‹ L'hérésie de Dante, démonstréeChapitre 3 sur 5 · SECO?(DE · texte numérisé non relu

SECO?(DE

N»guères furent deux yaisseaax , 'J'rès bien faits, fort gentils et beaux ; Dont l'un juste, l'autre malin, llessemblaicnt Abel et Cafn.

• Si l'un prit d'innocent ff nom.

L'autre ne fut eatimé tfon.

L'un certes toujours l/ien aima, ElVaulre oncq* vertu n*estima; L'un qui fut un long temps enclos Dans l* autre, et gardé en son clos, Enfin, par mauvaise nature, Divcra sa douce closture.

Les Dieux lors voyant ce mespris, Ont de feu le meschant espris.

Est-il donc bien difflcile de comprendre que les deux vaisseaux sont, l'un, la mère du géant (l'Eglise primitive), l'autre le géant lui-même (le pape)? Elle vertueuse et aimante, l'autre pervers et haineux, si bien qu'il a fini par d jvorer sa mère ; absorbant ainsi en lui celle dont le sein le porta, sa douce ctostwe, ce qui attira sur sa tète les foudres d'en haut; et c'est ce que dit Dante des géants de son Enfer, que Jupiter menace quand il tonne t Cui minaccia Giove del Cielo ancora , quatido tuona, xxi.

jusqu'à la folie (Estult, de Siultus), Il a pour gardes-du-corps ses six frères; or quels- sont les frères de l'orgueil , sinon "les six autres péchés capitaux? Son casiel-fety où il emprisonne ses captifs, correspond parfait'ement au château de Pleur, Sa prétention est de dominer sur tous les rois et empereurs de la terre ; il leur cherche querelle tour à tour, les défie et finit toujours par les tuer ou les blesser grièvement, le tout pour qu'ils aient à lui livrer leur barbe de gré ou de force ; leur barbe, signe de virilité et de puissance. Que fait-il de ces barbes royales? La fourrure d'un large manteau aux longs plis flottants. La fiction est-elle assez transparente?

Comme il manque encore au fels^ au papale ammanto, le collet et les agrafer, pour l'assujettir solidement sur les épaules du géant, il somme le roi Arthus, figure du pouvoir temporel dans la Grande-Bretagne, où il s'appuie sur les douze chevaliers templistes de la Table-Ronde, successeurs des douze fils de Joseph d'Arimathie, autrement dit sur la foi d'Amour, il somme Arthus d'avoir à se raser le menton et à lui faire, à son tour, hommage de sa barbe. Mais dans la lutte qu'il engage avec le monarque anglais c'est lui qui a le dessous.

Tout n'est pas fini, le pape est mort, vive le pape! N'a-t-il passes légats, ses cardinaux, plus ou moins neveux? Estult a donc des neveux, des aller ego, non moins orgueilleux que lui, qui poursuivent son œy vre. Celui qui le représente en E>pagne, où Tristan est précisément en mission pour le service d' Arthus, exige la barbe du Castillan ; le pauvre roi n'en peut mais, abandonné qu'il est de ses barons^ amis et parents, car a ils tremblent tous à l'aspect d'une éto'e. » Plus intrépide qu'eux, Tristan, dont le potentat espagnol implore le secours, parvient à abattre l'orçueilleux géant.

A son retour dans la petite Bretagne, le Parfait chevalier a encore affaire, pour la défense de l'opprimé, avec un autre représentant du fou orgueilleux et il en triomphe de même, ainsi que de ses six frères; mais Je glaive du troisième géant,- inévitablement empoisonné, comme l'épée du Morhout monacal, la langue du Serpent cresté ou mitre, la flèche du manant catholique, etc., lui a fait une profonde blessure. Il faut pour le guérir des remèdes puissants, que la vraie foi peut seule dispenser. Par malheur la perfidie d'Iseult aux Blanches mains (montrant patte blanche), l'épouse de droit, non de fait, le prive par un odieux mensonge des secours que vient lui prodiguer la fidèle église d'Irlande, et Tristan succombe, martyr de son zèle pour la religion d'amour.

Notez que, les trois géants Dialéthès, Brunor et Estult l'orgueilleux, revi/ent dans Gérard de Nevers sous le nom de Bwnigalans, géant anthropophage, seigneur des laides-perles, qui se guérit d'un mal dont il est pris périodiquement et qui dure quarante jours, comme le carême «par car d'homme que il mangue » vous le retrouverez dans bien d'autre romans de chevalerie (*).

