Acte Second
couverts d'injures et forcés à s'enfuir sur les cimes. En vérité, le temps est proche où vous serez mûrs pour la vengeance divine. Vienne, ville maudite, qui lapides et bannis les prophètes, j'ai appelé les tiens à se réunir à moi comme la poule appelle ses poussins, et tu m'as abreuvé d'insuius, voilà que nous t'abandonnons, et que tu restes déserte. Malheur à toi !
Tous.
Malheur ! Malheur !
Victorin.
Et pourtant ne vaudrait-il pas mieux que ne s'embrase pas la colonne de flammes où je te vois te tordre ? Le Seigneur se tient pour juger, pour juger les peuples! Horreur, l'enfant fera tumulte contre le vieillard, et le serf contre le noble ! La foule sera l'aliment du feu, le frère ne pardonnera pas à son frère. Quiconque sera trouvé mourra, et quiconque surviendra sera frappé par le glaive. Humilie-toi, cité superbe, car il est écrit : « Si tu ne fais pénitence, je renverserai ton candélabre ! » Hélas, hélas, le Seigneur dont tu as chassé les apôtres, en te couronnant, te couronnera de tribulations ! Ah ! ces massacres, ces incendies, pourra-t-on les
84 V Hérésiarque
éviter, à moins de posséder la terre > Mais qui l'a possédera jamais? Les ambitieux, et nous sommes humbles ; les féroces, et nous sommes doux. Que la volonté de Dieu s'accomplisse !
Enfant, lis le second verset.
Astéria.
Beau mites, quoniam ipsi possidebunt terram.
Victorin .
Dieu ! c'est le second verset ?
Tous.
« Bienheureux les doux parce qu'ils posséderont la terre ! »
Astéria.
Il est encore écrit : « A celui qui gardera mes œuvres jusqu'à la fin je donnerai la puissance sur les nations. Et il les frappera avec une verge de fer, et elles seront brisées comme un vase d'argile. »
Victorin.
Suis-je venu pour détruire ou pour instruire ? L'apôtre a dit : « Sur le mont sublime d'Israël, j'ai planté le germe, et il deviendra un cèdre immense, et tous les oiseaux viendront nicher dans ses branches. »