‹ L'hérésiarqueChapitre 30 sur 161 · Acte Second · texte numérisé non relu

Acte Second

ce règne abominable de péché et de perdition; je prends en haine la dureté de mon cœur qui ne se résout pas en torrents de larmes pour pleurer les fils de ce peuple égorgé. Et pour fracasser ces carcans, il suffirait d'un homme, un seul, qui saurait tenir tête à l'univers, quel rêve !

Astéria.

Et ce peut ne pas être un rêve.

Victorin.

Quoi ! vraiment, croirais-tu... Oh, il faudrait agir avec prudence, n'attaquer que les plus scandaleux abus, se contenter de parler d'abord, les paroles vont loin... Depuis longtemps ces idées me hantent ; déjà, à Valsainte, nous souhaitions avec Gilbert rendre à l'Eglise sa pureté primitive. Il suffirait de si peu : que l'esprit de cupidité disparaisse des cœurs, et la simonie s'éteindrait comme une torche puante. Ne vivions-nous pas de pain et d'eau ? Le Saint- Père serait certainement avec nous.

Astéria.

Au besoin... il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes.

Victorin.

Hélas ! je puis dire moi aussi : « Je ne suis pas guérisseur, et chez moi ne se trouvent ni pain ni vêtements. Ne veuillez pas m'instituer chef du peuple. »

Astéria.

Mais n'est-il pas écrit : « Malheur à moi, parce que je me suis tu ! » Et encore : « Malheur aux législateurs d'iniquités et aux scribes d'injustices qui oppriment les pauvres et font violence aux humbles de mon peuple ! »

Victorin.

Oui, celui qui agirait en ceci sauverait

l'Eglise.

Un paysan et une paysanne passent, pesamment chargés .

Le paysan.

Courage, ma femme !

La femme.

Ah ! je n'en puis plus !

Le paysan.

Nous arriverons quand le marché sera clos.

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