Acte Second i i i
VlCTORIN.
Silence, vieillard d'orgueil et d'ignorance ! Parce que tu as repoussé, tu seras repoussé toi-même. Justement cette enceinte est immense, et les multitudes y seront à l'aise qui ne peuvent m'entendre dans le trop exigu cloître de Saint-Jean. Tu n'as plus qu'une poignée de disciples, Amaury, vas-y, je te le laisse. Mes frères, désormais mes élèves, l'échange n'estil pas juste ?
Les disciples.
Non ! Non! — Si ! Si ! {Ces derniers cris finissent par dominer). Si ! Si ! Amaury au cloître Saint-Jean !
Amaury.
Mais vous n'avez pas le droit ! C'est du prince-évèque que je tiens cette chaire !
VlCTORIN.
La Raison humaine est au-dessus de tous les princes, fussent-ils évêques !
Hélas ! Dieu soulfrira-t-il l'humiliation de son serviteur ?
ii2 U Hérésiarque
Victorin.
Vas en paix, vieillard. Je dédaigne, tu le vois, tes injures. J'ai confondu ta doctrine, j'ai conquis tes disciples. Tu n'as plus ni voix ni force. Laisse le monde aux jeunes !
Les disciples.
Vive Victorin ! Qu'il soit dénommé le docteur très subtil, le docteur très persuasif !
Victorin.
La nuit est venue ! Il suffît que votre suffrage, qui est aussi celui de Dieu puisqu'il est écrit que le Paraclet se trouve partout où les chrétiens véritables se réunissent, m'ait intronisé en cette chaire, du haut de laquelle je vous enseignerai la vraie science, à vous qui ne connaissiez jusqu'ici que la fausse dialectique. Nous nous réunirons ici dès demain, ô mes disciples très chers et très doctes, retirezvous.
Une voix.
Pas avant que lu n'aies entendu ceci, écolâ-
tre!
Victorin.
Je connais cette voix... Qu'il s'avance celui qui a parlé ! Qu'il s'avance ! Quel est-il ?