LIBRAIRIE DE MADAME ¥▼> JULES RENOUAUD
aVB DB TOVaMOM, 3.
Les formalités prescrites par la loi et par les traités intemationauœ ayant été remplies, toute reproduetion esiinterdite.
L'Auteur se rf^rv^ |jS j^atl ^ ffO^çlf ^«
DE
l'HMISIE DE DANTE.
Le r^jsumé historique que nous cjonnons ici pourra être consulté avec fruit par les lecteurs studieux, c^r il comporte Texplication de plus d'uq mystère. On y trouver^, en outre de faits peu connus, quoiqu'on rapport direct avec la Comédie, maintes choses qui auraiept pu nalurellement avoir leur place dans le corps du Commentaire ; mais n'étant pas indispensables à rintelligence du texte, il a paru préférable de grouper faits^ doctrines, rites, etc., afin qu'ils pussent se prêter appui mutuellement^ ^\ de renvoyer le tout à la fin de nos études, pour y recourir au besoin.
Topograplile 4s CJatharlsm^,
L9 catharisme ^t d'origine orientale, tous les écrivains qui çn on( traité SQpt d'accord à ce sujet; de là tant d'allusions à l'Orient dont fourmille la Comédie, M. Schpoidt a cherché à démontrer, daus 9a très-sa-» vante Histçiirê deti Çathçire$f que cette secte np dérivait pas directement du nuapichéismey en se fondant h sur ce qu'elle aurait renoncé au oara&« tère symbolique particulier à celqi-ci, & Peut-être la Comédie, dont la cpqte^lure est toute symbolique et dont le sujet est la lutte des deu)( principes, l'amènera-tpelle à modifier son opinion* Peut-être aussi les dé^ monstrations émanatistes de Béatrice, appuyées des discours mis par le poète théologien dans la bouche de saint Thomas-d'Âquin, feront-ils penser au docte historien que « sans lui faire la moindre violence, op pourrait découvrir dans la Comédie, et par suite dans la système cathare, dopteUe nous paraît reffîver essentiellement, un gnosticiâme très-reconnaissable. » (11, ^63.) Mais sans nous arrêter à rechercher si le calharisme est de provenance exclusivement manichéenne, priscillianite, gnostique, paulicienne ou bogomile, ce qui a peu d'importance ppgr
notre thèse {Cf, Muratori, Mo^^heim, Gibbon, Bossuet, J. Lami, Gieseler, Farlali, Habn, Néander, Malter, Schmidl), il nous suffît de constater son essence hétérodoxe et sa provenance orientale.
Si nous osions nous permettre une opinion à ce sujet, nous dirions qu'un double courant a fait pénétrer Thérésie cathare dans nos contrées d'Occident. Elle aurait suivi parallèlement la voie de terre et celle de mer, gagnant d'un côté par la Bulgarie, l'un de ses foyers principaux, la Moldavie, la Pannonie, la Moravie, la Bohème et la Dalmatie; elle serait passée de là dans la Péninsule italique; dei'autre côté, les nombireuses relations commerciales de la Provence avec les pays de l'Orient, puis le grand mouvement des croisades lui auraient ouvert la route de la France, d'où elle se propagea au delà des Pyrénées et de la chaîne des Alpes, en faisant de la Lombardie , placée comme au confluent des deux invasions, le centre de sa propagande, après le désastre des Albigeois.
Nous suivrons m aintenani se? traces dansces diverses contrées, à partir de son apparition dans c'uacune d'elles.
Sous le règne d'Alexis Comnène, les Pauliciens et les Bogomiles, déjà nombreux dans l'empire grec, deviennent l'objet de poursuites rigoureuses. (Euthy m. Zigab. aAv, Masal. xxii, 4 i 4; Anne Comnène, i42ea;. xv, '486 et suiv.) En 4440, synode de Constantinople, lançant l'excommunication contre les hérétiques. (Léo Allatius, 644, 674 et suiv.] Les progrès des sectaires continuent en 44SO, ils se propagent dans la Thrace, là Grèce et les provinces d'Asie. (Joh. Cinnamus, ii, 40, p. 64 et suiv.) Theod. Balsamon, Sch. ti Photii Nom. x, 8, p. 449; Germanus, Orat. de exalta, crue. 4 4 4 et de Imag, 439.)
L'hérésie apparaît presque en même temps en France (Glab. Rad. 35). en Flandre (Mansi, xix, 424, 25), en Italie, en 4030 et 35 (Siâmondi, Rep. ilal, i, 445) et en Piémont (Landulpb. Sen. 88, .89, Glab. Rad.« 45). C'est surtout dans l'ancienne Aquitaine, dans cette Narbonnaise où l'arianisme avait régné, dans le Languedoc et la Provence qu'elle se .propagea avec rapidité dès les premières années du xi® siècle. De là elle gagne tous les pays au sud de la Loire, le Périgord, Tévèché de Limoges, la Marche de Poitiers. (Adémar, 454, 459, 464; Gall. christ., ii, 543; Gest. Synod. Aurel.^ 604.) Dès cette époque, Toulouse en est devenue comme la métropole. Mais on la trouve aussi dans la Champagne, où elle a établi son centre d'action dans le château de Montwimer, au diocèse de Châlons, et de là elle se répand dans celui de Rheims. (Martenne et D., Ampliss. Coll., i, 776; Glab. Rad., 23.) Gerbert, soupçonné de partager ses doctrines, croit devoir se prononcer contre elles. (Ep. 75, ap. Bouquet, x, 408.) Eq 4025, elle se montrait à Liège et à Arras. (Mansi.xix, 428; J. Lami,c.423etsuiv.)En 4 4 63, un certain nombre de Cathares flamands se réfugiaient à Cologne. (Godofredi Annales, 336.) De 4 474 à 4478, l'évèque d' Arras, Frumald, exprimait ses regrets à Alexandre III de son impuissance contre ces hérétiques. (Mart. et D. Ampl. Coll., II, 628.) Ce n'est qu'en 4482 qu'il parvenait à découvrir quatre de leurs principaux chefs, et les livrait au bras séculier. (Rad. Coggeshale, 92.) Vers ♦i70 en découvrait également une communauté secrète de Cathares daus )M ^ide de Rheims. {M. ibid.)
