Acte Premier 3 y
Burgundie est déchue du trône. N'importe qui peut arracher Astéria de cet autel.
Astéria.
Que la volonté du Seigneur s'accomplisse!
VlCTORIN.
Hélas !
Astéria.
Voici que filtre mon sable suprême, je suis la génisse dont la chair rassasiera les tigres, et nul bras ne peut me ravir à leurs mâchoires. Que ce qui est écrit arrive !
Pourtant quel est mon crime ? Je t'éprouvais tantôt, Victorin, je ne suis ni l'adultère, ni la sanglante, je n'ai aimé que des reflets et poursuivi que des rêves. J'ai reconnu en Geoffroy une âme césarienne, et je me suis dévouée à sa fortune ; si j'ai péché, combien de rois, d'évêques et de cardinaux ont péché comme moi 1 J'ai voulu rétablir dans le monde l'ordre disparu depuis Tibère-Auguste, le seul prince légitime puisque le Christ a voulu naître sous sa loi, et j'ai projeté de soumettre l'Eglise au pape, aujourd'hui valet des évêques, et de rendre au vieil aigle impérial l'essor dont Charlemagne avait effaré la terre. Hélas, de mes efforts je
n'ai recueilli que désastres; les cadavres de mes chevaliers ont fait refluer les fleuves et des taches de sang ont éclaboussé jusqu'aux chapiteaux des colonnes. Alexandre triomphe, Geoffroy est mort, le diadème de Burgundie m'échappe. Si jamais une femme s'est trouvée plus infortunée qu'Astéria, qu'elle paraisse!
Victorin.
Infortunée, certes !
Astéria.
Et cependant mon âme n'est noire que du péché des autres. Si du sang me tache, ce n'est pas moi qui l'ai répandu. Je n'étais pas née pour la haine. Je me souviens de mon aurore où le Sénat romain baisait la frange de ma robe, où mon cortège ne pouvait fendre la foule... Cloches bondissantes, ne vous entendrai-je plus que le jour de mon supplice ?
Tant de beaux chevaliers ! Je chevauchais sous le même dais que le pape... J'entends le Vexilla!... Derrière moi les cardinaux, tous fidèles encore... Gomme j'étais heureuse !... Et aujourd'hui, même, qu'il suffirait de peu pour me rasséréner, d'une atmosphère pacifiante comme celle de ce monastère, de pouvoir après