‹ L'hérésiarqueChapitre 154 sur 161 · Acte Cinquième · texte numérisé non relu

Acte Cinquième

l'avons tait pourtant, une chevauchée rapide, la nuit, à travers les forêts, et nous avons pu gagner ce château. Ici, ni paysans rebelles, ni bourgeois perfides, ni peut-être chevaliers-Judas. Il était si facile aux couards de ne pas me suivre !

Le chevalier Bernard.

Sire, il suffirait d'Astéria pour nous conduire jusqu'en enter.

Victorin.

Bien. Je jure, par mon salut éternel, que tous les dévouements seront récompensés au centuple. Sait-on si Enguerrand nous a suivis?

Le chevalier Thibaut.

Nous l'avons vu de loin aux premiers rayons du soleil. Il n'avait avec lui qu'une cinquantaine de lances. Il s'est engagé sous bois et ne sera sous ces murs que dans une heure.

Victorin.

L'odeur de son cadavre me serait plus suave que tous les parfums de Perse. Combien sommes-nous ici ?

Le chevalier Thibaut.

Quatre cent cinquante-trois, sire.

Victorin.

C'est plus qu'il n'en faut pour massacrer Enguerrand et son escorte. Que les vaillants montent en selle.

Le chevalier Bernard.

Sire, nous sommes prêts.

Victorin.

Auparavant, que chacun s'interroge. Je ne veux avec moi que des âmes indomptables. Si quelqu'un d'entre vous hésite, qu'il s'éloigne. Je lui serai reconnaissant de m'avoir suivi jusqu'ici. Dans une salle basse, j'ai fait entasser nos trésors. Qu'on y conduise ceux qui ne se sentent plus la force de combattre ; ils y puiseront tout ce qu'ils pourront prendre, et on leur ouvrira la porte. Que les autres lacent leur cuirasse, nous monterons en selle dans une heure.

(Les chevaliers sortent. Victorin et Astèria restent seuls. Victorin tombe épuisé sur un siège.)

AstÉRIA.

Sire, vous pâlissez !

Victorin (fondant en larmes).

Ah, tout est perdu ! tout ! Malédiction sur

Page 1