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Combien sont-ils ? Enfant, compte-les bien !
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, liuit, neuf, dix, onze, douze.
Treize, quatorze, quinze, seize, dix-sept, dix-huit, dix-neuf, vingt.
Vingt, et des milliers d’autres encore :
On perdrait son temps à les compter.
Unissons nos bras nerveux, déracinons ces rochers,
Lançons-les du haut des montagnes .Jusque sur leurs tètes !
Écrasons-les, tuons-les !
Et qu’avaient-ils à faire dans nos montagnes, ces hommes du Nord ?
Pourquoi sont-ils venus troubler notre paix?
Ouand Dieu fait des montagnes, c’est pour que les hommes ne les franchissent pas. Mais les rochers, en roulant, tombent; ils écrasent les bataillons !
Le sang ruisselle, les chairs palpitent;
Oh ! combien d’os broyés ! quelle mer de sang !
l’uyez ! fuyez ! ceux à qui il reste de la force et un cheval ;
Fuis, roi Carloman, avec tes plumes noires et ta cape rouge...
Ton neveu, ton plus brave, ton chéri, Roland, est étendu mort là-bas ;
Son courage ne lui a servi à rien.
Et maintenant, Escaldunac, laissons les rochers.
Descendons vite en lançant nos flèches à ceux ({ui fuient.
Ils fuient ! Ils fuient ! Où donc est la haie de lances ?
Où sont les bannières versicolores flottant au milieu ?
Les éclairs ne jaillissent plus de leurs armes souillées de sang.
(mmbien sont-ils ? Enfant, compte-les bien !
Vingt, dix-neuf, dix-huit, dix-sept, seize, quatorze, treize.
Douze, onze, dix, neuf, huit, sept, six, cinq, quatre, trois, deux, un.
Un ! 11 n’y en a même plus un !
C’est fini, homme libre, vous pouvez rentrer avec votre chien.
Embrasser votre femme et vos enfants.
Nettoyer vos flèches, les serrer avec votre corne de l)œuf, et ensuite vous coucher et dormir dessus.
La nuit les aigles viendront manger ces chairs écrasées.
Et tous ces os blanchiront pendant l’éternité !
La sentinelle montagnarde avait fini sa chanson, dont les dernières paroles, murmurées d’un ton plus bas, se répétaient au.\ lointains échos de la vallée.
Les six chevaliers restaient silencieux. Roland lui-méme semblait plus triste.
LE POISON DE MORGANE
Mais en ce moment, un septième compagnon se dressa tout à coup devant eux dans la nuit.
Ce nouveau venu, c’était Amaury.
c( Eh bien ! s’empressèrent de lui demander les autres, eh bien ! quelles nouvelles de l’armée du comte Lantbert ?
— J’ai rencontré ses avant-postes à moins de cinq lieues d’ici, répondit le fiancé de Geneviève. Si nous voulons les empêcher de se réunir, il faut immédiatement attaquer ceux que nous avons déjà en face. Tel est du moins l’avis d’Éginhard et de nos autres compagnons; ce sont eux qui m’ont dépêché vers vous, ils vous attendent.
— Hourra! conclut Roland, va pour la bataille... Si toutefois le fils du roi Morvan veut comme nous en courir les chances?
— Noménoé n’admet point de retardement lorsque brillent les épées au soleil, répliqua fièrement le roi breton. Il est votre allié fidèle, il combattra demain à vos cotés. »
Et l’on s’en retourna vers le camp.
Le comte Efflam et Landrik cheminaient quelque peu en arrière des autres. Ils se sentaient de plus en plus tristes tous les deux, ils continuaient à s’entreparler de Clothilde et de Jehanne.
Au lointain, dans la nuit, la sentinelle gasconne avait recommencé sa chanson.
Il était déjà grand jour, et la comtesse Clothilde n’apercevait pas encore les remparts de Vannes.
Janika n’avait plus besoin maintenant de l’encourager : c’était elle qui pressait la marche, répétant presque à chaque pas :
(( Plus vite encore ! plus vite! ))
Oh! c’est qu’elle avait sans cesse devant les yeux la conjuration de Karnac, le terrible poison, la fatale couronne! Elle savait bien que si Bertrade arrivait la première, c’en était fait de tous les généreux efforts du comte Efllam et de ses compagnons; atout prix, elle voulait sauver Karle! Et Vannes ne se montrait pas encore à ses yeux ! Et sur la route, pas un hameau, pas une chaumière où trouver des chevaux.
Tout à coup, au détour d’un hallier, elle aperçut des cavaliers qui venaient à sa rencontre.
(( Maîtresse ! s’écria Janika, maîtresse, entrons dans ce fourré... cachons-nous... Si ces hommes étaient des ennemis?
