‹ L'hérésiarqueChapitre 84 sur 161 · Acte Troisième i · texte numérisé non relu

Acte Troisième i

ASTÉRIA.

Aimons-nous jusqu'à la chair ! Je ne suis qu'une femme, moi, c'est ta force que j'aime, et c'est elle que je veux, la force de ton corps, de tes bras, de tes reins, et c'est ici que je te veux. Notre amour est né dans un cloître, qu'en un cloître il se consomme ! Ne me sacrifierastu pas ton orgueil quand je te donne ma vie?...

Victorin.

Ah ! pourquoi me tortures-tu, Astéria, tu sais bien que je t'ai donné plus que ma vie : mon àme et mon salut. Mais je ne regrette rien, pourvu que tu m'aimes. Du fond de la terre j'ai crié vers toi quand mon cœur était plein d'angoisse. Oui, tout ce que tu voudras ; pourquoi te refuserai-je mon amour ? Peut-être sommesnous à la veille de mourir, mais qu'importe, qu'ils viennent tous, dans cette cellule, peutêtre notre prison, peut-être notre tombeau, voir que notre bonheur est plus fort que leur rage. Aimons-nous, tout le reste est orgueil et folie.

Astéria.

Tu es beau comme un ange !

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Victorin.

Gomme le Mauvais Ange, peut-être, mais après Dieu nul ne fut plus beau que lui.

Je t'aime, Victorin !

Victorin.

Je t'aime aussi. Ah, que tout s'écroule, que

tout tombe en poudre, nous aurons du moins

vécu la vie essentielle. Ton baiser, Astéria, ta

bouche !

(Un silence.)

Astéria.

Victorin, je t'aime.

Victorin.

J'ai retrouvé le bonheur ! Je me suis réconcilié avec Dieu ! Je ne doute plus, je ne souffre plus, je ne crains plus, tout m'est lumière et joie ! Comme il fait doux ici ! Ce cloître qui me glaçait, tu l'échauffés, ces ténèbres, tu les illumines ! Que tu es belle, Astéria, et que je

t'aime !

(Des cloches commencent à tinter.)

Astéria.

Quel est ce glas ?

A cte Tro is ie me i5j

VlCTORIN.

Ce n'est pas un glas. Ce sont les cloches de matines. Le jour va poindre.

Astéria.

Quel son lugubre !

C'est le jour, c'est le jour, te dis-je !... Ah ! je sens comme autrefois mes larmes jaillir... Douce aurore, par qui Satan épouvanté court çà et là, cherchant sans pouvoir le trouver quelque sombre repaire pour fuir la lumière implacable, jeunesse éternelle du monde, messagère de certitude, sois bénie, et soyons bénis nous-mêmes, Astéria, non plus ma sœur, mais ma femme !

Astéria.

On dirait la lueur d'un bûcher. Es-tu sûr que ce soit l'aurore ?

VlCTORIN.

C'est vrai, le soleil est rouge ce matin.

Astéria.

Ah! les aurores sur la montagne, quand frissonnaient les brins d'herbe et que les foules

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discipulaires s'éveillaient en secouant les manteaux humides!... Mais ici, ces grilles, ces chants lointains, ces cloches, quel réveil funèbre !

VlCTORIN.

Je suis venu pour introniser la joie ! L'univers se meurt sous la griffe du Mal ! C'est par moi que le Monstre sera précipité dans l'abîme, Confiance, Astéria, ce jour va voir mon triomphe !

Astéria.

Et le mien aussi ! Je sens qu'en plein soleil je vais redevenir moi-même. Ces voûtes m'écrasent. Là-bas, mes chevaliers sont prêts et les paysans s'arment. Je vais les retrouver. Ici, tiens-leur tête, maintenant que te voilà raffermi, et si tu faiblissais, pense que je suis tout près avec les nôtres. A bientôt, mon roi !

VlCTORIN.

Ma femme !

{Astéria sort.)

Ah! qu'importe tout maintenant? Les flammes du bûcher ne consumeront pas ce qui a été écrit dans nos cœurs. Le soleil n'est plus de sang, mais d'or. Les houles sous ses rayons se dissolvent. Que de même s'évanouisse sous mes foudres la cohue de mes adversaires !

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