SCÈNE V Le cloître Saint-Jean
(Victorin et ses disciples.)
VlCTORIN
Eh bien, oui, c'est dans ce cloître Saint-Jean que je suis revenu m'asseoir, et vous voilà tous à mes côtés, ô les plus chers de mes disciples. Mais combien d'autres n'ont pu entrer dans cette enceinte, car, en vérité, mon école est l'image du royaume de la vie éternelle. Heureux donc les rares qui parmi tant d'appelés furent élus, et pourtant, ô mes disciples, Dieu sait si parmi vous ne s'est pas caché celui qui me trahira.
Mes ennemis se sont entretenus dans l'ombre et ils ont dit : Pourquoi a-t-il abandonné son école et vagabonde-t-il sur les cimes en traînant une tourbe de misérables ? Pourquoi n'ouvre-t-il plus les Saints Livres et n'expliquet-il plus la science, mais sème-t-il au fond des cœurs les passions avec tant de violence que ses paroles roulent comme un grondement de lointain tonnerre ?
g4 V Hérésiarque
Eh bien, je réponds à mes ennemis : Me voici revenu dans mon cher cloître Saint-Jean, seul, sans la tourbe oblique des misérables, entouré des plus savants et des plus subtils de mes disciples, et ce n'est pas à leur cœur que je vais parler, mais à leur esprit, et par le leur, à l'esprit de tous. Prions donc, mes frères bien aimés, et que la lumière du Paraclet nous illumine !
Les disciples (à voix basse).
Veni, creator Spiritus, etc.
Victorin.
Tout enseignement doit avoir une base indestructible. Au mien je donne la raison. Tout doit reposer sur la preuve des sens, de l'entendement ou de l'inspiration.
La science, voilà le but radieux auquel je vous convie, ô mes disciples. Pour l'atteindre nous irons, s'il le faut, jusque chez les mécréants qui, par la permission de Dieu, nous ont devancés. Eh quoi, ceux qui tremblèrent devant les lances de nos chevaliers pourraient s'enorgueillir de notre ignorance? Nous ouvrirons leurs livres en faisant, si craintifs, le