‹ L'hérésiarqueChapitre 22 sur 161 · Acte premier · texte numérisé non relu

Acte premier

VlCTORIN.

Ah ! songez dans quel cycle de désastres a tournoyé cette déplorable victime, vaincue, traquée, proscrite, et ne pouvant échapper à la mort, même au pied de cet autel où elle clame asile. Ah! suis-je coupable de frémir à une calamité si royale ?

DÉODAT

Mon fils, nous crois-tu donc de pierre, et penses-tu que nous n'avons pas à refouler la miséricorde au fond de nos âmes ?... Ne regarde pas le malheur mais le mérite; au-dessus de la pitié n'y a-t-il pas la justice? et quelque dolente que soit cette femme ne reste-t-elle pas le puits d'abîme d'où sont sorties les sauterelles de mort?

VlCTORIN.

Au-dessus de la pitié n'y a-t-il pas la justice ?... Mon père, Jésus aurait-il ainsi parlé ?

DÉODAT

Eh, qui de nous est Jésus? Ah, mon fils, ce n'est pas l'abbé de Valsainte qui te parle, je ne voudrais pas prononcer les paroles terribles qui feraient de toi un rebelle si tu ne tombais

aussitôt à mes pieds, c'est le père, le vieillard plein de jours et d'expérience.

Victorin.

Hélas!

DÉODAT

Ce n'est pas non plus le prêtre! S'il parlait, il ne lui refuserait pas son aide, mais, ô mon fils, est-ce bien le sacerdoce en toi qu'elle a ému, est-ce à l'ordre de Melchisédech qu'elle s'est adressée, s'est-elle accusée de ses péchés ? Non, car elle serait à nos pieds sanglotante, et je la flaire debout et la narine ouverte. Prends garde, Victorin, ce n'est pas le prêtre qui tremble en toi, c'est l'homme.

Victorin.

Dieu,- quelle clarté m'illumine !

Astéria.

Aux pieds de qui, fùt-il vieillard, fût-il bourreau à la hache haute, une femme comme Astéria tombe-t-elle ? Malgré trahisons et désastres, je reste sacrée aux yeux de tous de par le saint chrême dont les évêques m'ont ointe, de par mon père le glorieux empereur Lothaire l'Aveugle et sa lignée ancestrale qui remonte en sillon

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