‹ L'hérésiarqueChapitre 53 sur 161 · Acte Second · texte numérisé non relu

Acte Second

bien l'apparition dont un soir s'illumina mon oraison claustrale. Hélas, où sont tes larmes ?

Astéria.

Ai-je jamais pleuré ?

Du moins pas depuis ce soir-là. Je viens à toi assoiffé de calme et je m'en reviens altéré de rage ; pourquoi, le sais-je ? Que m'ont fait à moi l'Empereur et le Saint-Père ? Mais tu m'as tellement montré en eux les bourreaux du monde, les géhenneurs des misérables ! Ah, ce n'est pas de haine que j'ai soif, Astéria, mais d'amour.

Astéria.

Je n'aime que les forts !

Victorin.

J'ai besoin d'aimer et d'être aimé. Ma force ne vient que de mon amour pour la souffrance humaine, et ma haine n'en est que le revers. Haïr sans aimer me rendrait débile comme Samson après la tonte.

Astéria.

J'aime la force.

102 V Hérésiarque

Victorin.

Mais la force, je l'ai, et cent fois plus terrible que celle d'Enguerrand, puisqu'à ma voix peuvent se lever chevaliers comme pastoureaux ! Laisse-moi réfléchir encore, aie confiance, et surtout sois ma sœur, rien que ma sœur. Qu'est-ce que la chair quand on peut conquérir ce monde et l'autre ? Si tu savais vers quel but encore de mystère je marche. Moi aussi, j'ai ouï la voix : « Qui est digne d'ouvrir le Livre et d'en briser les sceaux ? » Parfois le sang me bat si fort aux tempes que je perds connaissance.

En vérité, tout ce que j'ai fait jusqu'ici n'était que jeu d'enfant. Qui n'aurait renversé la dialectique et le syllogisme ? Soulever le voile sacré des choses est mieux, et la prévision éblouit des merveilles que livrera un jour la nature. Pourtant, ceci, je le dédaigne encore ; qu'importe découvrir quand on sait qu'on découvrira ? Mais le reste, le cœur du mystère, qui sait si mon génie sera suffisant à l'étreindre?

Dieu, voilà l'énigme à résoudre. Toute autre est futile. Quiconque découvrirait Dieu serait Dieu lui-même. Et pourquoi pas? Le voir face

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