PARIS
LIBBAIRIE DE MADAME V»« JULES RENOUARD, rue de Toaraooy 6.
Siryxy/y'T.Z.Z,
Harvard r'u'C^ot Lubrary
Gift of
THBODORi^ VsT» KOCH,
Olass of \893,
22 May 1896.
Imprimerie dt W. RCMQimT et cie, rut Garancière, ■. B.'
DÉMONTRÉB
frangesgâ de rimini.
êaUotto fu il libroteM U> serisêe, (Infem. T.)
Un peintre éminent a su populariser, en la transportant magistra* lement sur la toile, la tragique aventure des deux amants de Rimini, magistralement poétisée par Dante, et chacun d'applaudir. Mais s'aviser de dire que le grand Gibelin a été plus poSte encore qu'on ne le suppose, puisque, dans une pensée religieuse et politique à la fols, il aurait symbolisé deux personnages réels, et se mettre en mesure d'expliquer le symbole, c'est un crime de lèse-poésie et de lèse-peinture aux yeux des fanatiques de Dante et de M. Scheffer. Ces genslà, on le voit, sont de puissants logiciens. Pour eux, le symbole cesse d'être poétique du moment qu'il est ramené à la vérité sous-entendue, c'est presque les larmes aux yeux qu'ils vont répétant sur tous les tons : « Laissez-nous notre erreur. »
Ëhl mon Dieu, nous ne demandions pas mieux et nous l'avons prouvé. Dans l'Introduction publiée sous le titre de Dante hérétique, etc. , comme dans la Comédie de Dante traduite en vers SELON la lettre ET COMMENTÉE SELON l'esprit qui l'inspira, nous nous étions borné à exposer l'un des sens de cet épisode si justement admiré, celui que Dante appelle anagogique, désireux de ménager la sensibilité de ces âmes rêveuses ne vivant que dans une atmosphère de poésie et d'art, où viennent se jouer capricieusement les nuages exhalés du cigare de la régie; puis aussi, il faut le dire, parce qu'une explication plus complète aurait exigé des développements ^i?^ J?Mp
quels il n'était possible d'entrer, qu'après avoir écarté ou déchiré des voiles bien autrement épais que celui de Francesca.
Mais il s*esl élevé des voix pour nous mettre au défi de donner à cette mélancolique création une signification acceptable et convaincante pour tous. On n'a pas craint de dire, que suspecter Torlhodoxie de Dante c'était le calomnier, troubler lâchement sa cendre glorieuse au fond de son tombeau. Force nous est donc de démontrer nonseulement que nous n'avons rien avancé que nous ne crussions vrai en notre âme et conscience; mais encore dont nous ne fussions en mesure d'établir, sur preuves authentiques, la pertinence et la vérité.
Cette fois, du moins, on ne nous acctisera pas de ne point justifier nos assertions, car le Paradis iUumt'Tié a giorno^ par lequel nous complétons notre commentaire de la Comédie, répond victorieusement à ce reproche. Nous aurions tout au plus â craindre d'être tombé dans Texcès contraire et d'avoir voulu trop prouver ce qui, par soimême, brillait d'évidence. Aussi croyons-nous pouvoir mainteuant revenir, avec quelque espoir de rencontrer moins d'incrédules, sur deux épisodes bien connus de Y Enfer et du Purgatoire, où ils se font comme pendants, l'un et l'autre y figurant symétriquement à la fin du chant V.
Nous nous faisons donc fort, arrivé à la fin d'une tâche aride et dans laquelle nous avons trouvé si peu d'encouragement de la part de ceux qui semblaient le plus aptes à en apprécier les difficultés, de démontrer à quiconque voudra faire usage de sa raison :
Comme quoi Francesca de Rimini et la Pia des Tolomei sont deux églises cathares ou albigeoises.
On aurait tort de s'étonner, et encore plus de se récrier à pareille propositioo, quand l'illuminaiion du Paradis révèle et met en relief des choses bien autrement stupéfiantes. Ainsi l'on peut y voir avec évidence que, pour Dante, saint François et sainte Claire, saint Thomas d'Aquin et saint Bonaventure, saint Anselme, saint Pierre Damien, saint Benoît et le grand abbé de Clairvaux lui-même, saint Bernard, étaient ses coreligionnaires, professant la foi évangélique des Vaudois-Albigeois, ces protestants du moyen âge, et qu'il entend les revendiquer à ce titre; qu'à l'en croire, l'ange de l'École n'aurait tenu que par un fil à l'Église romaine, si bien que l'audacieux sectaire ne craint pas, â l'aide d'un prodige d'adresse, de lui faire
accepter et reproduire, sous forme orthodoxe, la doctrine émauatiste des Gnostiques, exposée, professée par sa mystique Béatrice.
On peut y ?oir que, de son temps, l'Italie était inondée d'Albigeois réfugiés parmi leurs frères d'outremonls, et, ce qui est à noter, dans la Lombardie, la Romagne et la Toscane, où l'hérésie, qui se dissimulait dans l'ombre, avait ses principales églises; hérésie se rattachant au Gnosticisme néoplatonicien de l'école d'Alexandrie et aux Templiers:
On peut y voir non moins clairement, au milieu de toutes les splendeurs du triomphe, l'apothéose de l'église sectaire elle-même, devenue la Rose mystique, la reine des anges, des Parfaits, sous le nom de Marie, en même temps qu'un moine grec, antérieur d'un siècle à Dante, et un inquisiteur milanais, qui écrivit plus de cinquante ans avant lui, sont là pour attester, d'accord avec le savant historien des Cathares, M. Schmidt, que les sectaires, afin de pouvoir affirmer, sans se parjurer, qu'ils croyaient à la Vierge, Mère du Rédempteur, désignaient symboliquement leur église par le nom vénéré de Marie, « qui devenait ainsi une métaphore. » {Lib. sent, inq. Tolos. 92. Eymericus, 274.)
On peut y voir enfin Dante, ne faisant en cela que se conformer à l'usage traditionnel de ses coreligionnaires, grouper autour de celle qu'il appelle comme eux Marie, notre dame^ madonna, c'est-à-dire alitour de l'église cathédrale de Mantoue, madonna in cathedrayAea ^lises hérétiques qui, se rattachant à la sienne, devenaient, par rapport à elle, des mères ou des filles, et les personnifier sous des noms bibliques.
C'est qu'en effet, une fois cette clef de l'allégorie trouvée, il est impossible de méconnaître près de Marie, à ses pieds, l'église de Florence sous le nom d'ËvE, église dont le poète théologien prend soin, dans sa Comédie, de se proclamer l'Adam, comme son pasteur ; celle des Gnostiques orientaux dans Raghel ; l'église Piémontaise ou Yaudoise dans Sara,' celle des Pauvres de Lyon dans REBËCGA;dans Judith celle de Toulouse, glorifiée pour avoir tué son Holopheme en Simon de Montfort, celle de Ferrare dans Ruth; et le Temple lui-même dans SAINT Jean-Baptiste, le patron des Francs-Maçons, ces Templiers modernes. On ne saurait dès lors être surpris que Dante, dont une métaphore si compliquée devait clore magnifiquement le poème, ait voulu en essayer l'effet dès le début en personnifiant l'église sectaire de Rimini sous le nom de Francesca, et plus lard celle de Sienne, Cleopatras lussuriosa, sous celui de la Pia des
gle
6 l'hérésie DB DANTE
Totomei ou deg Ptolêmêes, par nmilitude de no» et de meran.
Or, s'il est incontestable, au témoignage de rinquisiteur Rinieri Saccone, deVaissette, corroboré par les monuments eonservésdanaks archives de l'inquisition, qu'il y avait à Rhnini une église Albigeoise ou Cathare, un demi-siècle avant Dante ; s'il est incontesuble que le poète florentin a déployé tous les trésors de son génie pour apitoya*
âmes tendres sur le sort de la pauvre Francesca ; et s'il est démontré, d'autre part, que Francesca, personnage réel et contemporain, se réduit défmitivement, sous la puissance du génie, à une figure allégorique, à une métaphore habilement ménagée pour dérober a k regards une congrégation hérétique, il faudra bien en conclure que Dante, si profondément touché du sort de cette infortunée, au point d'eft tomber lui-même comme mort, came corpo mono code, pro-* fessait les mêmes doctrines que cette église persécutée^ anéantie par le farouche Malatesta; qu'il avait embrassé la même foi, partant qu'il était hérétique ; ce qui justifie le titre de cette étude supplémentaire.
Nous en sommes arrivé à pouvoir résumer ainsi en quelques lignes la trilogie dantesque : l'Enfer est le temps présent, nostra vita, c'est le monde orthodoxe avec ses misères intolérables sous le joug saeerdotal. Le Purgatoire, c'est la voie de l'affranchissement, c'est l'antagonisme de la vérité et de l'erreur, de la sainte et de la prostitaée^ c'est la période d'épreuves indispensable à traverser, pour que la cité céleste, l'église de l'amour. Maria, ait «i se manifester glorieuse aux antipodes de la cité terrestre, de l'église de haine, destinée à s'effacer sous des flots de lumière, absorbée dans LuciA. {Convito, ii, 5|) Le Paradis enfin, c'est le triomphe après la lutte et ses angoisses; c'est Marie victorieuse de sa formidable rivale, grâce â la fusion des di{* érentes branches de l'hérésie, dont les églises, laissant à l'écart toutes divergences de doctrine, n'en forment plus qu'une désormais ; constituant de la sorte « l'Athènes céleste où, grâce aux trois vertus théologales et à la Gaie science, le tre vtrtù e l'arte délia vêriu. et^nia^ philosopheront d'accord, animés d'un même vouloir, conear-^ dêvoimente, les trois écoles enseignant une même croyance^ éeolei déguisées sous les noms de stoïciens « de pythagoriciens, d'épka* riens« » {Convito, m, ik. Voy, l'Appendice I, à la suite des Preuves.)
Voilà comment l'illumination a giorno du Paradis, en (H'ojetant uni clarté inattendue sur la trame et les masques de la Comédie, en révélant des faits d'une grande portée par les questions qu'ils soulèvent, ^ et en faisant apparaître à l'improviste un moyen âge tout autre q^
celui dont nous avons les oreilles rebattues, a singulièrement simplifié notre tâche qui, sans elle, aurait été plus longue et laborieuse. Le jour une fois fait sur cette scène splendide, décorée de tous leé prodiges de i*art et du génie, rien ne devient plu3 facile que de don* ner, cette fois, une explication complète d*un épisode laissé à dessein, d^abord, dans une demi-obscurité. Quelques lignes suffiront désor^ mais pour opérer, en suivant le poème vers à vers, une transformation à vue, une véritable transfiguration, de manière à forcer {es admirateurs ébahis de M. Scheffer, dont cette révolution ne dhainuera en rien le mérite, de reconnaître Téglise cathare de Rimini dans Francesca, comme aussi celle de Sienne dans la Pia des Tolomei.