DE l'hérésie de Dante. 5
Au midi, la secte s'était iniroduite en Espagne dès la seconde moitié du XII» siècle. (G. Neubrig. i35.) Mais elle n'eut d'établissement que dans les provinces voisines de la France, en Aragon, en Catalogne, en Léon, en Navarre. (P. Vall.Cern. 560; Luc. Tud. i82, i65; Espana Sagrada, etc.)
Au nord elle se fraye sa voie en Allemagne et, dès 4052, Tempereur Henri III sévit contre elle a Goslar, dans la Basse-Saxe Herm. Contract. 1. c. add. ad chron. Saxon, ap.- Bouquet, xi, 642; Gesta Episç, Leodiens, 902), et, apportée sur le Rhin par les marchands hongroi*, elle y constitue son église, dont l'existence n'est trahie qu'en 1 1 46 ; elle y conserve son importance dans tout le cours du moyen âge. (Evervin. Epist, 452 etsuiv.) Vers il 50 on la rencontre en Suisse, en Bavière, en Souabe et dans la Saxe, où elle avait pénétré par la Hongrie {Fasti Corbej,, 77), favorisée là, comme ailleurs, par la dégradation morale et intellectuelle du.clergé. (Potho, De statu domùs Dei, Bibl. Max. PP. xxi, 489 et suiv.) L'église caihare de Cologne s'éiaii propagée dans plusieurs autres villes du diocèse, et principalement à Bonn, où elle comptait de nombreux croyants vers 1 i 60.' (Eckbert,9i 2; Caesar. Heisterb. 378;Tri- Ihem. Ann, Hirs.; Godofr. Annales, l. c.) L'hérésie cathare est également signalée en Angleterre vers 4459 (Guill. Neubrig. 455, 47; Rad. Coggeshale, 92; Rad. de Diceto, Imag,hist, ap. Bouquet, xiii, 487), comme aussi en l'année 4240. (Pétri Blesens. EpisL 4 13, ad G. archiep. Eborac. Bibl. PP. col. XII, II, 793. Baleus, Cent, î, p. 258; FUslin, De fanât, sœc. XII, in Angliâ repertis.)
Dans les pays slaves, l'église cathare était parvenue de bonne heure à une grande puissAce ; elle régnait sans entraves de la part du clergé romain, méprisé pour sa démoralisation ^ Vejer, ii, 339, Ibid. 354 ; 1. c. 444, III, I, 447; Farlati m, 254], dans tous les pays sur la rive droite du Danube. Elle av^it ses établissements en Hongrie, en Croatie , en Esclavonie, en Dalmatie et surtout en Bosnie. (Vulcus à Innoc. UL Katona, IV, 576 ; Farlati, iv, 472; Fejer, m, i, 254 ; Reiner., 4767 ; Thom. Archidiac, 568, 570.) La Bulgarie, la Thrace, Constantinople, avaient leurs églises et leurs évêchés. (Reiner., 4767; Farlati, m, 232.) Enfin l'hérésie toujours envahissante avait pénétré jusqu'en Bohême et en Pologne, (Raynald, xiv, 29, n» 42; Wadding, iv, 63; Boczek, m, 238.) Elle avait gagné l'Albanie et la partie méridionale de la Servie appelée alors la Rasgia. (Farlati, iv, 382 ; Wadding, viii^ 92 et suiv.) Aussi estce un pays que, malgré son obscurité, Dante ne manque pas de mentionner [Par. ch. XIX ) comme aussi l'Autriche, la Bohême, la Hongrie, TEsclavonie, la Norwége enfin tous les lieux où l'hérésie avait pris pied.
L^AIlemagne occidentale n'était pas à l'abri de l'invasion hérétique, car le synode de Trêves sévissait contre elle en 4234 (Gesta grchiep, Trevir. 244) et les Dominicains découvraient, un siècle après, jusqu'à des Lucifériens parmi les nombreux Cathares du diocèse de Passau, à Vienne et dans la Styrie. {Annales Noves, 534 ; Pez, Script, ter. AustHac , ii, 533 et suiv.) Dans la première moitié du xiii^ siècle, les communautés les plus nombreuses paraissent avoir été en Bavière. (Add. à'Reiner., ap. Gretser, 27.) Il en existait aussi en Autriche, qui correspondaient avec celles de la Lombardie et de la Dalmatie (M.- Paris, 443), à Mayence, à
Trêves, à Ck)logne, dans la Hesse, la Westphalie et le pays de Nassau. (Gesta Trev. archiep., 2143, 244; Âlbericus, ii, 543$ Reimchronick^dip» Kuchenbecker, i4nnai. Hassiac.^ coll. vi, 250.)
En Italie, Milan est tout d'abord un des foyers les plus actifs du catha* rismè. Cette ville est en 1166 plus hérétique que catholique. {Acta SS. Avril, II, 595 ; Ugbelli, iv, 156 et suiv.) « Ce qui prouve, dit M. Schinidt, que les villes guelfes s'opposaient aux prétentions des empereurs éi faisaient alliance avec les papes, non par sympathie pour le catholicisme^ mais dans un intérêt municipal ; résistant aux uns pour défendre leur in<> dépendance républicaine et s'alliant aux autres pour avoir leur appui poli< tique. » (f,60.)Ce qui est très-vrai, Dante en fournissant mainte preuve.
