Acte Second
souffrance. En vérité, je vous le dis, nous nous retrouverons sur ces hauts lieux, mais combien moindres, et combien misérables...
Quelques voix.
Ah, que nul n'essaie de te fermer la bouche, maître ! Nous nous lèverions par milliers !
VlCTORIN.
Il n'est pas l'heure. En attendant les signes, prions, mes frères, et puisque nous sommes sur la montagne, relisons ensemble les discours selon saint Mathieu. L'un de vous dira le texte et je prononcerai la glose.
Astéria.
Beau pauperes spiritu quoniam ipsorum est regnum cœlorum.
VlCTORIN.
« Bienheureux ceux qui ont l'esprit de désintéressement, parce que le royaume des cieux leur appartiendra. » Ah ! douce, douce parole et consolatrice, mes frères, par qui devraient être rassérénées toutes les angoisses, car c'est pour elles que se réalisera la parole divine : les derniers seront les premiers. Entendezvous tous? les premiers! Seront pour eux les
nimbes et les roses et les stoles stellaires, ils seront rassasiés parce qu'ils auront eu faim, désaltérés parce qu'ils auront eu soif, exaltés parce qu'ils auront été humiliés. La justice exige la balance. Bienheureux donc les pauvres de fait ou d'intention, les souffrants, de contrainte ou d'assentiment; d'où qu'elles naissent, toutes les larmes sont bénies ! Bonheur à ceux qui pleurent, et malheur à ceux qui ne pleurent pas !
Des voix.
Oui ! Oui ! à ceux qui ne pleurent pas !
Victorin.
Malheur à vous, scribes et pharisiens, éternels nœuds de vipères, qui autrelois accapariez la nourriture des âmes, et aujourd'hui celle des corps, aveugles qui, à chaque converti, enfoncez, deux fois plus que vous, une âme dans l'enfer, malheur à vous, hypocrites qui bâtissez des cathédrales et honorez les reliques des saints et qui vous dites : Si nous avions vécu au temps des martyrs, nous n'aurions pas été leurs persécuteurs, alors que vous torturez les apôtres qui naissent de vos jours I Voilà que les saints sont venus à vous et que vous les avez