Nous reprenons donc le commentaire à ce vers du chant Y de TEnfer : Or son venuto là, dove molto pianto mi percuote, supposant que le lecteur voudra bien suivre notre glose le texte sous les yeut, afin d*y recourir au besoin.
Ainsi que nous Tavons dit, les pécheurs en la chair, i peccatori camali, sont ceux qui ont péché, au moins, extérieurement, c'està-dire apostasie, par des motifs temporels, qui ont soumis leur raison à la volonté, au caprice du Pape, la ragion al talento. Dans un lieu où la raison est réduite à se taire et à suivre en aveugle, luogo d'ogni luce muto, les malheureux sont battus par la bourrasque guelfe, Imfera infernal, déchaînée contre eux par la cupidité et le fanatisme, camrari venti, dont la rapacité, rapina, les moleste sans trêve en les poussant à leur ruine, alla ruina. Lorsqu'ils la voient devant eux, imminente, terrible, ils blasphèment la Providence impériale dérivan^t de Dieu, vf'rtû divina, attendu qu'ils ont été abandonnés à la persécution par Adolphe de Nassau et par Albert V^ d'Autriche.
Ils sont comparés aux grues et aux étourneaux, parîce qu'ils ont passé du blanc au noir, et qu'ils sont, comme les Templiers et les Francs-Maçons, leurs héritiers, blancs ou noirs selon le temps, le lien et les personnes. Leur châtiment consiste à être sans cesse flagellés par l'air néfaste du catholicisme, l'aer nero^ dans ce monde tyrannisé par Satan ou le Pape, qui en est le prince, le seign^^ur uumraln (1).
(Ij H La lerre, le domaine du démon , est te lieu de puniliou , de péniieme, et les Cathare» sont conséquents à leurs principes en souienanl que la terre est le séjour des damnés , Qu*ELtE est l'ejtfer, et «|u*il n'y en a pas d*auire. *» (Monela, 881 ; Rinieri, 1778; Schmidt,II, p. W.)
Sémiramis est bien TÉglise de Rome qui conduit à leur ruine ceux qui la suivent, alla ruina; car elle îut jadis Tépouse du Christ, à qui elle a succédé et dont elle a délaissé les voies; succedette a Nino e PU sua sposa^ sa digne épouse, au temps de Pie et de Sixte, avant Sylvestre, le primo ricco padre; mais non plus au temps des Grégoire VII, des Boniface et des Clément. {Voy. Bossuet, Hist. des var.,l XI, p. ^90.) Nous rappellerons ici que TEnfant Jésus dans les bras de la Madonne s'appelle le bambino, dont Nino est une abréviation familière. ^
Dîdon, celle qui se tua ou se livra à la Mort pontificale, quoique dévouée de cœur à la loi d*Amour, s'ancise amorosa, est une église Lombarde ou Cathare, restée veuve d*un certain Sichée, connu vulgairement sous le nom d'Arnaldo de Brescia, que firent périr sur le bûcher, en 1155, les ordres impitoyables d*Adrien IV, le Pygmalion romain, frère impie, meurtrier de ses frères, par soif de Tor, auri sacra famés. La Didon Brosciane.se laissa égarer par les ma* nœuvresduCapanéeTebaldoBrissato {Enf, xiv), et se révolta contre l'empereur Henri VII. peccato carnale dont le poète lui garda rancune. La Creuse, qu'elle contristaen même temps que l'ombre de Mchée-Arnaido, est la parole évangélique délaissée par le Ptui^ou le Pape auquel elle se livra amorosa (1).
Cléopâtre, fille, femme et sœur des Ptolémées, est l'église de Sienne, personnifiée dans la Pia, parce que cette dame était de la famille des Tolomei ou des Ptolémées, et qu'elle avait épousé Nello, seigneur de la Pietra, de même que l'église de Sienne s'était donnée à Rome, Madonna Pietra, ou à son seigneur suzerain. La Cléopâtre Siennoise est lussuriosa, par allusion aux habitudes somptueuses et au luxe des Sicnnois, devenus aussi partisans des vanités catholiques, altra vanità, que les Français eux-mêmes : Fu giammai gente
(1) Eu 1:2!^, près de cent ans après le supplice d'Arnaud, il y eut à Brescia lin combat entre les Cathares et les catholiques ; ces derniers furent vaincus et phisieurs de leurs églises incendiées. (Kaynald, xiit, 323, u** 47.) I.es hérétiques de cette ville, protégés par une partie de la noblesse, étaient si puissants que, sans respect pour le clergé, ils enloui aient de vénération leur ministre Guy de Laeha, en qui beaucoup d'entre eux voyaient un successeur de saint Jean. A sa mort il put être enterré sans opposition de la part du cler^'é catliolique et sa mémoire resta en honneur dans la ville. Fn 1233 seulement, l'inquisition le fit exhumer et brù'cr. (Bzo\ius, 407, i»" 11.) Ainsi point de doute touchant l'existence d'une église dissidente à Krescia. [roy. pour les églises suivanlirs, Reincrus, tS'/m/na, 1767.)
si vana corne la Sanese? (Enf. xxfx.) Noos avons là tout le procédé des personDificatioas dantesques par analogie de noms.
Dans THélène pour laquelle se prolongèrent des temps si déplorables, comment méconnaître cette beauté Parfaite devant laquelle les vieillards eux-mêmes étaient en admiration, conmie jadis ceux de Troie; pour qui déliraient jusqu'à Tâge de quatre-vingts ans tant de fidèles d*Amour ? Faut-il donc vous dire que cette Hélène n'est autre que Téglise de Toulouse, qui se métamorphosera en Judith à la fin du poëme, Téglise de Toulouse, per cuitanto tempo reo sivolse, par le fait du capo reo et de la Rhéa romaine, sa rea sposa, quoi qu'en dise le philol(^ue genevois, très-fort sur l'orthographe grecque, mais qui n'entend rien à l'orthographe italienne? Le chevalier Paris, ravisseur adultère de l'Hélène languedocienne, aurait donc eu . pour nom, Simon de Montfort. On sait que lui aussi finit par périr misérablement en laissant échapper sa belle conquête.
Le grand Achille est l'empereur Frédéric II qui, après avoir sévi contre l'hérésie sous la pression d'Innocent III, son Ghiron, finit par prendre la défense de la foi dissidente, de celle qui devint sa dame, Madonna, dont il se fit le champion et combatit les ennemis, de concert avec les fidèles d'Amour, con amore al fine combaited.
Combien Tristan, le chevalier Parfait, nous apparaît différent de l'orgueilleux Paris, .Simon de Montfort, le favori de Vénus Pandemos ou de la prostituée I Fidèle amant de la belle Essylt, Iseull, ou Isotta, la petite Isis Albigeoise, l'humble Griselidis de Boccace, dont Pétrarque faisait tant de cas, Tristan est tout bonnement, son nom aurait dû le trahir depuis longtemps, le représentant des Pauvres de Lyon, de cette église de Lyon, fondue plus tard avec celle de Toulouse, à qui Montfort fit passer de si tristes jours. Le bourreau est ainsi placé près de la victime.
Dans Tristan de Léonais ou du Lyonnais reconnaissez de plus le très- proche parent du Pauvre Guérin, ou Guerino Meschtno, dont les aventures eurent, vers cette époque, tant de succès en Italie (1). Une fois convaincus que ces deux Pauvres chevaliers ne sont autres que des Leonisti seu pauperes Lugdum, comme les appelle le F. Rinieri, essayez un peu d'employer notre méthode d'interprétation, qui consiste tout bonnement à étudier l'histoire contemporaine et à rechercher le sens des mots, il vous sera facile alors d'appliquer leur vé'
(i) u La ville de Lyon se nommaul alors Leonaen latin, on appela les Yaudois * Uonistes ou Violâtes, » (Bossuet, Hist, des Far, p, 254. Foy, l'Appendice IL)
riuUe nom ani pinonnages qui figurent dans les romans dont ces chevaliers sont les héros, comme aussi dans bien d'antres. Yons invkeres alors les éradits Si étudier d*nn autre point de Tue les ouvrages ipi'ils commentent, en n*y cherchant que le sens littéral (1).
Ooute-t-on encore que toutes ces figures mythologiques ou chevaleresques représentent dans le poëme des confraternités religieuses? Qu'on se reporte au xxxn* chant du Paradis. Qu'y voil-on en regard des Didon, des Hélène, des Cléopfttre, apostates par faiblesse et devenues dans l'enfer terrestre de véritables payennes, par leur retour à ridolâtrie catholique? Vous y voyez les églises restées, en totalité ou eu partie, fidèles à la religion de l'amour, à savoir : l'Eve florentine, kl Rachel gnostique, la Sara piémontaise, la Rebeeca lyonnaise, la Judith languedocienne, la Ruth ferraraise, la syrienne Anne, savon- , raut les joies du ciel en récompense d'une foi inébranlable \ toutes Israélites, remarquez -le, sans la moindre petite sainte romaine, pour leur Caire pendant ; puisque Lucie elle-même, la vierge sicilienne, en ne la considérant pas comme purement symbolique, personnifierait l'église de Syracuse, dont la constitution remonterait à Frédéric H. Criminelles aux yeux du poëte, les unes sont poussées à leur ruine par la romaine Semiramis, la prostituée de fiabylone, l'épouse infidèle du Christ; les autres s'enivrent de bonheur en contemplant les perfections de la lombarde Marie, l'église immaculée de Mantone, la mère du rédempteur de l'Italie. Ainsi correspondance parfaite entre la fin et le commencement du poëme. Ainsi contrôlées l'une par l'autre, il semble que l'interprétation du ch. v de Y Enfer et celle du xxxiP du Paradis, arrivent, en se prêtant un mutuel appui, à un degré d'évidence qui laisse peu de prise au doute. Mais poursuivons.
