Acte Premier 2 y
flamme racle les os, l'infortunée que chaque glaive de passion transverbère. Ah ! qu'ils s'éloignent ceux qui rient, car ils me trouveraient en pleurs, et ceux qui raisonnent, car leur logique ne me serait intelligente, ni intelligible... Je souffre dans ma chair qui saigne d'un sceau fatal, dans mon âme qui aspire au dévouement et succombe à la soif dominatrice. C'est pourquoi j'erre dans les désastres, fatale comme une comète, ne secouant de ma chevelure que des ruines, et ne pouvant me consoler comme le Christ à l'idée que le bonheur d'autrui se nourrit de mon désespoir.
Dieu ! quel abîme de douleur se creuse devant mes yeux qui les fascine I
La Voix.
Je souffre !... Mais qui me suit souffrira davantage encore.
Victorin.
Qui donc es-tu, être d'énigme dont la voix
est plaintive comme celle d'un ange ou d'une
sirène ? Une ombre inapaisée qui reviendrait
errer autour de sa tombe ? Dis-le, nous lance-
rons vers le ciel des supplications si ardentes que Dieu ne nous refusera pas ton repos éternel. Un ange banni d'en-haut- pour quelque faute rachetable ? Nous t'associerons pendant l'exil à nos prières.
La Voix.
Hélas !
VlCTORIN.
Réponds ! Réponds au nom du Christ, car si tu n'es créature humaine ni angélique, horreur ! horreur ! que peux-tu être sinon larve infernaleœt de ténèbres ? Recule-toi, Satan !
La Voix.
Satan est plus heureux que moi. Ton exorcisme l'aurait fait hurler de rage, et la rage est sa joie, et voici seulement que je pleure...
Les ténèbres sont épaisses et je ne puis sans sacrilège m'emparer d'une lampe. Pourtant je saurai bien voir qui parle dans l'ombre.
La Voix.
Arrête ! Si je suis un esprit mauvais, je te touche. Si je suis un envoyé de Dieu, tu doutes. Dans les deux cas, tu perds ton âme!