Acte Second gg
Quelque chose de grand se prépare. Telle était l'émotion de Rome quand on vit Geoffroy se dresser contre Alexandre. Je sens venir le frisson qui secouera les peuples, et j'entends le tonnerre gronder par qui seront foudroyés césar et pape. Confiance !
Victorin.
Qui est semblable à la Bête, et qui pourra lutter contre elle ?
Astéria.
Elle tombera, elle tombera, la grande Babylone qui a abreuvé les nations du vin de colère et de débauche ! Elle deviendra l'habitation des démons, et le séjour des esprits immondes et des oiseaux odieux !
Victorin.
Oui, si Dieu permet que l'Ange emplisse son
encensoir du feu de l'autel et fasse pleuvoir sur
terre les foudres, les clameurs et les tempêtes.
Ce sont les milices célestes qui nous font
défaut.
Astéria.
Et les terrestres. Tout à l'heure j'ai vu passer Enguerrand à la tête de ses chevaliers. Voilà un vaillant.
ioo V Hérésiarque
Victorin.
Je ne crains nul autre.
Sa large cuirasse, jetait une lueur douce et son destrier semblait joyeux de ce fracas de fer. Je l'ai vu bien de face ; il venait droit sur moi et la tête si haute que son panache, en arrière, frappait le dos de son armure, pourtant l'œil calme, la visière haute et sa grande lance
sur la cuisse....
Victorin.
Ah, femmes, femmes que maîtrise la force vulgaire ! La crois-tu donc apanage des brutes belliqueuses ? Le cloître n'a pourtant pas tellement affaibli ces bras qu'ils ne puissent, en un sursaut, casser comme un fétu la grande lance d'Enguerrand ! Mais cette vigueur, parce que je l'ai, je la méprise. La force d'esprit vaut
mieux.
Astéria.
Montre-la! Tu t'épuises en rêves. Agis! Je
me demande parfois si l'écolâtre morne qui,
une fois seul, se lamente, est bien le même que
le tribun aux accents de qui grondent les plèbes.
Victorin.
Moi aussi, Astéria, je me demande si tu es