Les ombres gémissantes, ch' amor di nostra tiia dipartiUe, représentent ceux, en si grand nombre, qui cédèrent à la crainte, à la violence ou à l'intérêt; ceux que l'amour des biens temporels, l'amour naauvais, coaune l'appelle Dante , cdui qui peuple son Enfer, fit
(1) Engagez-les à repasser attentivement tout ce qui a été écrit en langue //• mosinc ; non pas dans la langue des Limousins, mais dans celle des Proven^ux, cet idiome des Pauvres de Lyun, langage de Taumône, iimosina. Ils coniprendront alors que les Papes avaMot de puissantes raisons pour vouloir anéantir et dans se» mosunenty écrits et dans soo usage journalier ce truchement de l'hérésie ; de même que Clémence Isaure, issuc^ croit-on , des- comtes de Toulouse, eu eut d'excellentes pour ressusciter, vers 1490 ^ sous le nom de Jeux Floraux ^ un établisseaieDt signalé, an zui« siècle, sous le nom de CoiUge de h Gaie science. Bon ttng Bt peut nentir. (F'of, TAppendice III.)
BÉMONTRÉE. 11
. s'élmgoer de leurs frères et reaoncer à la ne des Pfffiiks, se sépsrer d'eux, di nostra vita.
Après avoir entendu VirgHe ou de Yirgilio, loi désigaer par leur nom de conTention les aDcieones églises sectaires, Tandt^ses ou ea^ tbarest leurs féaux chamiMOBs et leurs persi^cutenrs fél«as, nrnnàr le donne entiche e i cavallieri, ces daoïes et ces chevaliers que T Ariost» devait chanter après lui dans son RoUxnd furieux (1), Dante s'en-» quiert de deux ombres, que la bourrasque guelfe n'a ))as grand'peine à emporter, si paion ai vento leggierC Certain que ce sont des <x)f^ ligioDuaires, des croyants de la religion d'amour, si diff^ente de la religion de haine des Papes, puisque amor U mena, il les prie de venir lui {)arler, ta cela ne peut nuire à la cause impériale, à son cher AjTÎgo Lucemb. Templaro, Re, Imperatore, qui est ainsi Vautre, et non pas Dieu, s'A.L.T.R.I. noi niega, A son appel affectueux, a)fèr<^ tuoso grido (comment n'aurait-il pas été toute tendresse pour des frères malheureux ?) , les deux âmes souffrantes viennent à lui, comme des colombes, oiseaux de l'amour, et symboles de résurrection, ayant bon vouloir de rentrer au doux nid ou au tempte de Rimini, al dolce rudo dai voler portât.
L'une d'elles prend la parole ; mais, remarquez-le, eUe s'exprime le plus souvent au pluriel, comme peut le faire un être collectif : Nei che iignemmo 'l mondo di sanguigno,... noi pregheremmo.., tun udiremo e parlerenio a vui.,. et |)ourtant elle est seule à parler. Elle s'adresse au poëte en rappelant animal grazioso e benigno, pour indiquer que son âme, à la différence de celle des brutes catholiques, est illuminée par la grâce et amoureuse du bien, de B«£N. , c'est-àdire de Béatrice et d'Ënrico. Elle lui déclare que si le oMuarque universel, l'Empereur, lui était favorable, amico, elle prierait dévotement L.YI, le Luxembourgeois VP du nom d'fleâri, de lui faire obtenir le triomphe de sa religion d'amour et de paix, per la tua PAGE. Elle ne lui dJcline pas son nom de Francesca, c'est-à-dire la Française, la Yaudoise, non plus que celui de son fidèle Polo, cou^ traction de Popoio, elle s'en fie pour cela ^ son intelligence. Hais eUr lui aj^reud qu'elle est native des bords de l'Adriatique, où RavemH avait en effet son église Yaudoise (Rinieri), constituée sous les auspices de Guido de Polenta, près duquel Dante finit ses jours dans l'exercice de son apostolat; sur cette plage oix le Pô, dont on se rap-
(1) Le donne f i cavallier^ i'^uw^ gU amori
Le corlesie, l'attdavi imprese^ ïo Canto^^ eic:
pelle que l'hérésie a suivi le cours (Enf, xx et Par. xv) depuis] la vallée d'Agrogna jusqu'à Mantoue, puis jusqu'à Ferrare, va se jeter dans la mer, afin d'obteoir la paix pour lui-même et pour les pau* Très Yaudois qui ont suivi son cours, pei- aver pace co' suoi SEQUACI.
La religion d'amour pour laquelle s'enflamment facilement les nobles cœurs, qui les anoblit même encore {Conoito iv), amor çh' , a gentil cor ratto s'apprehde, fit que le bon peuple de Rimini s'éprit de la belle enveloppe ou du beau Temple, délia bella persona che mi fu tolta, dont fut expulsée, par trahison et violence sanguinaire, la belle confraternité vaudoise. (Innoc. III, Epist., 1. vu, ep. 37; Le. II, II, 473.) Manière d'agir toute guelfe, dont gémit encore la pauvre Française, e H modo ancor m'offende, attendu que les Malatesta continuent de la traiter très-brutalement dans ceux de ses membres qu'ils peuvent atteindre (1). L'amour, par une juste réciprocité, cA'a millo amato amar perdona, me fit aimer mon fidèle peuple de Rimini (Polo) ; aussi, ne m'abandonne- 1- il pas dans les tribulations que Rome me fait subir, ancar non m'abandona. La religion d'amour nous a valu la mort au même moment, l'Église et ses membres ne faisant qu'un, amor condusse noi ad una morte; Caîne, séjour des Guelfes, des apostats, des traîtres envers leurs anciens frères, attend le boiteux Gianciotto Malatesta, l'un de ces dogues de Yerrucchio, dont les crocs ne cessent de se tremper dans le sang vaudoi^, fan de' demi succhio (Enf. xxYii), tyran farouche, qui s'est montré aussi impitoyable envers l'église sectaire qu'il l'avait été envers les deux amants, dont l'un était son propre frère.
Dante est profondément afiligé du désastre de l'église de Rimini et il s'écrie : Combien de douces pensées de paix et de charité évangélique, combien d'espérances d'un meilleur avenir, quanti dolci pensier, quanto disio, nourrissaient nos frères! Et voilà pourtant ce qui ^ur a valu un traitement si cruel, mena costoro al dàloroso passai Puiss'adressant à l'église persécutée : Fille des vallées, pauvre Française abreuvée de douleurs et d'angoisses, humble église éprouvée si cruellement, tes martyrs m'inspirent la plus profonde pitié et me réduisent, quelque tristesse que j'en éprouve, à feindre l'orthodoxie, Francesca, i tuoi martiri a lagrimar (papiser)* mi fanno tristo e pio
(1) a Les Cathares de Rimini entretenaient encore , en 1^7 , des relations avec ceux des villes lombardes. (Muratori, Ântiq. Ital, V, 131.) Il y eut même en celte viUe une rue qui porta longtemps le nom de rue des Patérins, » (Krone, 21 , note 5. Scbmidt, Hisi. des Cath, J, p. 177«)
(suivant de madonna Pietà). Mais dis-moi, au temps où tu étais timidement désirée par les nobles cœurs de Rimiiii, al tempo dei dotcisospiri, comment leurs dispositions craintives à embrasser la religion de l'amour, idubbiosi désir i, se manifestèrent-elles pour toi?
Si tu désires connaître le premier germe de notre amour, la prima radice delnostro amore, je ferai comme une pauvre Yaudoise obligée d'afficher Torthodoxie, corne colui che piange e dice. Tu sais que notre propagande se fait à l'aide des poèmes et des romans sectaires des Provençaux. Or donc, un jour que nous nous délections à une prédication (Lettura, instructÎQp), dont le texte était pris du roman albigeois de Lancelot, où ce chevalier du Saint-Graal embrasse la religion de l'amour, amor lo stringe (le texte original est perdu), nous n'avions pas de profanes avec nous et nous ne soupçonnions pas qu'on nous épiât, soit eravamo e sema sospetto; plus d'une fois cette lecture, quella lettura, cet enseignement (en anglais lecture, et instruction chez les Maçons français), attira notre attention, gli occhi ci sospinse, et, en même temps, ne laissa pas que de nous effrayer, scolorocci 'l viso; mais un passage du livre triompha de nos hésitations, un punto fu che ci vinse: quand nous lûmes que Famant delà foi réduite à végéter au fond des bois, d'où son nom de Genièvre, lui dounsiiiVosculumfraternitatisei recevait d'elle, en échange, le consolamentum : mot à mot : baisait son sourire ou adorait sçs persuasions {Convito)y ildisiato riso esser bacciato da cotanto amante. Alors ce peuple de Rimini, personnage collectif, cotanto amante, qui, malgré notre désastre et le déguisement auquel nous sommes réduits, ne se séparera jamais de moi, restera fidèle à sa foi, me baisa de môme |a bouche, m'adora et reçut de moi le consolement, tout en tremblant d'avoir à compter avec Rome, la bocca mi baccià tutto tremanic. Il me donna le baiser de paix, d'adorare, (d'où, B.EN. adoré (Purg. v), rendant par là hommage à ma seconde beauté, comme tu le dis de !a bouche de Béatrice. Le livre sectaire fut ainsi notre entremetteur, et aussi Arnaud Daniel, ce galeotto, ce vaurien albigeois qui l'écrivit (Tasse). Nous i^eûmes pas besoin d'en entendre davantage. Notre conversion à la religion de l'amour étant désormais un fait accompli, Quel giorno piii nonvi leggemmo avante. {Voy. l'Appendice IV.)
Tandis que s'exprimait ainsi l'église vaudoise de Rimini, son peuple fidèle faisait mine d'orthodoxie, piangeva , et comme il était ami d'A.L.T.R.0. (Arrigo, Lucemb. Templaro, Re ottimo), j'en fus appitoyé et effrayé tout à la fois, au point de faire comme lui, en feignant d'adorer dame Piété et de me montrer bien moins Yaudois
que je n'étais, io venni meno; je tombai même jusqu'à affecter leg dehors du catholicisme , caddi corne corpo marto code.
Nous n'ajouterons rien à cette interprétation qui se réduit à une traduction presque littérale.
De même que Fraucesca, la Pia des Tolomei, la pauvre dévote du Purgatoire, chant y, personnifie une communauté sectaire ; elle est l'église de Sienne, trahie par un pasteur apostat, qui l'avait épousée avec l'anneau rituel, innaneUata pna, disposando, m'avea con lama gemma. Église dont les membres, réduits à se disperser, se réfugièrent dans la Maremme , où ils fur^t moissonnés pour la plupart par la misère et par l'insalubrité de l'air, Sienna mi fe : disfecemi Maremma; or nous ne serions nullement surpris quand ce pasteur apostat n'aurait été autre que i'évêque de Sienne, qui, sur k dénonciation d'Albert, livra au bûcher le pauvre Griffolino d'Arezzo, pour tentative d'embauchage, c'est-à-dire, pour avoir tenté d'initier à l'art royal, voile ch'io glimostrassi Carte, celui qu'il appelait son fils, che Cavea per figliuolo. (Voy, Enf., xxix, note 20.)