Dès 1150 on trouve des Cathares à Florence, où l'un de leurs pMii* eipaux pasteurs s'appelle Diotisalvi ( Vita Parentt Act, SSi mai, 5^ §6}, et le premier évéque de la branche de Concorezzo eii Italie, èôt de Flo-^ rence. (Yignier, 268.) Les femmes s'y distinguent par l* ardeur de leur zèle pour la propagation de la secte, {Act, SS, mai, h c.) En 1176 ils sont assez puissants pour déterminer une révolution dans le gouverne-* metit de la cité {Ghr, m* s, itaL api Lami, ir, 491), ce qu'Ozanam ap^ pelle un soulèvement d'épicnrieiis ; oui épicuriens oofihme Cavalcanti; et Florence devient un lieu de refuge pour leurs coreligionnaires proscrits^ (Lami, ii, 496.)
A OtiviETO le cathbrisme domine en 1125 (Istor, di Chiusi^ àp* Mura« tori) Rer, It. ier, Supp. i, 898), ce qui lui Vaut une persécution en 1163. {Act. SS. mai, 1. c. Ist, Chiûsi, 1. c, 903.) De là il gagne VItoibe, oà presque toute la population se déclare pour lui {Act. SS. I. c. 87) ; mais où Dante signale des défections, dans ce qu'il appeWe^les pécheresses de Viterbe. {Enfer, tlîy.)
A Vérone l'hérésie se rhontre tellement audacieuse qU'On 1184, Lti^' cius III, expulsé deRonie, y rend, en concile^ un décret d'éxcommutiica» tiôâ contre elle, ordonnant de livrer ses adhérents au bras séculieh (Mansi, tXiU 476 ; Csesarius Heisterb., 390. Cf. Ray/iald, «II, 7860 A Ferrare , révéque est obligé pour expulséf les Cathâfes de se faire assister du pouvoir civil. (Muratori, v^ 80.) Ils sdnt poursuivis à MouteB^ en 1192. (Molendina Patarinorum, 1. c. 86, 87.) En 1194, Henri YI rend un édit contre ceUx dé Prato, qui se féftigient pour la plupart dans Flo^^ rénce. (Lami, ii. 484^ Voy, le doc. p. 523 et p. 496.) Vers la même époque il y avait un grand nombre de céH sectaires eri Calabrei (Joâcfaimf m Apocahj P 131.) En 1224 il y en avait à Naples et à Aversa; (Loi de Frédéric II, 1224 ; Mansi, Ixiii^ 589 ; Raynald, xtii^ 870, n» 19.)
Outre les Cathares il y avait encore en Italie, au tem^s d'Innocent III^ des pcirtisans des réformes tentées par Afiiauld de Bresciat comme àUssi des Yaudois ùii Pauvres Lombards. (Reiner., 1775.) Mais les Cathares ou Patérins, de beaucoup plus puissants, comptaient des fiidhéNftts pariAi la haute noblesse et la riche bourgeoisie^ aussi bien que parmi les Ylb* bitants des campagnes ; ils occupaient les magistratures et dominaient dans beaucoup de municipes, à tel point que le clergé n'osait s'attaqildf à eux. (Reln'er., éd. Gretser, 35.) A Cfetle époque Milan était leur métro*^ pôle en Italie. {Frag.incert. auct. ap.Urstitius, ii^ 90^ Mattb. Paris^ 296^ 8t. de Bellavilla, 86.) Mais Dante nous donne suffisamlnent à cdnnattre
DE l'hérésie de DANTE. 7
que la haute suprématie avait passé de son temps à Téglise de Manloue. Croyants et Parfaits remplissaient Vérone, Viterbe, Ferrare, Florence, oii ils formaient près du tiers de la population y chiffre plus fort que celui dé Caceiaguida ( Par. xvi ), comme aussi Pralo et Orvielo. (MuratorL v, 89 ; lunoc. III, £^pwt. ix, 8^ ; ap. Brequîgny, ii^ii, 850, et vu, 37; I. c» II, II, 850 ; Vita Parent, in Àct, Sanct. mai, v, 86; Voy, notammerit pour Florence, Ripoll, i, 74 , et Lami^ ii^ 537 et suiv.) Ils ont des communautés à Faenza, à Himini, à Como, à Parme, à Crémone, à Plaisance, (tnnoc. ep. IX, 1 8, ibid. vu, 37 ; Ma tth. Paris, 412 ; Mansi, xxiii, 586 } Vit. Parent, Àct. Sanct. mai, v, 86; M. Paris, l. c. Inn. Ep^ ix^ 466 à 469. Ùghelii, II, 2^20 Leur église de Desenzano, sur le lac de Garda, signalé par Dante {Enfer, xx) est une des plus importantes. (Bonacurs. édit. de Baluze, 584;Reiifër., éd. Gretser, 35.j Enfin dans Àome môme ils ont une communauté organisée et des écoles publiques. ( Casar. Heisterb., 391.)