(*) Qu*on se reporte aux Mabinogion publiés par lady Guest, à ces contes de TenCgncc, dans lesquels M. E. Renan Toit • la véritable expression du génie celUque ■ [Beo, des DeuX'MondleSf 1*' février 1854), on y reconnaîtra, aucontraire, le génie du protestantisme albigeois s*appropriant les traditions nationales des Celtes bretons et les remaniant dans

L'essence réelle du fou orgueilleux une fiois reconnue à des signes qui ne permettent guère de s'y méprendre, comment admettre l'essence orthodoxe dans son antagoniste et son vainqueur? Il semble donc que des allusions si multipliées, dans le poè'me que nous venons d'analyser, sont assez palpables pour faire comprendre dans quelle pensée Dante a placé dans l'Enfer, au nombre des apostats de la foi d'Amour, un personnage purement romanesque, et damné Tristan, coupable d'avoir épousé, quoique fictivement et seulement pour la forme, dans Iseult aux Blanchesmains, l'Eglise orthodoxe, en gardant au fond de son âme l'amour de la foi rivale. Ainsi se justifie ce hors-d'œuvre dans notre commentaire de l'épisode de Francesca.

Peut-être ces interprétations inattendues ne paraîtront-elles pas trop inadmissibles, appuyées qu'elles sont de tant de témoignages contemporains du poëme ; car elles font apparaître, avec toute l'importance qu'il avait acquise dès cette époque, un élément trop négligé dans l'histoire du moyen âge, histoire à réédifier entièrement selon nous, savoir : l'esprit d'opposition à la papauté, le protestantisme albigeois.

Cet élément, nous le retrouvons, non pas seulement dans les poésies des troubadours, mais dans l'Edda remanié, dans le Romancero, dans les compositions des trouvères comme dans celles des minnesingers. 11 se révèle en Allemagne, en Angleterre, aussi bien qu'en Italie et en Espagne.

On reconnaîtra sans doute que nous sommes complètement dans le vrai quand, procédant d'après la même méthode historique dont nous avons usé pour le Tristan, et dont nous avions fait l'apprentissage dans nosétudes'sur la Comédie, nous publierons les résultats de l'autopsie à laquelle tious avons soumis également Férebrace, Walter d'Aquitaine, Guillaume au Cort-Nez, Aucassin et Nicolette, Berthe au grand pied, Ren*aud de Montauban, Jauffre et Brunissons, Blandin de Cornouailles, Qérard de Roussillon, les Romans de la Ro^e et du Renard, etc., avec bonne partie de la littérature provençale.

Ce travail d'anatomie comparée est tout prêt, nous avons employé les six mois durant lesquels nous avons dû attendre notre tour de lecture, à en réunir les matériaux. Nous en avons extrait cette esquisse sur le Tristan, qui doit donner beaucoup à réfléchir à ceux qui voudraient y voir resplendir uniquement la pensée catiiolique. Elle n'y est qu'apparente, comme dans la Comédie, et, dans l'une aussi bien que dans l'autre, on retrouve bientôt, une fois les premiers voiles soulevés, le protestantisme à l'état latent; c^est ce qui résultera de l'examen analytique auquel nous nous sommes livré sur las ouvrages du même genre et de même origine.

Lorsqu'on verra les Parfaits chevaliers, et les Parfaits troubadours réduits à l'état de pasteurs,]de tnissionnaires évangéliques, sous le titre de chevaliers errants, de chevaliers sauvages, de chevaliers volontaires,

un intérêt de propagande. On comprendra, en parcourant ces merveilleux récits, avec quel empressement, le prosélytisme sectaire|dutis'assimiler les Cables d'une race au caractère coMtntré, rèreur, k l'esprit aVenturetix, éprise de Tfdéal de la femme, et attendant avec une impertubable conflatiee nn Messie tmçeur, un veltro, appelé a délivrer la Cambrie de $H efpressears de toute espèce, {^nts anthropophaipet, Morhout, serpent cresté, nains . iMlfiiMiiC% bironft lélODS» maflants grd ssi èr g , ^tc, etc. *

(dans ies siete par/tdos d'Alphonse X de Castille) et leurs dames Parfaites, toujourâ ia belle des belles, à celui d'églises, il faudra bien se rendre à l'évidence. Force sera bien alors d'accepter les Romans de geste pour ce qu'ils sont réellement, à savoir : le compte rendu allégorique, impossible sous toute autre forme, des faits et gestes de l'opposition contre la tyrannie du géant pontifical ; pour des chroniques de l'hérésie, ses journaux, les bulletins de sa grande armée, ayant pour rédacteurs ses poë'tes, ses proclamateurs, le plus souvent anonymes, non sans cause; car c'est dans ces romans de geste, partout colportés et commentés par leurs missionnaires, qu'ils signalaient heure par heure, pour ainsi dire, les progrès de ses invasions en France, en Espagne, en Italie, en Allemagne, dans les Pays-Bas, jusque dans la Scandinavie ; ses alternatives de succès ot de revers, le tout à la plus grande gloire de ses inartyrsi dans un but de propagande systématiquement organisée.

