‹ L'hérésiarqueChapitre 5 sur 161 · Acte Premier i · texte numérisé non relu

Acte Premier i

Un moine.

Depuis un mois les cercueils confiés au fleuve se sont engloutis sans atteindre les Alyscamps.

Un autre.

Et dans les montagnes de l'horizon, où nous ne sommes jamais allés, des clameurs se sont répondu d'une cime à l'autre : Gémissez, car le jour du Seigneur approche !

Victorin.

Le monde ne peut finir tant que les âmes sont ardentes d'amour. Qui sait s'il ne suffira pas d'un pauvre moine pleurant devant un crucifix pour que s'arrête le glaive de l'ange?

Gilbert.

Trois fois heureux, frère Victorin, ceux qui ont le don des larmes. Mais plus heureux encore ceux qui sont inaccessibles à l'orgueil. Il n'y a que Dieu qui puisse surseoir à la fin du

monde.

Victorin.

Ciel, que disais-je ?

{Il va s'asseoir à l'écart tout triste.)

AlbÉric.

Que de signes effrayants !

Gilbert.

Le désespoir est injure à la Providence, car ceci est écrit : « Bienheureux celui qui met sa confiance en Dieu. » Des jours meilleurs vont luire. Voici que la chaire apostolique est purifiée puisque Geoffroy est mort et la louve en

fuite.

Un Novice.

Sous quelle apparence se manifestait cette femme dont il est péché de dire le nom? Je me la représente comme celle qui chevauchait la Bête de l'Apocalypse, pleine de noms de blasphème et dressant sept têtes et dix cornes.

Gilbert.

Non, ^mon enfant, elle ressemble à toute femme et n'en est que plus redoutable.

(Déodat revient en s'appuyant sur l'épaule de Victor in.)

DÉODAT

Ne te désole pas, mon fils bien-aimé, l'esprit pèche, non la parole, et c'est excès que gémir pour une faute involontaire. Ton dire a jailli d'un élan d'amour.

Victorin.

Je l'aurais cru, du moins, mon père.

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