Concurremment, le Vaudéisme se manifestait, vers 44^6) à Lyon, où il avait été sans doute apporté des vallées du Piémont, et se répandait avec une rapidité étonnante vers le nord et vers le sud, mais surtout en Provence. Il trouva de nombreux partisans dans cette contrée et finit par 8*y fondre avec Talbigéisme. Dès le milieu du xii® siècle, on trouve le midi de la France divisé en plusieurs évéchés, ceux de Toulouse, d'Âlby, de Carcassonne, du val d'Aran, dans le comté de Coinminges, et d'Âran. (Bouquet, xiv, 448; beiner., 4767, 4774; Robert de Monte, 324.) Le peuple donnait aux Cathares, dans les bras desquels il s'était jeté en naine du clergé romain, le nom de bonshommes^ de bons chrétiens (Paradis, xxiv); leurs adversaires les traitaient de Tisserands et de Poblicainsy par corruption de Pauliciens. En Italie on les appelait plus sou- \ent Patérins, Tartarins ou Pauvres Lombards,
En 4463, le concile de fours prescrivait au clergé catholique une extrême vigilance contre rhérêsië.(CâH. 4; Mansi, xxi, 4477.) En 4465 les prélats de la Provence appelaient les Cathares à une discussion publique de leurs dogmes dans le chàieau de Lombers. (Mansi, xxii^ 457; D. Vaissette, m, 535 et suiVé en note.) En mai 4467, les tlathares euxmêmes se réunissaient en concile près de Toulouse, à Saint-Félix-de- Caraman, pour régler les affaires de leur église. (Besse, 483; SandiuB, 590 ; Bouquet, xiv^ 448.)
En 4477, une persécution suscitée par Raymond Y, comte de Toulouse, de concert avec le cardinal-légat Pierre de Saint-Chrysogenoi ne sert qu*à démontrer combien Thérésie avait déjà jeté de profondes racines dans les pays de langue d'oc» (Lettre de Raymond ap, Gervaa. Cant. Chron., 4444 ; Lett. de Henri de Clairvaux, ap« Roger deHoTed.^ 578; Biog. toutous. ^ ii, 33; ftob« de Monte.; ad. ann. 4178^ 324.)
En 4 4 80, première croisade albigeoise, prêchée par le cardinal-légât iPierre de Saint-Chrysogone , sans autre résultat que des ruines et du sang, si bien qu'il faut en revenir à des discussions publiques avec les Bonshommes, en 4190, dans l'église de Narbonne. (Bern. Font, calid., Adv. Waldenses, ap. Gretser, app. xii, ii, 496 et suiv.) Et c'est en yain qu'en 4495, dans te synode tenu à Montpellier, injonction est de oeuf^au faite atit prélats du Midi d'exécuter les prescriptions du concile de La-
8 PREUTES
tran de 4 479 contre les hérétiques ; l'albigéisme gagnant chaque jour du terrain, menace désormais TÉglise de Rome elle-même.
Le danger était donc immense pour le catholicisme, et il s'aggravait de jour en jour, lorsque, promu au siège poniifîcal , Innocent III jugea Tinstant venu d'étendre une main de fer sur Thérésie. Il parvint à en 'triompher à force d'habileté et d*énergie. £n même temps qu'il la poursuivait sans relâche en Italie, tant par lui-même que par ses légats, il proclamait la croisade contre les Albigeois y et l'ouragan dévastateur se déchaînait sur le midi de la France.
Une fois Tœuvre d'extermination consommée avec le concours de Simon de Montfort, de Tabbé Ârnauld Amaury et de Tévêque Foulque, assisté des prières de saint Dominique , les plus influents et les plus compromis parmi les hérétiques durent s'expay*ier. « Quelques-uns allèrent jusqu'en Bosnie; d'autres passèrent en Espagne ; le plus grand nombre se réfugia en Lombardie, où ils avaient, depuis le xii* siècle» leur église française à Vérone. » (Hist, des cath., i, 291.) Mais les luttes violentes que suscita dans la plupart des villes l'établissement des nouveaux tribunaux de la foi, témoignèrent de la persistance vivace de la secte et de l'irritation des populations. {Arch, de Vinqutà, de Toulowe et de Carcass.) Les inquisiteurs étaient insultés , poursuivis, massacrés, les registres d'un tribunal odieux brûlés. (îbid.) L'hérésie ne cessa de donner signe de vie que dans le cours du xiv® siècle, quand les procédés de l'inquisition commencèrent à s'adoucir, en exécution des mesures ordonnées par Clément Y et par le concile de Vienne. Mais elle continua à couver sous la cendre, jusqu'au moment où elle fit explosion sous le nom de Réformation.
Doctrines, rites, usages religieux des Cathares ou
Albigeois.
Il est presque impossible de formiuler aujourd'hui les doctrines professées par les dissidents appelés Vaudois , Albigeois, Cathares, etc. Continuellement épiés, poursuivis, menacés, ils écrivaient nécessairement peu d'ouvrages dogmatiques, quoique l'inquisiteur Moneta cite ceux de Tétricus (ii , 42 , 71 , 79 , 94) , Rinieri Saccone , celui de Jean de Lugio /I773), et Luc, évêque deTuy en Espagne, \evir Perpendiculum sctentia" runif titre tant soit peu maçonnique. Les livres saints , traduits en langue vulgaire, leur fournissaient le texte de leurs instructions orales, et ils se mettaient à la portée de tous dans des compositions, tant en prose qu'en vers, où une phraséologie symbolique et des noms de convention leur permettaient de combattre leurs ennemis tout en propageant leur foi. Mais la plus grande partie des romans, po'émes , cansons , sirventes, etc., dus à la verve féconde des missionnaires de l'albigéisme, sont désormais anéantis. Objets d'une poursuite incessante de la part de l'inquisition, un petit nombre seulement a survécu ; la littérature elle-même a péri, sous la double atteinte de l'autorité politique et-de^la puissance religieuse {voy. Fauriel). Les détenteurs même de ces livres proscrits
DE l'hérésie de DANTE. 9
finirent parles livrer aux flammes, dans la crainte d'être compromis par eux. Témoin le marquis de Monlferrant, en Auvergne, faisant brûler en quantité considérable, au commencement du xiii^ siècle, libros omnes seclarum, et notamment ceux des Albigeois, qu*il avait mis quarante ans à amasser. (St. de Bellavilla, 85.)