Ainsi, par la toute-puissance du génie, deux aventures véritables ont été si habilement détournées de la réalité, pour servir de yoUe symbolique à des faits non moins réels, que la fiction a étouffé la catastrophe historique sur laquelle se concentrait tout l'intérêt du poêt». Qui se doute aujourd'hui des persécutions endurées par les Vaudc^ dans Rimini et dans Sienne, lorsqu'il n'est personne qui ne se aoU attendri sur la triste fin des deux amants et sur celle de la Fia? £b bien , ces deux tragiques avenlures contribuèrent sans dout^ puissamment, en ces temps de persécutions et de prosélytisme, à recruter de nombreux croyants à l'église proscrile. sancta poesia, mais aussi sancta simpUciiasl
Ce double épisode, dont la signification ne saurait plus guère laisser d'incertitude , fait naître un doute dans mon esprit, comme dit Dante, et j'espère que ce doute me vaudra quelque faveur de la part de ceux dont l'âme poétique ne renoncerait pas sans regret à la gracieuse réalité de deux jeunes femmes dont le non s'est perpétué glorieux d'âge en âge, Béatrice et Laure. S'il est désormais démontré que l'immortel auteur de la Comédie a trouvé moyen de ramener à l'état de figures et de créations symboliques des personnages dont Texistence est historiquement prouvée, que d'individualités réelles il a fait des êtres collectifs, à raison de certains rapports de nom, de même qu'il a déguisé sous des noms mythologiques des pei*sonnages contemporains ou appartenant au siècle précédent, nous pourrions
bien avoir été trop loin en reléguant absolument Béatrice et Tamante de Pétrarque an rang des pnres fictions. Nous serions donc assez disposé à admettre que Dante, gardant un tendre souvenir d*une jeune fille, objet d'un premier amour, se serait complu à en faire le personnage capital de son poëme et la personnification de sa foi, d'au* tant plus que les noms jouent, comme on l'a vu, un grand rôle dans la symbolique dantesque, et que celui de Béatrice avait en lui-même nnc signification en parfait rapport avec le sujet. Nous en dirons autant pour Pétrarque et Laure. Mais qu'on ne nous en demande pas davantage, nous ne saurions aller au delà de cette concession.
On ne comprend peut-être pas bien encore comment un roman du Saint-Graal , celui de Lancelot par exemple, dont nous n'avons plus que des imitations paraphrasées, celui de Tristan, ou la fin tragique de Francesca et de la Pia, pouvaient venir en aide au prosélytisme vaudois; ni pourquoi ce prosélytisme procédait par figures et mots à double entente, à la manière de Giiffolino d'Arezzo.
Afin donc de donner une idée de la manière dont se faisait cette propagande, des précautions dont s'entouraient les missionnaires apostoliques et des figures employées par eux, pour sonder les dispositions de ceux qu'ils espéraient convertir, nous transcrivons en note tout un chapitre du F. Rinierl, qui peut paraître assez curieux à connaître (1). Passages de l'Écriture, trésors ou secrets merveilleux
(1) Quomodo se 'ingérant famUîarUati magnorum,
HaËretiri callide student qiialiter se ingérant faroiliarilati nobilium et magnornm. El hoc faciunl hoc modo :
Ah'qiias merces gratas, ut annulos et pepla Dominis et Domiiiabus exhibent ad emendiim. Quibtis vendilis, si homines quserant ab eo: Habes plures ad vendendum ? Respondet : Habeo preliosiores gemmas, quam sunt istœ ; bas vobis darem,si faceretis me sicurnm, quod non proderetis me clericis. Securilate itaque accepta, dicil : Halieo genmam adeo fulgentem ^ quod homo per eam cognoscit Deum. Aliam (habeoj quœ tantum rutilât , quod amorem Dei accendît in corde habentis eam, cl sic de cœleris ; gemmas dicit metaphorice, (La pierre de l*anneau cTAngélique est de cette famiUe.) Postea récitât sibi aliquod devotum capitulura. Ut est id Lucae : Missus est angélus Gabriel^ etc. Vel de sermone Domini, Joann. xiii : Ante diem festum, etc. Cum igitur inceperit auditori placere, tum snbdit capilulum Matth. xxiii : Super cathedram Mofsi, etc. P'œ vobis ^ qtùtulistis clavem scientiœ } ipsî non intraùst et cœteros intrare profiibetis, El illud Marçi: Fœ vobis, qui dévorai is domos viduarum^ et quœ sequunl. Quœsitus autem ab auditore, de quo istœ imprecationes intelligantur, respondel de Clericis et religiosis.
Post, haereticus facit comparationem status Ecclesiœ Romanae ad slatum ipsorum, sic Uicens : Doctores Romanae Ecclesi» sunt fastuosi in vestibns et moribus,
16 l'hérésie de dàmte
annoncés avec mystère, poésies amoureuses ou récits chevaleresques piquant vivement la curiosité et amenant des explications plus ou moins étendues^ selon la disposition manifestée par les auditeurs, allusions agressives contre les désordres du clergé, citations de l'Écrilure sainte, tout était mis en œuvre pour recruter mystérieusement des croyants à la religion de i*amour; en luttant pied à pied contre la religion de haine et ses ministres tout puissants. Mais ces missionnaires, constamment sur la brèche, où ils affrontaient des périls incessants, avaient la foi qui enfante des prodiges, et c'est à cette foi enthousiaste que nous devons des chefs-d'œuvre, comme la Comédie, les poésies de Pétrarque, le Roland, la Jérusalem, etc.
Ecoutez maintenant Bossuet vous disant, d*après Pilichdorff (c. x, p. 280) : « Ils n'allaient point comme un saint Bernard, comme un
Matlh. xxiii : Amant primûs recubi tus et vocari appetuntabhominibus Rabbi : Rabioos vero. laies non quaerimus. Item ipsi sunt incontinentes ; sed unus qiiisque nostrum uxcrem suant haltet et ciim ea caste vivit. Item, sunt divites et avari^ quibus dicitiir : Fœ vobls tlivitibus qui Itabetis hic consolalionem vestram! Ilem, sunt volaptuosi^ quibus dicitur : F^œ vobis^ qui tjlevoratis domos viduarum^ etc.! Nos vero utcuniqiie sustentamur. Item, ipsi pngnant et beila inducunt et mandant occidi et incendi pauperes ; quibus dicitur : Omnis qui acceperit gladium, giadio peribit. Nos vero ab eis persecutionem patimur propter justitiam. Ilem, corne dunt panem ociosum, nibil opérantes. Nos vero manibus operam-ir. Item, ipsi voluntesse doclores soli ; quibus dicitur Matth. xxiii : Fœ vobis^ quilulistis clavem scientia! Apud nos vero tam feminœ quam viri docent (c'est pourquoi les femmes vaudoises de Florence devisaient si bien de Troie, dfi Rome et de Fiesole) et discipulus stptem dierum docrt alinm. Ilem, rarus est doctor, iuler eos, qui tria capilula coiitinuata Novi Testnnienii lilteraliler sciât corde. Apud nos vero rarus est vir vel femina qui textum non sciât volgariter recitare. El quia vctam fidrm Cliristi /tabemuSy et sanclam vilani et doctrinam , docemus omnes nos ; ideo srri/fœ tX. phansœ'i gratis perseq iintnr nos ad morleni, ut Cbnstum.
Prœterea i|Ksi tantum dicunt et non/aciunt, et alligant onera gravia in bumeros bominum, sed digito suo liœn non movent, Nos vero omnia facimus quœ docemus. Item, plus cogunt servari iraditiones hominum quam Dei mandata, ut jejunia^ ffSta, ire ad Ecc/esiam, et niulta alla, qux sunt bominum instituta. Nos vero lantum doctrinam Christi servare suademus et apostolorum. Item, ipsi pœnilentes onerani pœiiis gravissimis, quas nec digi'o movent. Nos vero, exemple Cbristi, dicimus pcccal- ri : f^ade viam, et niupUus nolipeccare. Et ei per manus imposilionem (ta consolation) omnia peccata re-axamus, et animas transmittimus in morte ad cœlum. Ipsi axilcm f ère omnes atd mas transférant ad infcrnum.
Uis et aliis propositis , dicit haerelicus : Pcusate quis status sit perfeotior et que fides, noslra vel Ecclesia Romana? et illam eligite. El sic a fiJe catbolica snbverlitur , per errores eorum aversus. Et sic credens ipsorum et receptator et fautor et defensor, et per pUires menses ipsum occultans, in domo discit de secta ipsorum. Reinerus. {Cont, Jfaldenses, Clap, viii, p. 273.)
saiot François, attaquer, au milieu du monde, les impudiques, les usuriers et les autres pécheurs publics, pour tâcher de les convertir. (Gomment l'auraient-ils fait -si la prédication leur était interdite sous peine du feu ?) Ceux-ci, au contraire, s*il y avait dans les villes ou dans les campagnes des gens retirés et paisibles, c'était dans leurs maisons qu'ils s'introduisaient avec leur simplicité apparente. A peine osaient-ils élever la voix, tant ils étaient doux. Mais les mauvais prêtrès et les mauvais moines étaient mis aussitôt sur le tapis ; une satire subtile et impitoyable prenait la forme du zèle; les bonnes gens qui les écoutaient étaient pris; et, transportés de ce zèle amer, ils s'imaginaient devenir encore plus gens de bien en devenant hérétiques. Ainsi tout se corrompait. Les uns étaient entraînés dans le vice par tes grands scandales qui paraissaient dans le monde de tous cotés. Le Démon prenait les simples d'une autre manière, et, par une fausse horreur des méchants^ il les aliénait de l'Église, ok l'on en voyait tous les jours croître le nombre. » (HisL des Var., p. 585).
Voulez -vous des renseignements plus précis, plus déuillés? M. Schmidi va vous les fournir : « Rien n'^alait chez eux (chez les Parfaits ou pasteurs évangéliques) l'enthousiasme pour leur église, la force de leur conviction, leur zèle pour la propagation de leur foi. Ils s'exposaient à tous les dangers, ils traversaient, comme disent quelques auteurs, les pays et les mers, dans l'espoir de convertir une âme à leur secte. (Eckbertus, 899; Lucas Tud. préf. Humbert de Romam's, tiUl), Tantôt ils voyageaient comme pèlerins, tantôt ils se faisaient recevoir comme ouvriers dans les nombreux ateliers de tisserands du Midi ou delà Flandre; tantôt ils parcouraient les pays comme marchands, s'arrêtant dans les lieux où se tenaient les grandes foires du moyen âge, s'y mêlant aux vendeurs et aux acheteurs, et saisissant toutes les occasions pour entamer des conversations religieuses (1152, Fasti Corbiensesy 77. Innocentii III, Epist. L X, ep, 206, Baluze, II, 125. Lettre d'Yves de Narb. ap. Matth., Paris, 413.)
