Acte Premier 4j
de lumière jusqu'à Charlemagne, de par l'énergie qui m'a permis de tuer mes rivaux comme un César, et de régner sur Rome comme une Livie !
DÉODAT
L'entends-tu ?
ASTÉRIA.
Tomber aux pieds de quelqu'un? Oui, peutêtre, de qui viendrait avec des bénédictions sur les lèvres et non des injures, et des aromates dans les mains et non des lanières, qui panserait mon cceur royal mais de femme et que tant de flèches hérissent, et m'apprendrait l'amour à moi qui ne sais que la haine. Que suisje enfin, sinon une âme pétrie du même limon que les vôtres, vivifiée par le même Esprit, rachetée par la même Hostie? Est-il vrai que je sois fiancée aux flammes infernales ? du moins je fus d'abord appelée aux joies paradisiaques ; quelle victoire plus belle que de m'arracher au gouffre, et de me conduire, moi aussi couronnée d'étoiles et vêtue de lumière, vers les épouses de l'Agneau! Et pour cela que faudrait-il? une larme, une larme versée sur moi, vieillard de colère...
DÉODAT
Il l'écoute ! Il l'écoute ! Ah, les mauvais anges sont ici.
Victorin.
Chassons-les donc en ramenant cette âme à Dieu!
DÉODAT
Oui, mais pas toi ! pas toi ! D'autres la sauveront. Valsainte manque-t-il d'apôtres et d'ascètes ? Mais ton âme à toi est trop tendre, il n'est pas bon qu'elle frôle le péril féminin. Viens, mon fils bien-aimé, viens, ne t'expose pas au péché pour sauver la pécheresse !
Victorin.
Mon père, n'est-il pas écrit : « Je me suis fait infirme avec les infirmes pour soulager les infirmités, et je me suis fait tout à tous pour obtenir le salut de tous » ?
DÉODAT
Souviens-toi : notre règle défend à toute femme de pénétrer ici.
Victorin.
Celle-ci est suzeraine de Valsainte.