Leurs croyances ne nous sont donc parvenues que par I*organe de leurs adversaires , et d'aillegrs le langage évidemment symbolique employé par eux dans leurs controverses, rend assez difficile de les préciser avec certitude. Nous en avons exposé quelques-unes dans le cours de notre Commentaire. Nous ne signalerons donc ici que celles qui nous paraîtront ofl'rir quelques rapports avec les propositions émises dans la Comédie, et, dans les mêmes limites, nous appellerons l'attention sur les rites et les usages de ceux que nous considérons plus que jamais comme ayant-été les coreligionnaires du poëte florentin ou leurs héritiers directs.
Pour les Cathares , il y aurait eu deux créateurs; l'un d'eux, principe de lumière , tout amour et bonté, aurait produit le mpnde invisible, intellectuel, éternel , dont tout est parfait; Taulre, envieux et méchant, principe de ténè'bres, du mal physique et moral, serait Tauteur du monde visible, matériel , périssable, qu'il gouverne seul et auquel le Dieu bon reste étranger. (Moneta, 3; EckberliTs , 899 ; Ermengaud., 223 ; Alanus, 6; Luca Tudensis, 94, etc.)
C'est en partant du même principe que chez les F**. M.*, il est dit au récipiendaire dans la loge philosophique de la clef : The compass gives you the facuHy ofjudging by yourself that whatever God has created (immedUately) is well... In himself there is no evil, because lie has mode every ihing {in heaven) with eœactness, and every thing (celestial) exists ACCORDiNG TO Hfs wiLL, consequently as it ought to be...* The wish of thè Etemal in creatiny the world {of intelligences) by a Hberal act ofhis oivn, well foresaw every matter that could possibly happen in conséquence thereof; that is to say : That every thing therein contained
AT THE SAME TIME OF THE CREATION, Was good, Voilà OU qUCls tCrmCS
frère Vérité adresse la parole à l'un de ceux qu'il appelle zealous extirpaters of superstitioi^s and lies , perpendicular men,, made polished by reason, pour qui l'Évangile doit être la seule loi àsuivre« [Light on AT.'., 256.) Revenons maintenant à la doctrine cathare.
Le Dieu bon a formé le monde invisible de quatre éléments immatériels ; c'est la « cité permanente » ayant ses cieux, son soleil, ses astres, qu'il a peuplée d'êtres célestes , composés d'une âme et d'un corps immatériel, et d'un esprit qui les dirige ; tout ce peuple céleste , créé à ia foiSf au commencement de toutes choses , constitue la Jérusalem céleste, le peuple de Dieu. (Moneta, 3, 42 et suiv.) Quand saint Paul prie Dieu de conserver « l'esprit, l'âme et le corps dos fidèles» (i** Thessal., v, 23), les Cathares entendaient l'intelligence supérieure exerçant pour l'âme de chaque homme céleste les fonctions d'ange gardien. (Moneta, 406.)
S'ils accordaient donc que le Dieu bon a créé aussi les choses visibles, ils entendaient les choses visibles aux anges et aux hommes célestes. (Perigrinus Priscianus, 94.) N'attribuant pas d'existence réelle à la création visible, elle était pour eux le néant ou rien, puisqu'elle n'était pas l'œuvre du Dieu bon, seul capable de donner Vétre^ qui est une perfection.
10 I^HEUVÈS
Lors donc qu'ils confessaient que Dieu a créé le tout, ils excluaient dans leur pensée ce qui est en dehors du Ciel ou de la perfection. (Act, de Vinq* de Carcass., 4247 ; Doat, xxii, f. 96.) On retrouve ici la filiation desexpresi^ions symboliques, Niente ou Nulla, appliquées au Pape, prince du monde matériel, en même temps que Tutto à TEmpereur, prince du mondb intellectuel, et Ton s'explique cette épitapbe du poè'te, si peu comprise jusqu'ici , Theoloyus Dardes Nullius dogmatis expers, c'est-àdire f)rofondément versé dans le dogme catholique, dans la doctrine de iolessire Néant. Si les Cathares répondaient affirmativement aux inquisiteurs leur demandant s'ils croyaient que Dieu a créé le ciel , la tirre , la mer, etc., c'est qu'ils entendaient par le ciel , les âmes célestes, création du Dieu bon , par la terre, les âmes terrestres , non initiées encore à la vérité, par la mer, l'eau profonde et pure de ta doctrine du salut, et par tout ce qu'elle contient, la foi qui sauve et purifie. [Disp, inter Cath. et Pater. 4707.) C'est dans ce système métaphorique, adopté pour dépister Fînquisition, que la Comédie a été conçue et exécutée, de même que tant d'autres compositions italiennes et provençales.
D'origine divine , puisqu'elle est l'œuvre directe de Dieu , l'âme humaine, à la différence du corps, n'est pas destinée à rester sur la terre où l'a réléguée sa désobéissance. Elle retournera au Ciel , laissant Ha dépouille à la terre, domaine du démon, qui seule est V enfer, (Moneta, 381 ; Reinerius, 4768.) C'est dans le même sens que les Francs-Maçons disent au néophyte qui se présente pour le grade de maître : Shall the dm! retum to the earth, as it tvas; and the spîrit relum unto God who gave it. cLighton M.*., 64 .) Toutes les âmes célestes seront sauvées, car si Dieu procédait par élection envers les âmes qu'il a créées , il serait injtiste et non plus parfait. Les seuls damnés destinés à rester sur la terre sont les esprits créés par le mauvais Dieu. (AIdnus, 24; l^onétà^ li et suiv., 549; Act. de Vinq. de Carcass., 4S47; Doat, xxii, f. 98 , 404 ; De Toulouse, 4273; Ibid., xxv, f. 60.) Ils rejetaient en conséquence la doctrine de la prédestination, qui leur paraissait une erreur énorme, telle qu'elle est établie par saint Augustin. (Moneta, 549.) Pour ceux d'entre eut que M. Schmidt appelle les dualistes mitigés, l'âme, insufflée par Dieu au corps créé par le démon, était douée du libre arbitre, Ponunt Uberum arbitrium , dit Moneta , 6 ; aussi Dante exalte-t-il celte faculté s<ius le nom de nobile virtii, et la fait-il préconiser par Béatrice. (J'or.,v.)