« Quand il s'agissait de faire des prosélytes, leur prudence égalait leur zèle; avant de s'adresser eux-mêmes à ceux qu'ils voulaient gagner, ils envoyaient auprès d'eux des croyants, pour exciter leurs désirs spirituels, ou bien aussi leur simple curiosité. Tantôt c'est un croyant, accompagné d'un Parfait, qui entre chez un ami pour lui demander l'hospitalité pour la nuit ; le croyant commence par parler de la nécessité du salut et de la diflBculté d'y parvenir ; le soir, le Parfait vient s'asseoir au foyer avec les habitants de la maison, et leur
18 l'hérésie m bante
^ tonande s'ils Tentent entendre « qnelqaes bonnes paroles t » il psrte alors d'une manière excellente de Dieu et de l'Evangile. » Etonnés et cuHeoi, les assistants vont engager leurs amis et leurs voisins à se joindre è eut, pour entendre les discours de cet homme ) quand même ils apprennent finalement qu'il est un hérétique, ils le vénè* rent néanmoins comme « un bon chrétien, » comme un « ami de Dieu, » et le prient de continuer ses instructions, (i 309. Liber seru. inquis. Tolos. 23. Berlhold's Pr^rfi^feii, 307. ) Tantôt lin croyant, conversant avec un ami, l'exhorte à songer au salut de son âme^ et I se rendre à Dieu. L'ami demande : « Comment iepourrai-je faire î » et le croyant répond : « Si tu veux m'en croire, tu le pourras bies ) tu sais que Jésus-Christ a souffert la persécution pour nous ; si donc nous voulons être sauvés, il faut que nous le soyons par ceux qui sont persécutés comme lui et à cause de lui. » L'ami demande queb sont ces hommes, et on le conduit dans une réunion oô il voit avec quel respect on écoute les discours et on reçoit la bénédiction ém Bonshommes; il vient les visiter plus souvent et finit par s'attacher à leur foi. » (Arch. de l'inq. deCarc. 1305. Doat. xxxix, f<'9/^('etsulv.)
« Souvent aussi, suivant un adversaire de la secte, on commence pat esceiter chez les pauvres l'aversion pour un cierge comblé de richesêeê et ne se souciant pas de la misère du peuple. On leur dit qu'à l'exemple de l'Église primitive, aucun chrétien ne devrait être ni plus riche ni plus pauvre que l'autre, et que le vrai christianisme n'est quelàok la communauté des biens est établie, pour l'association des Parfaits, et où, tous ensemble, les Parfaits comme les croyants, se réunissent pour soulager les infortunes de ceux qui n'ont rien, a Veux-tu donc sortir de ton état misérable^ viens à nous, nous aurons soin de loi, tu n'auras plus à lutter contre l'injustice du sort (Joachim, in ApocaL, fM3 1«.)
« L'instruction que les Parfaits donnaient \ ceux qui s'étaient réunit pour les entendre, commençait d'ordinaire par les doctrines pratiques, par ce qui se rapporte aux devoirs de la vie. A cela se ratta* chait Renseignement anti-catholique sur les vices du clergé et sur le joug sous lequel il tenait le peuple, sur les doctrines qui répugnaient au sens commun ou qtiton taxait d'idolâtrie , comme la transsubstan" tiation et la vénération des images. Ce n'est qu'après avoir ainsi disposé les fimes, qu'ils disaient que V Écriture sainte a tm sens qu'en» seuls pouvaient expliquer et qtfils abordaient C enseignement sur U partie màaphysique et théologique de leur système. Ils temMaaienC en persuadant è leurs àudltmirs que f Eglise de Rûme n^est pas là
vraie, et que pour être t boo i^récien, Bonhonme, » et pour arriver à une « bonne fin, » il falint entrer dans TégHse cathare, aenle ëépositaire de la vérité et des moyens de salut. • (Actes de l'Inq. , pasêitiu)
ir On raconte aussi que maintes fois, après atoir attiré des eitholiques dans leurs réunions, ils étabUssaieiH entre eat-mémes des controrerses sur les dogmes de l'Eglise et sur oeut de la secte ; l'un d'eux se chargeait du rôle d'attaquer Thérésie, et finissait par s'afouer vaincu par son adversaire, afin de faire croire aux catholiques présents que les arguments cathares étaient irrésistibles. (Lucas Tudeu* m; 161.) Sur les hommes lettres, on agissait par des éeriis, qui exposaient le système dualiste et combattaient le catholicisme. Çà et là on déposait sur les bords des grandes routes, ou au milieu des forêts, des traités contenant les doctrines cathares, rttêtues de quelques formes orthodoxes ; les pitres ou les chasseurs qui les trou? aiettC les apportaient aux prêtres, et beaucoup de ceux-d se laissaient, ft leur insu, séduire à l'erreur. (Lucas Tudensisrl^^O On composait même des chansons hérétiques^ que l'on enseignait aux enfants, qui les chantaient dans Us rues, pour exciter l'attentioR do pevple. » (Berthoid, 308. Schmidt, Hist. des Cath. ou Albigeois, ii, 159 et sttiv.)
Qu'on se rappelle tant de eanzoni amoureuses, inintelligibles OQ du moins incomprises aujourd'hui, composées par Dante, Cavalcanli, Gino de Pistoia, Pétrarque et bien d'autres; compoMtioflS alors popvlaîres; comme aussi la Comédie, dont les vers étalent dans la mémoire de simples artisans, et de gens de la dernière classe, que TOtt commentait cent ans après dans les Églises; les strophes de TArioste et do Tasse, chantées par les gondoKers de Venise, oÉ Thérésie avait à peu près ses coudées franches; la seigneurie s'y étant constamment reifusée à l'établissement d'un tribunal inqiiisttorial composé de OMi nés. (Sarpi, Hist. dell* inq. in Venezia. Limborch, 03 et suiv.)
Ceux qui, après avoir lu attentivement cette {«mgue citation, d riebe en précieuses révélations, en feront leur profit posr apprécier certains (aits connus de la vie de Dante, ses voyages dans presque toutes les inities de l'Italie, en France, en Angleterre même, dit-on, sa profession, au moins officielle, de médecin, sa vaMe érudition, surtout comme théologien; pour bien étudier ensuite sa manière de procéder dans la Comédie, les questions religieuses qu'il y soûlèfe, les controverses qu'il y fait engager, et surtout ce qu'elles ont d'illogicpie en apparence dans leurs conclusions; ceux-là pourront dlffictleineol oaéoonmtoe en lui i'ap6tre eiMboosiatie de l'hérésie, son mMon^
naire, son poète et son docteur, en même temps que son diplomate et son homme d*État. Il leur faudra reconnaître alors que la Comédie, ce poème encyclopédique, où se trouye résumé tout ce que Thumanité avait amassé de savoir au moyen âge, a été composé par lui tout à la fois comme machine de guerre et comme moyen de recrutement, afin que, répandue et prônée par les croyants, commentée par les Parfaits, elle eût à devenir, comme les compositions eu vers et en prose qui Tavaient précédée, versi d'anwre e prose di romami, une arme d'autant plus redoutable qu'elle frapperait dans Tombre; une sauvegarde pour les propagateurs de la religion d'amour, enfin un appât pour lafoule attirée vers eux par les prestiges d'une poésie sans rivale et par une avide curiosité.
Tels étaient les moyens en usage dans l'église sectaire pour recru* ter ses rangs en bravant la persécution, les anathèmes et les bourreaux. .C'est ainsi que les troubadours étaient devenus pour elle des auxiliaires si puissants et si dévoués. C'est ainsi que Dante fut amené à composer son poëme dans un système tel qu'il pût suppléer et continuer leur propagande religieuse, au moins en Italie. Mais pourquoi, demande-t-on, écrire dans un langage accessible seulement à un petit nombre d'initiés? Précisément afin d'exciter la curiosité par l'étrangeté des images, par la vivacité des couleurs, par la magnificence de la poésie, de donner l'éveil au sentiment religieux par des controverses sophistiques à double face, et de préparer un accueil favorable à ceux-là qui se présenteraient dans les villes et les châteaux porteurs du précieux manuscrit, en se déclarant aptes à en expliquer les figures et le sens interne. Le poème sacré, poema sacro, fut indubitablement destiné par son auteur à remplacer « l'exemplaire du Nouveau Testament, qui jamais ne quittait les Parfaits et qu'ils portaient sous leur manteau dans une bourse de cuir. (Schmidt, ii, 95.) Ce livre, en temps de persécution, était contre eux un témoignage accusateur» Mais comment incriminer, soupçonner même la très-orthodoxe Go« médie, composée sous l'inspiration de la très-sainte et très-humble Béatrice, si remplie de dévotion pour Marie, qu'elle eut toujours en grande vénération. (FiYanot^a.) Catond'Utique, lui-même, à la porte du Purgatoire, était admis, sous une si bonne garantie, comme un saint catholique.
Représentez-vous un de ces ministres vaudois désignés par le nom de Parfaits, introduit au foyer de quelque famille de la riche bourgeoisie ou de la noblesse, déployant les pages du poème divin et commençant la lecture des passages qu'il suppose les plus propres h
faire impression sur ses hôtes, étudiant sur chacun d'eux l'effet qu'ils produisent, les réflexions qu'ils suggèrent, et réglant en conséquence les développements à donner à sa ^ose. Vous pourrez tous faire alors une idée de ce qui se passa au commencement du xiv*" siècle lors de l'apparition de la Comédie. Vous comprendrez comment surgirent de tous côtés tant de commentateurs, fort habiles à noyer le sens intime sous la lettre , dans leurs annotations manuscrites, dont beaucoup ont survécu ; mais réservant pour des conférences secrètes, pour les veillées du manoir, les explications orales, qui encore n'étaient données que peu à peu, et à mesure que l'initiateur acquérait plus de confiance dans la discrétion de l'initié. Vous comprendrez alors l'intérêt qui, dès le début, s'attache au poème, Taltention générale qu'il excite, l'admiration dont il devient l'objet, au point de rentrer en triomphe dans Florence, pour y être commenté par Boccace en pleine Église catholique. Or que faitBoccace? Fidèle aux us de ses coreligionnaires, il lit en public un docte commentaire, dont il nous est resté partie, il s'y étend longuement sur ce que chacun sait, sans jamais s'écarter de la lettre ; mais il connaît ses auditeurs, il a remarqué leurs impressions, entendu les réflexions de chacun d'eux; il a pu faire son choix dans le nombre, et il sait à coup sûr ceux avec lesquels il peut s'ouvrir plus ou moins, dans des entre- • • tiens secrets, sur l'esprit et le but d'un poème dont il a, comme Pétrarque, Tintelligence au plus haut degré; car il est certain que ceux^ là ne le trahiront pas. Peut-être même à cette époque, où Talbigéisme ayant cessé d'être redoutable à ses yeux, Rome avait pris le parti de croire; à l'orthodoxie de l'Alighieri, celui qui se serait avisé de révéler la nature sectaire du poème aurait-il payé cher sa ifahison et subi lui même, comme hérétique, le châtiment qu'il aurait cru faire tomber sur d'autres. Voilà comment Rome aurait contribué pour sa part à épaissir les voiles dont l'auteur florentin avait enveloppé sa création, comment elle aurait aidé Béatrice à passer aux yeux de la foule pour la personnification de la théologie catholique, Francesca de Rimini et la Pia, pour^de tristes victimes de l'amour et d'une jalousie barbare.
