‹ L'hérésiarqueChapitre 145 sur 161 · Acte Cinquième · texte numérisé non relu

Acte Cinquième

(Il Vabat mort d'un coup de masse d'armes.) Ainsi meure quiconque élève la voix contre moi !... Qu'on emporte ce cadavre.

Vous murmurez ? Prenez garde ! Vous êtes des soldats, je vous dois des villes à piller et des ennemis à vaincre, mais vous me devez votre sang. Si je porte un sac de vipères en moi, est-ce vous qui les empoisonnerez ? Si j'ai des doutes sur l'Infini, est-ce vous qui les calmerez ? Que pouvez-vous pour moi, sinon mourir ? comme ces paysans que vous venez de massacrer et qui, eux, sont morts pour moi, peut-être.

Astéria.

Seigneur, chassez ces idées, elles vous font mal.

VlCTORIN.

Vous pouvez parler, vous, Astéria, parce que votre âme est assez haute pour comprendre mes angoisses. En vérité, je vous le dis, je préférerais n'être ni empereur ni pape, mais un misérable bûcheron, et savoir au juste si Jésus est Dieu.

Astéria.

Seigneur, vous êtes souverain porttife et il vous appartient de sonder ces problèmes, mais

2ÔS L'Hérésiarque

vous êtes césar aussi, et la sûreté de votre empire vous importe. Vous méditerez sur Dieu quand vous serez sans ennemis. Aujourd'hui contentez-vous de jouir de votre victoire, et de donner à vos chevaliers le repos qu'ils méritent.

Victorin.

Le repos ! Le repos !... Heureux ceux qui se reposent, ceux qui sont sûrs de pouvoir un jour se reposer... Moi, la seule chose dont je sois sûr, c'est que, si l'enfer existe, je suis damné.

ier veilleur {entrant).

Sire, de légers tourbillons de poussière s'élèvent à l'horizon, vers le midi. Nous ne pouvons encore distinguer.

Victorin.

Retourne à ton poste, et tâche de voir.

L'enfer, quelqu'un de vous y croit-il, chevaliers ? Votre reine dit qu'elle n'y croit pas, elle. C'est peut-être qu'elle en est sûre. Ah, si Satan existait, je l'aurais pourtant vu face à face là, car je n'ai rien négligé. Toutes les formules, tous les sacrilèges, rien ! D'autres prétendent l'avoir vu. S'il ne se manifeste pas à moi, pour-

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