Jésus-Christ n'était pour là plupart des Cathares qu'une créature du Dieu bon , mais Dante nous fournit la preuve que , pour certains d'entre eut au moins , il était, conséquemment aux doctrines gnostiques, une émanation du Père , ainsi que l'a pensé Néander. (Kirchengcschichle, v, 766.) Dieu, disaient-ils, n'a pu s'humilier jusqu'à se loger in utero mwlieris , pour s'incarner en revêtissant un corps formé par le Dieu mauvais. [Act. de IHnq. de TouL, 4273; Doat, xxV, f. 60; deCarc, 4305; ibid , XXXIV, f. 98 ; Lib. sent. inq. Tulos., 249. j II est venu sur la terre avec le corps éthéré dont il est revêtu dans le Ciel. (Alanus , 69.) Le Christ n'aurait fait que passer par Marie, qui du reste aurait été ellemême pour beaucoup un esprit céleste, en qui il serait entré et d'où il serait sorti par lloreille (Moneta, 223, 232 ^ Ev. Johannis, chez fienoist,
DE l'hérésie de DâNTE. If
1, 290), doctrine qu'on rencontre dans d'anciennes liturgies dei'Église et chez plusieurs Pères orthodoxes, en Orient et en Occident.
Le Saint-Esprit, inférieur à Jésus-Christ, diffère de substance avec luli suUstantialiter diversus, et avec le Père , qui seul est Dieu ; il est le chef des esprits célestes, de ces anges gardiens qui consolent sur la terre lêft âmes célestes obligées d'y rester, et auxquels s'applique le nom de ParO' clet. (Moneta, 4, 269 ; Reinerius, 4768.>
On veut que les Cathares crussent à une transmigration des âmesdaut» un certain nombre de corps, jusqu'au moment où elles reconnaîtront et embrasseront la vérité. (Moneta, 4 42.) Pierre de Vaucernay fixe à sept lu nombre de ces transfiûgrations (556) . Alanus parle de dix et même de sei^e. (P. 24.) L'âme de saint Paul, selon d'autres, aurait traversé jusqu'à trente deux corps, avant d'arriver à la lumière dans le trente-troisième. {Àet, de finq. de Carcass,, 4 305 ; Doat, xxxiv, f. 96.) Comment le savant au^teur de V histoire des Cathares et Albigeois, dont nous résumons les précieux travaux, n'a-t H pas reconnu à ces chiffres que.de pareilles migra* tiens étaient purement symboliques, comme tout le reste; que lei sept premières se rattachent aux sept grades primitifs de la Maçonnerie, les trente-trois aux trente-trois grades de l'Écossisme templier, et les nombres intermédiaires à la limite indiquée par Dante, à ces grades que ne pouvaient franchir les enfants dont il signalait les volti e voci puerili, enfants qui voulaient bien combattre Rome , mais n'osaient embrasser la religion d'Amour? {Par., xxxii.) Telle est si bien la significa* tion de ces diverses transmigrations, que M. Schmidt lui-même nous a dit : (( Suivant les Cathares, la mort n'a pas la même signification que pour tous lea hommes. Pour ceux qui achèvent leur expiation , c'est-à-dire qui son initiés dans la secte (pour commencer une vie nouvelle), elle est le terme de la pénitence, le moment où l'âme , dégagée des liens de la matière, rentre dans le monde céleste du Dieu bon. » (ii, 47.) Les autres continuent sur la terre et dans un autre corps l'œuvre de la réhabilitition. Par suite , point de jugement immédiat après la mort , point de purgatoire (S. Bernardi Serm., 66; Ëckbert., 899; Moneta, 374 ; Reiner., 4752 ; Disp., 4733); ppint de résurrection de la chair au jugement der nier (Krmengaud., 238 ; Ebrard., 44S; Alanus, 48 ; Moneta, 348; Rdner., 4764 ; Disp., 4736); poirtt de prières pour les morts, car Dieu cesserait d'être juste s'il faisait miséricorde aux coupables pour les mérites d'autrui. (Eckbert, 9 1 5 ; Alanus, 4 63 ; Moneta, 374 et suiv, ; Disp., 4 733, )
On peut être c^rtnin, du reste, que les Cathares croyaient à la transmigration des âmes de la même manière que les Templiers modernes croient êire tour à tour Melchi^édech, Salomon, Cyrus, etc., dont, se^'iR le grade, ils prennent successivement le nom dans leurs ioges: de mémo que Dante croyait avoir passé du corps d'Adam dans celui de Ryphét, dans ceux de David, d Ezéchias, etc. Les inquisiteurs devaient se perdra dansces fantasmagories, et, à leur^uite, les historiens, signalant j'isqu'aux derniers siècles des Pythagoriciens dans le royaume de Napîes. (^oi/« Baldacbini, Vita di Campanella etQ. Renan., Hist. de VAverroïsme.)