Nous pensions pouvoir à l'occasion de cet Episode des deux amants de Rimini, dont le Roman de Lancelot semblerait avoir amené la sanglante catastrophe, pouvoir traiter avec quelque développement la c|ue8tion des Romans de chevalerie, qui, pour nous, ont été inspirés par le même esprit d'opposition à l'Église romaine; mais l'aitentiou doit être fatiguée par un commentaire déjà bien long, et cela nous
tS l'hérésie de DANTE
Bèoerait trop lotn, à la fin d'on tra?ail qu'il n'a pas tenu à noos d'abr^F.
En ce qui eoDcenae parUadièrement ceax da Saint-Graal, M. H* Martin a très-judicieoseiBent signalé leur origine et l'élément kini«riqae qui y domine ; quant à Tesprit albigeois qui leur a donné la forme et qui fut, pour parler comme Dante, leur vtrtù informcuwa^ il. a échappé à son babile et judicieuse critique. Sans faire remonter jusqu'en 720 l'ancien livre intitulé : De rege Arthuro et rébus gestù ejui. De Mema rotunda et strenuù equitibus, par un auteur anonyme, dont Piits fait mention sous le nom de\*Hermite breton {Hist. of English poetry, /, p. X, note 6), nous croyons pouvoir affirmer qu*il a eu la même origine que les romans du Saint-Graal ; que celui de Lancelot (à'ancelUis, servant de Dieu)^ et qu'il a été écrit en Angleterre, dans la langue angk>-saxonne par un affilié du Temp!e. Pour nous, Gauthier Map, le prétendu chapelain de Henri II, It même à qui sont attribuées des satires Irès-âpres contre Rome et le haut clergé, est le pendant, en Angleterre, de l'archevêque Tur[nn en France. Le monarque farouclie qui faisait assassiner Thomas Becket, se souciait certe assez peu des chants et lais des bardes bretons pour que personne s'occupât de les réunir dans i'éspoir de loi être agréable ; mais il était bon de donner le change en assignant au livre une source orthodoxe. Avec ce passe-port il put être traduit de Tanglais eo français par Luces de Gast, Robert etEHede Borron, comme aussi par Guyot de Provins, trouvère champenois, devenu Bénédictin de Clnny, l'auteur de la bible Guyot, ceuvre anti-romaine d'une extrême virulence. Il en fut fait aussi des versions en allemand, sur la leçon de ce dernier, puisque le Templier Souabe, Wolfram d'Bschenbacb, déclare dans son Parceval, avoir suivi Ator. Au témoignage du Tasse, Arnaud Daniel donna une traduction du Lancelot ; enfin, « il y eu eut dans toutes les langues du monde civilisé. » (Paulin Paris, lettre à M. de Montmerqué.) Les évangiles apocryphes adoptés par les Albigeois, notamment celui de Nicodêrae, eurent ainsi libre carrière dans toute la chrétienté et purent, à l'abri de leur.déguisement anglo-breton, circuler impunément sous les yeux de l'inquisition. Hie fecH oui prodesL Nous nous bornerons à cette simple exposition et nous renverrons au t. m de VHist, de France, par M. H. Martin« On y trouvera une remarquable appréciation critique de la littérature chevaleresque; il sera facile, pour ceux qui se placeront à notre point de vue, de rectifier ce qu'elles ont d'erroné en certaines parties. {Voy. l'Appendice Y.)
DiVONTRÉI. H
Oa y reoMrqae surtottl les li^MS qn6 BowtnuiBcriroDsieî. QwÊte ipi'tlki font Cm d'une grande justeiee de coup d*œil cbei rhonera-^ ble écmain, elles prouvent que nous n'afons pasélési mal inspiré en rattachant k Machinerie au Tempte et en signalant le poète Florentin eonune affiliée cet Ordre prescrit :
% JOans le Titurel, la légende du Graai âtteîttt sa dernière et splenàîéd transfiguration, sous ^influence d'idées qoe Wolfram semblerait nroir puisées en France et particulièrement chez les TempUers du m^i de la Franee. Un héros, appelé Titurel, fonde un Temj^, pour y déposer le saint Vaùsel, et c'est le propliète M^in qui dirige «ette construction mystérieuse, initié qu'il a été, par Joseph d'Arimatbie en personne, au plan du Temple de Salomon. La che?aleHe du Graal devient ici la Massenù^ c'est-à-dire une frane-maçonoerie ascétique, dont les membres se ncmiBient les Templistes, et l'on petit Siisir ici Tintentio» de relier à un centre commun, %uré par ce Temple idéal, l'ordre des Templiers et les nombreuses confréries de cens^ tmctèurs qui renouvellent alors l'architecture du moyen âge. On Mtrevoit là bien des ouvertures sur ce qu'on pourrait nommer l'hiitoire souterraine de ces temps, beaucoup plus complexes qu'on ne le croit communément.
« Ce qui est bien curieux, et ce dont on ne peut guère douter. C'est que la franc-maçonnerie moderne ne remonte d'échelon en éche^n jusqu'à la nuuseme in Saim-'GraaL » (Hùt. à€ France, h tu, p. 398.)
Si ces notes tombent sous les yeux de M. H. Martin, nous croyons qu'il y acquerra la certitude que ceux qui composèrent les romans de la Table-Ronde et du Graal, étaient très au courant des triades galliqoes, des arcanes de la doctrine tiiéologiqne des bardes, comme ausri des Mabmogian, et que, contrairement à èe qu'il dit, p. 360, Us savaient fort bien le sens du symbole, au double point de vue kimrique et vaudois.
Pour eux le vaissel était le Temple, le vaso naiurale de Staee {Purg. xiv), en latin gradalis ou gradale, par allusion à l'échelle des fprades ; pour eux, celui envers qui Joseph d'Arimalhie est llnstru** ment de la vengeance céleste, celui qu'ils appellent Pierron et qui, au éUrt de M. Paulin Paris, t ressemble beaucoup au premier àtê sou^ verains pontifes, » est précisément le successeur dégénéré de saint Pierre ; aussi est-il représenté comme habitant le vau d'Avaron, la vallée du grand Avare, anarone en italien, autrement dit de Plulus, de l'homme riche, etc. La vallée de TAvare, contraste avec ces vallée
24 l'hérésie de DANTE DÉMONTRÉE.
alpestres où se réfugièreot les fidèles d*Ainoar, amis de droiture, de largesse et de courtoisie, et d*où ils prirent le nom de Yaodois, Valdus n'étant que le surnom d*un de leurs apôtres.
Nous appellerons, en terminant, Tattention de M. H. Martin sur le fragment du Graal publié par M. Francisque Michel, où il est dit qu'après le départ de Petrus pour l'Occident avec un brief, les démons tiennent conseil pour décider comment ils parviendront à engignier le Sauveur et à recouvrer leur ancienne influence sur les hommes. Il y verra que l'un d'eux est d'avis de procréer un fils, qui nos sens portast et déist nos paroles et nos prières; et il ne pourra douter que ce fils ne soit Pierron, engendré, en effet, d'un incube et d'une fille de mauvais instincts, pour Dieu notre pèi'e engignier et forbeter et conckier, de même qu'il ne pourra guère révoquer en doute que Petrus n'entende désigner la vallée du Tibre, lorsqu'il dit, en partant muni de son brief: En la terre vers Occident, ki est sauvage durement, es vau dUAvaron m'en irei.
Nous recommanderons aussi au docte écrivain le roman de Jauffre ou Geoffroi et Brunissende de Montbrun, qui, traduit de bonne heure en catalan, était, à en croire Muntaner, dans sa chronique, mis de son temps au même rang que Lancelot du Lac II y trouvera notamment certain épisode de Mélian de Montmélier, chevalier Parfait à tous égards, qu'un chevalier nommé Taulat, dont la force n'a d'égale que sa méchanceté, retient depuis sept ans sur un lit de douleurs. Son père a succombé sous les coups du féroce Taulat qui, lai faisant la guerre à son tour, lui a enlevé une partie de ses terres, l'a blessé de plusieurs coups de lance, l'a fait prisonnier et Ta enfermé dans un château où il se complaît à entretenir ses plaies toujours vives et saignantes. A peine sont-elles au moment de se fermer, Taulat le fait prendre par ses valets et flageller cruellement, jusqu'à ce que le sang coule de nouveau de ses blessures.
L'allégorie saute aux yeux, et pourtant Fauriel, qui la signale, n'a su voir dans Taulat que la i)ersonnification « de la force et de l'autorité brutales, telles qu'on les voyait souvent à ces époques, et dans Geoffroi, le génie de la chevalerie luttant contre cette force perverse. » {Hist, delapoés, prov., m, 117.) Nous y voyons, nous, la Papauté s'achamant sur les deux Raymond Béranger dont elle prolonge la déplorable agonie, jusqu'au moment où l'ordre du Temple leur suscitera un vengeur dans un chevalier du Saint-Graal ; mais peut-être sommes-nous dans l'erreur. C'est ce que nous croyons être en mesure d'éublir prochainement de manière à convaincre les plus incrédules.
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&es VlatoDÎcîent et lei Averrofstei.
Le vœu de Dante fut en partie réalisé, quand les trois branches cathares de Concorezzo, de Bagnolo et d'Àlbano (Rinerius, Schmidt), ses Stoïciens, ses-Pythagoriciens et ses Épicuriens, se furent réunis sous le nom commun de Platoniciens. Aussi ces disciples de l'école d'Amour, qui comptèrent parmi leurs maîtres Pétrarque et Marsile Ficin, ne purentils vivre en paix avec les disciples de l'école païenne, dite Averroïste, pour ne pas la désigner sous son véritable nom d'école Romaine. Les romans de chevalerie et le poë'me mutilé de l'Afrique sont là pour attester que l'État pontifical fut coustàmment désigné par les sectaires comme le pays des Arabes, des Sarasins, des infidèles.
