‹ L'hérésiarqueChapitre 39 sur 161 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Le sommet d'une montagne.

(Victorin, Astéria, Disciples.)

VlCTORIN.

Plus haut ! Plus haut encore ! Dieu ne se révèle que sur les cimes.

Les disciples.

Pitié, maître, nos pieds s'écorchent et nos mains s'ensanglantent. Pourquoi monter encore? Voici la région des broussailles. Arrêtonsnous. D'ici la ville est toute petite...

Victorin.

Plus l'homme se rapetisse, plus Dieu s'exalte ! N'est-il pas écrit : « Sur les hautes montagnes, monte, toi qui évangélises Sion, exalte en force ta voix, toi qui évangélises Jérusalem, exalte, ne crains pas ! » C'est en plein azur que vous entendrez la parole de Dieu, vous tous dont la foule étouffait dans le cloître. Là-bas, l'âme qui s'essore se coupe les ailes aux nervures des voûtes; ici, nous sommes près de Dieu. Comme tout est pur ! Domine, bonum est nos hic esse...

Astéria.

Si vis, faciamus hic tria tabernacula.

j8 L'Hérésiarque

Victorin.

Enfant, je ne suis pas le Christ.

Un disciple.

Pourtant, maître, vous n'êtes pas un homme comme nous.

En vérité, je vous le dis, je ne suis qu'un homme, et le dernier de tous.

Astéria.

Mais l'Esprit souffle où il veut, même sur le plus humble des hommes !

Victorin.

Oui, oui, tu dis vrai ! Et pourquoi l'Esprit de Dieu ne m'inspirerait-il pas ? Suis-je un fourbe? Suis-je un luxurieux? Suis-je un cupide que l'ambition dévore? Quand je vous ai ouvert mon cœur, l'avez-vous trouvé rempli d'ossements et de toutes sortes de pourriture ? Je ne suis qu'un homme, mais un homme qui pleure sur la foule, parce que l'émeut la misère

humaine.

Des voix.

Maître, maître, console-nous. Maître, nous souffrons, et tu sais l'art d'endormir nos ran-

Page 1