SCÈNE II
Le jardin du monastère. — Une colline. — Crépuscule. Les moines se promènent.
Un Moine.
L'aire lumineuse^ remonte vers la cime des montagnes. A peine entend-on les clochettes des troupeaux et les longs appels des pâtres.
Que cette sérénité des soirs d'automne est profonde !
Victorin.
Ne vous semble-t-il pas, ô mes frères ? Ce n'est pas à l'aurore mais au soir que les choses exaltent vers Dieu leur plus fervent hymne de grâce. La nature se recueille pour que plus droite fuse la vapeur de son encens.
Albéric.
Mais bientôt va descendre la nuit, mère des épouvantes, les forêts se rempliront de plaintes, et des formes blanchâtres rôderont dans les clairières. Ah! l'enfer est terrible, et quelle étoile pourrait ne pas blêmir sous son maléfice ! La fin des temps est proche, mes frères. Avez-vous ouï, ces nocturnes, l'effroyable galop de la tempête? Sa rage fut si hurlante que la grande croix descellée s'est abattue au pied de la tour. Quels désastres puisque tels présages !
Un moine.
On dit qu'au-dessus de Saint-Gilles, des globes de feu ont éclaté dans le cie).
Un autre.
Au Mont-Cassin les reliques de saint Benoît ont sué du sang.