Même détournement d'idées dans l'ordre philosophique. L'tn<6//ec< actif de TAverroïsme était devenu, pour les adversaires de Rome paganisée, la raison, le libre arbitre, la nobUe virtù, dont ils revendiquaient l'usage et qu'ils n'entendaient pas laisser confisquer au profit exclusif de leurs adversaires, en se contentant de Vintellect passif ou possible^ condamné à attendre passivement la possibilité de se mouvoir, à soumettre la ragion al talento. En conséquence, selon le point de vue où ils se plaçaient, les Platoniciens de Florence s'élevaient contre l'unité d'intellect, tandis que les soi-disant Averroïstes de Padoue tenaient pour. Le tout afin de se donner carrière dans des discussions sans fin, dont l'habileté consistait à traiter des questions en tout différentes de celle qui s'agitait ostensiblement.
Cette habileté était telle qu'elle a pu faire illusion au savant auteur de YHistoire de VAverrmme, Et pourtant sa sagacité critique le conduit
bien près de la vérité lorsqu'il dit : « La tactique par laquelle les philosophes de ce temps cherchaient à revendiquer quelque indépendance^ était d'exposer les doctrines compromettantes sous le nom d' autrui, en les désavouant et même en les réfutant » (page 328). Et plus loin : « On faisait des livres pour défendre les dogmes qu'on voulait attaquer » (page 337). De là à attaquer certaines doctrines sous des noms d'emprunt il n'y a pas loin. Et c'est justement ce que faisait Yanini, dont le docte écrivain dit : « L'opinion qu'il réfute est presque toujours celle qu'il veut inculquer » (page 337).
Cette polémique masquée explique pourquoi « pendant quatre siècles les libres penseurs ne trouvèrent pas de meilleur subterfuge pour excuser leur hardiesse que l'opposition de l'ordre de la foi et de l'ordre philosophique, qui, dans tout le moyen âge, est le trait distinctif des Averroïstes y> ( ou soi-disant tels), p. 286. L'analyse critique des romans de geste prouvera qu'ils avaient encore une autre corde à leur arc pour combattre le géant anthropophage de la selva oscura.
Or, nous l'avons dit, en présence des pseudo-Averroïstes de l'école de Padoue, attaquant la Papauté sous le nom d'Averroïsme, il y avait les pseudo-Platoniciens de l'école de Florence, s'entendant assez avec eux sur la question religieuse, quoiqu'on divergence sur la question politique, à telles enseignes, que les œuvres des uns et des autres s'imprimaient également à Venise.
En effet les Platoniciens (lorentiens étaient^ sous un autre nom, les successeurs de ces Épicuriens, qui, un siècle avant Dante, changeaient le gouvernement de Florence; révolution rappelée par M. Renan et à laquelle M. Schmidt assigne son véritable caractère de mouvement albigeois. Mais les Platoniciens du xv* siècle ne faisaient pas de révolutions, attendu qu'ils étaient au mieux avec cette famille des Médicis qui ne fut pas, à bien y regarder, d'une parfaite orthodoxie, tout en donnant des pontifes à l'Eglise.
« Certes, dit encore M. Renan, sous le rapport de la liberté de la pensée, Florence n'avait rien à envier à Venise. Nulle part la licence d'opinion et l'irrévérence des choses saintes ne furent portées aussi loin dans le moyen âge ; on y poussait le scepticisme jusqu'à ne pas croire aux miracles de sainte Catherine de Sienne, attestés par tous les Siennois» (page 310). Ce serait pourtant cette Florence «rieuse, incrédule et légère, s'abandonnant aux enivrements d'une vie parfumée de jeunesse et de gaieté, » qui aurait été le foyer de l'idéale doctrine platonicienne. Nous ne saurions admettre, avec le savant académicien, comme cause déterminante d'un pareil phénomène l'influence atmosphérique ; « Tair de fraîcheur et de joie qu'on respire au pied des coteaux de Fiesole, » et encore moins « la sérénité de la conscience » dans une ville adonnée au luxe et aux voluptés les plus raffinées où triomphait le machiavélisme.
Mais où M. E. Renan nous paraît s'être complètement mépris, c'est lorsque, se laissant abuser par la profonde antipathie que Pétrarque manifeste en toute occasion contre.les médecins arabes, il croit, avec l'honorable naïveté de la science, qu'il s'agit réellement de disciples d'Esculape professant les doctrines averroïstes : eh ! mon Dieu « ces médecins du pape avec lesquels il avait eu quelques démêlés à Avignon et qui
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affectaient de dédaigner les poëtes )) (page 263], y compris Geste, celui qui célébrait la foi d'Amour sous le nom de Laure, étaient tout bonnement des médecins des âmes, des docteurs spirituels, des cardinaux qui le desservaient près du pontife. Comment M. Renan n*a-t-il pas été édifié à cet égard par ce passage de la lettre à Boccace où, nous dit-il lui-même, « il décrit avec malice le ebarlatanisme et la vanité des médecins de son temps, qui ne paraissent en public que superbement vêtus, montés sur des chevaux magnifiques, avec des éperons d'or, un air d'autorité, les doigts resplendissants de bagues et pierres précieuses? Vm s*en faut qu'ils ne s'arrogent les honneurs du triomphe et en effet ils le méritent, car il n'est aucun d'eux qui n'ait tué (au physique ou. au moral) au moins cinq mille hommes. »
11 faudra donc croire que le pape avait des médecins arabes ou averroïstes, et qu'ils allaient faire leurs visites avec le costume et l'appareil affectés aux seuls dignitaires de l'Église? Il faudra admettre que Pétrarque aurait attaché une telle importance aux ridicules des docteurs de son temps, qu'il aurait cru ne pouvoir faire moins que de les flageller dans Cfiiatre livres d'invectives ; enfin que cette hostilité de sa part contre de simples médecins aurait causé un tel enthousiasme, à raison du courage qu'elle supposait, sans doute, qu'un « Padouan aurait proposé dç lui élever une statue avec cette inscription : Francisco Petrarchœ meaicorum hoèti infestissimo » (page 263) ? Traduisez : ennemi irréconciliable de la théocratie romaine, et vous comprendrez tout à la fois la proposilion et l'inscription, ainsi que l'enthousiasme du poëte pour Rienzi.
Quant aux entretiens de Pétrarque à Venise avec Dandolo, Talento Contarini et Guido de Bagnolo, tous trois averroïstes, et pourtant ses amis, remarquez-le bien , parce qu'ils n'étaient tels qu'en apparence, et que surtout ils n'étaient pas médecins, s'ils « mirent tout en œuvre pour l'attu^er dans leur parti et finirent par l'appeler un bonhomme (notez que c'était le nom des croyants sectaires), un bonhomme sans littérature, me sine literis virum bonum » (page 265), c'est que, d'accord sur le fond de leui' croyance, ce qui explique leurs relations amicales, ils différaient sur quelques points de doctrine ou de conduite; ce que nous ne nous arrêterons pas à examiner quant à présent, renvoyant ceux que la question peut intéresser au traité] De sui ipsius et multorum igno-rantia.
Disons en terminant que si « l'incrédulité averroïste (de ceux qui arboraient ce drapeau fictif) au xvi" siècle, est sombre, méprisante, ypoerite, sans dignité » et si elle contraste ainsi avec « la gaie et spirituelle franchise qui caractérise Tincrédulité française du xvni® » (page 337), c'est que cette dernière n'avait rien à redouter des inquisiteurs et des bourreaux; mais une fois cette idée admise, qu'il y avait de vrais et de faux averroïstes, il restait bien peu à faire, pour arriver à se demander si ce philosophisme hypocrite, justement signalé, n'aurait pas trouvé commode d'imposer au catholicisme le nom d'Averroïsme et, pour mieux simuler l'orthodoxie, de l'attaquer insidieusement en se donnant lui-même pour averroïste.
JLnflJyte erîlîque da pofime de Tnilan de Itéonnols (*y
Tristan est de )a même famille que Garin ou Guérin, récuyer de l'Espagnol Ferebrace, car Garin» Guarin ou Guérin-(de garir, guérir), ne sont qu*un même nom affecté à une même personnification, celle ûei Pauvres de Lyon, ces médecins des âmes. Un coup d'œil rapide jeté sur le poëme de Tristan de I^nnois suffira pour en apprécier la pensée inspiratrice.
Rien de plus simple que son sujet, rien de plus compliqué que sa contexture symbolique, rien de plus habile que sa mise en œuvre :
Trois éléments religieux, trois croyances étaient en présence dans la grande et la petite Bretagne, du ix^' au xiu** siècle, peut-être même avant, et nous les voyons se produire dans cette œuvre remarquable comme personnages principaux, savoir :
4» Le vieil élément druidique se résignant, pour se perpétuer, à s'allier au principe chrétien, avec lequel il fait assez mauvais ménage , sous les traits du roi Marc ou Marsh, fils de Meircbiawn ; 2® la croyance orthodoxe, inclinant à Talbigéisme, acceptant donc avec hésitation et répugnance l'élément druidique, et se convertissant sur ces entrefaites à la religion de l'Amour, dans la blonde Essylt, la cavale à la blanche crinière , ou Iseult , devenue TÉglise d'Irlande, dont le nom signifie : belle à contempler, correspondant au Bel-Vezeri^ro\Qnça\; 3** enfin le prosélytisme albigeois dans Tristi^n, qui. gardien des Marcassins sacrés ou initiateur des néophytes, chez les Druides, héraut de leurs mystères, devient le missionnaire de la foi évangelique, de la religion d'Amour et d'humilité, parce que son nom signifie tout à la fois le Proclamaleur, en langue gaë'lique, et le pauvre, le misérable affligé, dans les idiomes romans.
Marc, Iseult et Tristan constituent donc une triade, la première du poëme, où se reproduit plus (d'une fois cette forme des traditions druidiques.
