Acte Premier
tant de luttes, me consumer dans l'ombre comme une de ces lampes !
Moines, moines, que vous êtes heureux! Vous vous endormez comme Jean sur le sein du Christ, et le soleil à travers les roses diapré de splendeurs vos frocs de bure, votre âme se balance sous l'œil de Dieu et l'encens de vos prières ne revient pas ramper sur le sol... Vous avez le repos des vaincus et des faibles en vos mains, pourquoi vous refuseriez-vous à les ouvrir ?. ..
(Silence.)
Déodat (entrant).
Le Seigneur soit avec toi, mon frère !
Astéria (à voix basse).
Dieu !
DÉODAT
Pourquoi ne réponds-tu pas, frère Victorin, n'es-tu pas ici en prière ? En extase, peut-être, et tu ne peux m'entendre ! Où donc es-tu ? les ténèbres sont épaisses, et mes prunelles si vieilles qu'elles ne distinguent plus guère... Pourtant, je sens un parfum étrange...
Victorin.
Mon père, je suis bien ici, et c'est moi qui
40 V Hérésiarque
vous réponds : Que le Seigneur soit avec votre esprit !
DÉODAT
Ta voix tremble...
Gomment pourrait -elle ne pas trembler, si terribles sont les angoisses où peut sombrer toute âme, à toute heure ?
DÉODAT
Seraient-ils venus t'obséder, mon fils? Oui, je devine au fond du parfum de roses qui flotte encore un relent de mystère... Cette odeur n'est pas céleste... Ils sont venus, n'est-ce pas, mon fils, et, gloire à Dieu, tu leur as résisté ! Réjouistoi, car ceci est écrit : « Heureux qui endure et surmonte la tentation ! » Le Christ lui-même a voulu s'y soumettre, et la rage des démons n'est que l'aveu de leur terreur.
Victorin.
Mon père !
DÉODAT
Vois-tu, je suis à l'âge où l'on s'assied au bord de la route en attendant que la douce more passe ; mes membres sont raidis, ma vi-