ainsi, ô gémissante? Point un esprit de ténèbres, certes, puisque tu hantes les lieux saints, point aussi peut-être un messager de lumière, puisque tu n'as pas la joie.
La Voix.
Je suis celle qui cherche le bonheur et ne trouve que la dolence. J'aspire à tout ce qui est amour, puissance, éternité, et je ne rencontre que l'ennemi, le faible et le fugitif. Je souffre... Mon essor se brise sans fin contre un cristal impénétrable, et je meurs de ne pouvoir me réchauffer au foyer que je vois luire. Je suis l'éternelle victime, l'inassouvie dont chaque