Selon les Cathares, le seul moyen de réhabilitation pour l'âme |>écb«resse était uno pénitence radicale et un changement absolu de vie, en se faisant admettre dans leur église. Cette réception, appelée le Cûnsoiamên*
tum, était leur baptême de feu, ou baptême de l'Esprit, en opposition au baptême d*eau ; il se conférait par Timposition des mains , et indépendamment de sa signification symbolique , il avait l'importance et tous les effets d'un sacrement. (Ermeng., 236 ; Bonacursus, 209; Moneta, 273 et suiv. ; Reiner., i764 et suiv.) De ce moment, le croyant était Parfait, il était Pur, Saint ou Cathare; il était parmi les amis de Dieu, les bonshommes , les bons chrétiens, (Mansi , xxii , i57; Act. de Vinq*y çà et là ; Lib. sent. inq. ToL, 23, 403, i34 .)
Eh bien , les héritiers du Temple conservent fidèlement le baptême de feu. Que répond en effet aux questions qui lui sont posées le récipienjdaire au grade de Maître Âdvitiam, Vénérable de toutes les loges symboliques? Qu'il a été reçu par l'acier et par le feu.>-^ « Que signifie le feu? —Il rappelle à notre esprit que nos ancêtres, our forefathers^ étaient pwrifiés par le feui » {Light on if.*., 237.) Il est bien difficile de ne pas entendre faits Purs ou Cathares par le baptême de feu ou de l'Esprit. Il y aurait tout un livre à faire de pareilles concordances entre le Calharisme, la Maçonnerie et Dante.
A l'imitation des Apôtres , les Parfaits s'interdisaient toute propriété personnelle ; les revenus des biens qu'ils abandonnaient s'ajoutaient à un fonds commun servant aux besoins de l'église et de ses ministres, fonds commun alimenté perdes donations , pensions et legs , provenant de la munificence des cr.^yints. (^c^. de Vin(f. de Carcass. ; Doat, xxii, f. 4 4 3 ; Lib, sent, inq. ToL, 4 04 ; 549.) Ils étaient donc communistes , nous n'avons donc pas calomnié Dante en le disant socialiste.
Les rigoristes parmi les sectaires réprouvaient le mariage (voy. presque tous les auteurs déjà cités); ils s'interdisaient non moins sévèrement l'usage de la viande et de toute nourriture de provenance animale. (Ibid,) Chez les Cathares mitigés, ces prohibitions n'étaient de rigueur que pour les Parfaits. De là ces dénominations de Pythagoriciens et de Sloïciens par lesquelles les premiers étaient désignés, et celle d'Épicuriens appliquée aux derniers ; dénominations reproduites par les écrivains du temps, qui n'en savaient pas la valeur, et par les modernes qui s'étonnent de l'existence de ces sectes philosophiques au moyen âge. En faisant vœu de pauvreté, le Parfait renonçait à toutes les joies de la famille et se consacrait à une vie errante, pleine de périls et de privations. (P. Vall. Cern., 556; Lib. sent. Inq, Toi., 450; Evervin., 454.) Qu'on se rappelle l'existence de l'austère Alighieri, s!abstenanl de faire une seule fois la moindre allusion à sa femme et à ses enfants, soit dans son poëme, soit dans ses autres écrits. Voilà pourtant l'homme dont on a fnit un Céladon platonique et un coureur d'aventures galantes.
Dans la branche de Bagnolo notamment, la plus éclairée, à ce qu'il semble, les simples croyants pouvaient être mariés, posséder des richesses , faire la guerre et se nourrir de tous mets indifféremment , sauf absolution des Parfaits. Tous n* étaient pas initiés aux doctrines les plus secrètes du catharisme ; Vinstruciion complète n'était donnée qu'à ceux dont la persévérance avait été éprouvée, (Bfeiner., 4768; Act, de Vinq. de Carcass., 4305 ; Doat, xxxiv, f. 402.J
L'organisation ecclésiastique de la secte était des plus simples, car, rejetant tous les autres Ordres de la hiérarchie, el-e n'admettait que l'é-
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piscopat et le diaconat. Les croyants donnaient à leurs évêques le nom de Père ou de Maître, comme les apôtres appelaient Jésus-Christ, et comme Dante appelle Virgile ou de Yirgilio; ce nom de maitre reste de même affecté au Vénérable dans la Maçonnerie ; chez les Yaudois, les évéques étaient désignés par le nom de Barbas, équivalant à père. A chaque évéque étaient attachés deux ministres, destinés à le suppléer, avec le titt e de Fils majeur et de Fils mineur, (Nous retrouvons ces deux acolytes dans la Maçonnerie sous les noms de Senior warden etde Junior warden.) Venaient en dernier les diacres et sous-4iacres, appelés, en cas d'absence de 1 évéque et de ses fils, à en remplir les fondions dans les localités éloignées. (Moneta^ 278, 313. Arch. de Vinq. de TouL, Reiner., 4766.) Or, la Maçonnerie a précieusement conservé ses diacres et ses sous-diacres, senior and junior Deacons, (Voy, Light on M.*, dès l'initiation au premier grade.)