Le Morhout irlandais, ce géant qui soumet le pays de Cornouailles k un tribut annuel de jeunes hommes, de jeunes filles et de chevaux, ce Morhout redouté, dont Tristan reste vainqueur et qui le blesse d'un
(*) Nous donnons ici in extenso ce travail sur le Tristan, dont nous n'avons soumis qu'un fragment à l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Aussi, à en croire une bouche officielle, n'aurions-nous réussi qu'à Vètonner et à la faire douter de sa compétence au sujet d'un travail qui lui aurait paru plus particulièrement philosophique. Avait-on qualité pour formuler ce Jugement au nom de la Compagnie 7 Ce^t ce dont il est peimis de douter. Quoi qu'il eu soit, nous renonçons à en appeler à elle-même, comme aussi à nous pourvoir devant l'Académie des sciences morales ; nous craindrions d'étonner encore bien plus ses doctes membres et d'éirc éconduit de ce côté pour fait d'archéologie littéraire.
glaive empoisonné, se révèle à nous comme le Monachisme, enlevant chaque année pour ses couvents les jeunes gens des deux sexes et les écus ; les monnaies armoricaines portant, on le sait, une tête de cheval. Cest en sa qualité de nièce du Morhout catholique qulseuU, avant sa conversion à la religion d'Amour, veut venger sa mort sur son meurtrier.
Le serpent cresté ou mitre, comme on voudra, ce monstrum horrendum, informe, ingens, à Thaleine empestée, rappelant la puanteur «des Gémonies de Rome, » dit naïvement Jean Maugin, ce fléau dont Tristan triomphe sur le sol de Tlrlande et dont la langue fétide lui fait une plaie envenimée, rien qu'en touchant sa peau, nous a tout Tair d'être la figure du clergé romain, naturellement disposé à prendre parti pour le Monachisme contre ses ennemis.
Enfin, dans ce vilain de la forêt qui surprend le Parfait chevalier endormi, et lui lance une flèche empoisonnée, parce qu'il a tué son père, dont le nom n'est pas indiqué, et qui pourrait bien être le Morhout monacal, ne faudrait- il pas voir la plèbe catholique, ignorante et cruelle sous la direction de ceux qu'elle appelle ses révérends pères?
La seconde triade se composerait ainsi très-rationnellement du Morhout, du serpent cresté et du vilain.
Si Tristan et Iseult, son église bien-aimée,' ont pour ennemis acharnés dans Godoïne, Ganes et Donalaïn, trois barons félons, représentant la noblesse catholique, le parti féodal dévot, ils ont d'autre part trois amis à toute épreuve, savoir : l'instituteur-écuyer de Tristan, Governal ou Gouvernail, le libre arbftre éclairé par la raison, la nobile virtù de Dante; Brangien , l'adresse prudente, la dame d'honneur, la Minerve d'Iseult, et enfin Perinis, le dévouement rx)nstant, {Perennis) leur messager fidèle ; troisième et quatrième triade.
Frocin ou Frocine, le nain difforme de Cintaguel, si bien initié au secret du roi Marc, dont il est le conseiller intime, et auquel il imposa sa nature chevaline, ce méchant nain qui ne cesse de tendre des embûches aux deux fidèles d'Amour, et va confier aux arbres de la forêt le secret de la difformité royale, qu'il ne doit pas révéler aux hommes, n'est-ii pas la figure du vieux parti Druidique?
Quant au boire amoureux, qui décide fatalement du sort de Trfstan et de sa dame-église, faudrait-il expliquer comment il n'est autre chose que VAwen, l'eau du sacrifice et de l'inspiration, la même absolument que celle du Saint-Graal, contrefaçon manifeste du vase Azewladour des Druides, christianisée à l'aide de Joseph d'Ârimathie?
Que signifie ce sang dont Tristan souille successivement la couche de, la dame de Belle-Ombre, qu'il ne possède pourtant pas et qui l'abandonne lestement pour un autre, puis la couche royale d'Iseult? Sinon les efforts qu'il lui faut faire dans son apostolat, ses épreuves douloureuses, les traces sanglantes du martyre laissées par lui sur son passage; blessé qu*il est tantôt par le sanglier druidique, tantôt par la faux sans pitié du catholicisme. ^
Que symbolisent ses déguisements successifs, en ladre, en joueur de flavel^ en mendiant, en fou; les talents si divers dont il fait preuve comme chevalier, ménestrel, chasseur, constructeur, etc. ? Sinon les diverses
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30 APPEi^Dic;^.
transformations, les expédients ingénieux auxquels a recours la propagande sectaire pour triompher des obstacles et parvenir à ses fins.
Comment méconnaître dans l'ombre du roi Marc se projetant dans Teau de la fontaine aux yeux de Tristan et d Iseult, qu'il épie du haut d'un arbre, ombre qui les avertit de se tenir sur leurs gardes, l'élément druidique se reflétant forcément dans la doctrine d'Amour, lui suggérant des moyens de fiction, et venant lui-même en aide à la religion rivale en lui inspirant des stratagèmes contre lui, ainsi qu'il app3rt de tout l'eiisemble du poëioe?
N'estKîe pas, en effet, à l'antique science des Druides que le proclamateur Tristan, devenu le Pauvre de Lyon, doit son habileté à se servir du langage des arbres, à faire parler les rains (rameaux) et leur feuillage, à « doler des copels avec son costel » dans la fontaine de science et d'amour, à façonner la branche de coudrier qu'il plante sur le passage d'Iseult (Lai du chèvrefeuille), à bâtir une maison de verre au-dessus des nuages, et à prodiguer si ingénieusement le symbole dans sa feinta folie?
Si le Parfait chevalier traverse la chapelle de la falaise et accomplit le Saut Tristan pour échapper au bûcher, c'est que les pauvres albigeois étaient souvent contraints, comme lui, de traverser l'Église catholique pour se racheter des flammes et de faire ainsi le saut périlleux.
Dans ces ladres dégoûtants dont le chef, parlant au roi Marc d'égal à égal, lui promet, s'il veut lui livrer Iseult, la reine-église, de lui faire une vie pire que la mort, et auxquels elle est arrachée par Tristan, il nous faut bien signaler des moines, et très-probablement des inquisiteurs.
Comme Gérard de Roussiilon , comme la Nicolette d'Aucassin ^ et maints autres personnages de même essence, comme les albigeois et vaudois, épiés, traqués de tous côtés, Tristan devient constructeur, il édifie une loge dans la forêt de Morrois, où :il se réfugie avec sa dame persécutée : c'est-à-dire qu'il y fonde un sanctuaire pour le prêche ; et non moins bon chasseur que Walther d'Aquitaine, il y nourrit sa danaeéglise du produit de sa chasse aux âmes, dont l'arc qui ne faut rm le laisse pas chômer \ la bouche d'où s'élance la parole dessinant la forme d'un arc— -w*^. D'après le même ordri& d'idées le langage devenait une flèche empoisonnée s'il sortait d'une bouche orthodoxe.
Celte épée du Parfait chevalier placée entre les deux fidèles d'Amour, dans la loge de Morrois, où, couchés sur les feuilles fatidiques, \U rt^po* sent bouche à bouche, sans toutefois que se touchent l/?urs lèvres, qiii ne se rapprochent que pour le baiser du comolement , ce glaive a double tranchant, qui devient leur sauvegarde, est évidemment ua symbole du même genre. Il figure le langage à double sens, qui, tout en paraissant isoler Le pasteur de son église, était en réalité l'agent, l'entremetteur de leurs relations intimes de jour et de nuit, et détournait d'eux le péril, en faisant illusion à la jalousie haineuse qui les épiait.
Quel est le lieu où Iseult, enfin justifiée, sort victorieuse de ses épreuves et, désormais réhabilitée, triomphe de ses calomniateurs, à l'aide d'un serment jésuitique et d'une métaphore assez risquée? Il s'appelle la Blanche lande ; c'est la terre d'innocence et de promission qui attend 1^ bianche s(ole de Dante. Impossible d'y arriver sans traverser le fang^x
APPENDICE. m
marais du catholicisme. Ceux qui suivent la bonne voie, sur les indications de Tristan, revêtu de l'humble costume des Pauvres de Lyon, passent sans enconobre et sans .mouillure au Gué aventureuo) ; mais ceux ^ui s'engagent folleqaent au Mal-pas, dont le voisinage est perfide, sont certains de s'y embourber profondément, car la foule de gens qui suit cette route funeste Ta « effondré » et en a délayé la fange ; aussi tel est le sort des trois félons, ennemis des deux amants. Quant à Iseult, est-il besoin de dire que le Proclamateur de ses beautés et de ses mérites incomparables lui fait atteindre le fortuné rivage, sans que la moindre tache souille sa blanche hermine?
Quand Tristan, réduit à s'éloigner de sa dame, prend le parti de se marier, qui s'avise-t-il d'épouser? Une autre Yseult! ce qui est bien fait pour indigner les âmes poétiques. Disons donc de suite^ comme circonstance atténuante, qu'il n'a garde de consommer le mariage, en dépit de toutes les caresses de la dame, car la Bretonne Iseult aux Blanches mains, qui peut le disputer en beauté extérieure à sa blonde homonyme, est loin de l'égaler en tendresse et en dévouement. Comme elle, on|l'appelle belle à contempler, bel-vezer, ou Eglise chrétienne, mais elle n'a que le nom de commun avec l'Eglise d'Irlande convertie à la religion d'Amour, car la haine et la vengeance fermentent au fond de son cœur.
Ce mariage fictif, presque toujours contracté par les Albigeois, était le plus souvent leur sauvegarde, leur moyen de salut; aussi l'Iseult bretonne est-elle représentée comme apte à guérir certaines blessures de son époux. Mais elle est, au résultat, la fausse Iseult, contrastant avec la vraie, de même que la fausse Berthe, cette fille de mauvais lieu (de Margiste), contraste avec la noble Berthe au grand pied.
Sans prolonger davantage cette analyse rapide, tehninons par une triade capitale ; celle des géants, dont les trois figures se reproduisent symétriquement au début du poème, au milieu et au dénoûment, pour indiquer, sans doute, l'idée qui domine du commencement à la fin.
La première figure est celle du géant de la forêt, le Satan Aleppe de la Selva selvaggia, qui, se repaissant^de sang humain, « fit sa viande i> de sa «propre mère, en disant : l'Église c'est moi; qui, nouveau Caïn, se servit d'elle pour écraser son frère, aussi bon, vertueux et aimant, qu'il est', lui, cruel, pervers et haineux. En dépit de ses énigmes, ou de ses mystères, il est tué par Âpollo l'Aventureux, bisaïeul de Tristan, transformation dans le sens Albigeois, comme propagateur <de lumière, du Taliésin des Druides, dont le nom, qui signifie front radieux, est un de ceux du Bel ou du soleil (*}.
(*) AGn qa*on puisse Juger de l'exactitude de nos interprétaUons nous donnerons ici le texte des deux premières énigmes proposées par le géant de la forêt. Elles suffiront pour faire apprécier l'esprit des trois autres.