Suite de la note pago 10.

En 4212 au plus fort de la croisade albigeoise, plus de quatre cents Limoains, autrement dit Languedociens et Provençaux, de la religion proscrite, moines, prélats, chevaliers, allaient s'établir en Catalogne, où ils étaient certaint de trouver des frères et presque d^s compatriotes ; leur langue hérétique étant, au dire de Gasp. Escolano (Hist. de Valence),, le troisième idiome de l'Espagne (Vernei)h Puyrazeau, 4, 435, Hist. d'Aquitaine).

Au risque de nous faire lapider dans la ville des Capitoulsi nous dirons, qu'à notre point de vue, la très-orthodoxe ville de Toulouse honore uni; figure albigeoise dans la problématique Isaure, dont la triade florald comporte évidemment une triple allusion à l'église proscrite. Elle est représentée dans l'églantine, comme 1» rose mystique, ramenée par la persécution à l'état SRuvage, mais toujours objet d'amour pour les chevaliers sauvages. La violette est l'image de ses humbles vertus dont le parfum embaume les bois solitaires; le souci enfin est l'emblème de ses cruelles épreuves. C'est ce que nouft nous'flattons de démontrer, quand nous analyserons les Lei/s d'Amors de Guillaume Molinier et les Joyas del gay saber publiées par M. Gatien Arnoult.

Note de la page 13.

Il est si vrai que le Lancelot, traduit, sinon composé en langue provençale par Arnaud Daniel, était un roman d'essence hérétique, qu'il fut prohibé par Innocent III (Ducangé, Dissert, vi, hist. de saint Louis); or n'est-il pas remarquable que Dante se soit avisé de puiser précisément dans ce roman à Vindex une comparaison pour le sourire de Béatrice au chant XVI du Paradis, en même temps qu'il canoniï^ait les héros de trois autres romans de la même école, dans Guillaume au Cort-nez, Renoard et Godefroi de Bouillon, mss. 6777 de la Biblioth. impériale?

Si dans le Lancelot, la foi d'amour réduite à végéter dans les bois a nom Genièvre, plante odorante et sauvage des siles alpestres, dans Gérard de Nevers, comme dans la fondation de Clémence Isaure, elle s'appelle la violette, humble fleur des bocages au doux parfum. Elle devient laure ou laurier pour Pétrarque, l'arbre aimé de celui qui dispense la lumière et dès lors symbole de lumière. Nous avons ^éjà établi sur des preuves nombreuses qu'elle est la rose, la fleur par excellence pour une foule de poètes du moyen âge.

La symbolique des Roman chevaleresques ne varie que. dans les détails de forme, jamais dans le fond. Ainsi l'olivier, arbre de la Provence, y devient la figure de la foi méridionale, et donne son nom au Parfait chevalier, son missionnaire, qui opère en Ferebrace la conversion du vaillant peuple espagnol ; ainsi une forêt d'oliviers s'élève près du Mans, au scandale des doctes, pour abriter Berthe au grand pied, et la d<ime persécutée s'y fait un lit de feuilles d'olivier. Quand Guillaume au Cort-qez descend à Paris dans la cour dn palais, il y trouve à point nommé un olivier pour attacher son cheval, etc., etc.

C'est en multipliant de pareil rapprochements que nous finirons peutêtre par triompher de la prévention et du parti pris.

Note de la page 22.

La nécessité du mystère faisait que la plupart des compositions de cette littérature, au moyen âge, étaient publiées sans nom d'auteur ou sous un pseudonyme, presque toujours celui d'unecclé:»iaslique, afin d'inspirer confiance, en imprimante l'œuvre le sceau canonique. Le zèle religieux

faisait taire alors tout sentiment d'amour-propre. Ainsi au faux Turpin et au prétendu chapelain d'un Henri quelconque, roi d'Angleterre, on peut ajouler le chapelain d'un roi quelconque de France, collecteur de^ lois et sentences d'amour, et désigné sous le nom d'André: Liber de Arte amandi,,.. A magistro Andrœa Francorum aulœ regiœ capellano. Puis il arrivait souvent aussi que ces productions hétérodoxes avaient pour auteurs des religieux ralliés a la doctrine sectaire ; car elle avait fait invasion dans bon nombre de monastères des deux sexes (voy, l'Hist. des Cath. par G. Schmidt>, et l'on conçoit que ceux-là fussent peu soucieux de se faire connaître sous leur nom véritable. Cette invasion de l'hérésie dans les couvents explique pourquoi tant de personnages d'une orthodoxie fort douteuse, ou même hérétiques avérés, comme Ëzzelin de Romano, finissaient alors dans le cloître une vie longtemps agitée.

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