Leur église consistait dans la réunion des Parfaits , seuls bons chré-o tiens et successeurs des Apôtres , peuple de Dieu sur la terre , église devant toujours être pure et sainte dans ses membres, et avoir la saine intelligence du christianisme, pour conserver le don des miracles. Or, les Parfaits faisaient dBS miracles, lorsqu'ils convertissaient des âmes à Dieu, éloignaient d'eux les serpents, et leur parlaient des langues inconnues; linguis novis loquuntur , quia ipsi credentibus suis inaudita pfoferunt. (Disp. int. Cath. et Pat., 4750.) Dante aussi faisait des miracles en parlant et en écrivant dans une langue nouvelle, dont l'Amour était le dittator. Ils refusaient en cojiséquence le nom et le caractère d'église à celle de Rome, qui conservait dans son sein des membres corrompus et pervers (Ebrard., 433 ; Disp., 4754), comme ne cesse de le faire Dante dans tout le cours de sa Comédie, divinisée par les sectaires. Ils lui reprochaient ses pompes, ses richesses, le luxe de. ses ministres, soa ambition, son insatiable avarice (Moneta , 390 , 393 et suiv.) et faisaient remonter sa décadence au temps du pape Sylvestre. (Bonacursus , 209.) Elle était pour eux la synagogue du démon, l'église du Dieu mauvais (inspirateur de l'amour mauvais. Dame), celle dont il est parlé ch. xvii de V Apocalypse. (Moneta, 397; P. Vall. Cern. , 556; A et. de Vinq. de Carcass,, 4247, D\ xxii, f. 98 ; Li6. sent. inq. Tolos., 37.) La leur était l'église des Purs, des justes, des amis de droiture, comme disaient les Provençaux, de drittura, écrit Dante ; et de même les Maçons se disent : Sons ofrighteousness. Nostra est ecclesia ubi sunt homines justi et casti^ non mentientes, non fraudantes. (Disp. int. Cath. et Pat., 4751 .)
L'église cathare, au contraire, était la Jérusalem céleste exaltée dans {'Apocalypse, et c'est sous ce nom que l'église de vérité figure encore dans les cérémonies maçonniques, comme dans la Comédie, où ses habitants sont revêtus de la bianca stola, robe blanche d'innocence, are clothed in white. « La tenture de la loge de réception au grade de Grand- Pontife ou sublime Écossais représente la céleste Jérusalem, descendant du ciel sur les nuages pour écraser les restes de la Jérusalem actuelle (Rome, la cité terrestre) et un se^'pent à trois têtes ou hydre enchaînée^ représentant la perversité, wickedness, des infidèles qui y résident* En bas, la Jérusalem actuelle semble renversée sens dessus dessous, et la Cité céleste «emble écraser le serpent à trois tètes. » Le récipiendaire
mis en présence de ce tableau déclare détester tous les perfides et jure de rompre toutes communications, correspondaYice et liens d*amitié avec ceux qui sont tels. (Ligth on if. '♦,233-31.) Vedi nastracittèy dit Béatrice à Dante. (Pan xxx.)
Mais il y a plus : l'église de vérité se reproduit encore sous une autre forme dans les cérémonies maçonniques. Nous avons parlé (,note 46 du ch. XXIII) de la conception dans la lune : voici commt'nt cette figure est expliquée au récipiendaire : The conception or woman rising in tha moon, demomtratef the purity that matter st^sists of in order to remain IN iTS PURE STATB unmixed with any other boiy, from which must corne a new king and a révolution, or fullness of time fUled with glory, whose name is alb^aest { Vabr axa gno-iiiqvLe^). Or, rien de plus clair que ce symbole, ^râce aux explications de notre commentaire ai aux preuves à Tappui. Il nous montre l'église cathare sous la forme d'une femme ou d'une vierge pure, s'élevantau milieu du monde catboliqu<^, de la lune maculép, tout»? matière, s'y conservant immaculée, unmixed with any other body, et devant enfanter un Messie appelé à opérer une glorieuse révolution religieuse et sociale, quand les temps seront accomplis. On voit que la lune conserve ainsi dans la maçonnerie la signiûcati^m symbolique qu'elle ne cesse d'avoir dans la Comédie. Cet astre cbair^ géant est encore là l'Église romaine^ bien différente de celte vierge sang tache , de cette Marie, chaste mère du Bédemptour impérial, personnifi'cation mystique de la communauté des Cathares.
Dieu étant présent en tous lieux, surtout « là où deuï ou trois sont assemblés en son nom , » ils ne se réunissaient que forcément dans des édifices de pierre. Ils célébraient indifféremment les cérémonies de leur culte dans des forêts, des prairies, des vallées , des cavernes , dans des châteaux ou des cabanes. (Ebrard., i32, 462; Alanus, 456; Moneta, 454 ; Disp., 4749 ; Euthymius, de Bqgom,,%l.) ~ Où nos anciens frèras se réuni*aaient-ils avant qu'ils eussent des loges? est-il demandé à l'apprenti maçon, qui répond : On the highest hills and the hwestwales ; et trois suffisant pour composer une loge parfaite, on rappelle, dans la prière adressée à Dieu, les paroles du Rédempteur : Thouhast promised that a where two or three aregathered togetherinthy name, thou wilt be in themidst ofthem, and bless them. » Light on M.*., 45, 38. Une nappe blanrhesur un banc, sur une table, où le Nouveau Testament était ouvert à l'évangile de saint Jean , tel était leur autel et tout l'appareil du culte. (Ad, de l'inq.) Vous trouverez de même une bible ouverte sur ce qu'on appelle l'autel dans les cérémonies maçonniques. A leurs yeux, les images étaient des idoles. (4452, Fast. Corbienses, 77; P. Vall. Cem. , 557 ; Moneta, 454 ; Disp,, p. 4749, etc.) La croix rappelant un triomphe du Dieu mauvais , ils l'avaient en horreur, ne comprenant pas que des chrétiens pussent adorer, dans l'instrument de son supplice, l'ignominie dû Sauveur, ignominiam Christi, disant : Si pater vester suspensus esset in aliquo patibulo , ipsum patibulum abominaremini , et non honoraretis illud, (Moneta, 464 ; Lib, sent inq. Tolos., 42, 424, 432, 448, 494.) Crucem dicunt characterem esse bestiw, quœ in Apocalypsi esse legitur , et abominationefn in loco saneto, ( Bcmacursus , p. 209.) Oo comprend dès lors pourquoi les Templiers, dans leurs initiations mysté-