— Folle! répondit intrépidement Clothilde, ne nous ont-ils pas aperçues? D’ailleurs, ils ont des chevaux... des chevaux ! »
Et, remettant son enfant à Janika, elle s’élança à la rencontre
des arrivants, bien résolue d’en obtenir, soit par des promesses, soit par des prières, ce que si ardemment elle souhaitait.
Mais le hasard allait la servir bien plus efficacement encore qu’elle n’eut osé l’espérer.
Le chef de cette cavalcade, c’était Ragnar.
Ragnar, qui précisément était à sa recherche, ne demandant qu’à la ramener vers Noménoé.
Aussi, dès qu’il eut reconnu Clothilde, une sauvage joie brilla dans son regard. Dès les premiers mots de la comtesse, il s’empressa de l’interrompre, lui apprenant qui il était, ce qu’il espérait lui-même, et ordonnant aussitôt à deux de ses gens de descendre de cheval.
(( C’est inutile, fit-elle, j’irai seule avec vous.
— Maîtresse î se récria vivement Janika, vous oubliez donc le pauvre petit?
— Aon, répondit la comtesse, je le laisse à ta garde. Ne m’astu pas dit que tu étais de Vannes? tu dois y avoir encore quelques parents?
— Oui,... une sœur...
— C’est là qu’il faut te réfugier à l’instant, pour y attendre mon retour.
— Mais si vous ne reveniez pas !
— Tu irais retrouver le comte avec lui. Si le comte était mort, tu porterais notre enfant à quelqu’un de ses compagnons, à l’em- ‘pereur Lodewig lui-même. Mais je ne puis faire assez grande diligence en vous ayant tous les deux avec moi... R est des heures où le devoir d’une femme est d’oublier qu’elle est mère î Va donc... va, te dis-je; veille bien sur lui, aime-le bien... Adieu, mon enfant ! mon cher petit... adieu ! )>
Elle l’avait éperdument embrassé durant ces dernières paroles, elle venait de le remettre à Janika, qu’elle repoussait vers la direction de Vannes.
Durant ce même temps, à l’aide de son manteau, Ragnar avait approprié l’une des selles au nouveau fardeau qu’elle allait porter, et maintenant du doigt montrant l’Est :
(c Voici la route î » disait-il.
Durant près de dix heures, elle courut ainsi,
LE POISON DE MOnCANE.
La comtesse se laissa vivement liisser sur le cheval, et, la première, partit au galop.
Durant près de dix heures, elle courut ainsi, sans répondre aux obséquiosités de Ragnar, sans meme s’apercevoir qu’il fut là, ne songeant, n’aspirant qu’à son but.
Enfin, comme la cavalcade débouchait d’une foret, — c’était vers le soir, — elle entendit un grand bruit semblable à celui de plusieurs tonnerres qui se fussent entre-choqués dans le lointain.
Par intervalles, au milieu de cet étrange fracas, il passait comme de grandes clameurs, tantôt d’eiïroi, tantôt de colère.
A’ainement Ragnar voulut retenir le cheval de Clothilde; elle continua sa folle course jusqu’au sommet d’un prochain coteau.
De là, le regard planait sur une immense étendue de pays.
Dans cette plaine, à travers des tourbillons de poussière, elle entrevoyait des hommes, des soldats, des chevaliers qui se ruaient avec furie les uns contre les autres, qui se frappaient en faisant jaillir, au milieu du nuage tout retentissant qui les enveloppait, des gerbes d’étincelles de chaque cuirasse et des éclairs de chaque épée.
C’était la bataille, la bataille acharnée, terrible, mais déjà sur son déclin, car vers le Midi, vers la Loire, des bandes désarmées fuyaient.
(( Madame, suppliait Ragnar, n’allez pas plus loin, restez ici sous la garde de mes hommes; laissez-moi m’avancer seul à la découverte, je reviendrai vous apprendre ce qui en est. Oh ! je vous le jure, je reviendrai promptement ! »
Immobile, stupéfiée, Clothilde n’avait plus de regards que pour les dernières convulsions de fhorrible mêlée qui se débattait, qui vociférait là... devant elle, ainsi qu’un océan soulevé par la tempête.
Elle ne répondit même pas à Ragnar.
Mais il prit ce silence pour un acquiescement à sa prière, et lança son cheval au revers de la colline.
Quelques minutes plus tard, il lui devint facile de comprendre que ceux qui fuyaient vers la Loire, c’étaient les Normands et
les Gascons, que ceux qui résistaient encore aux bras vainqueurs des Treize et deNoménoé, c’étaient les soldats du comte Lantbert, qui venait d’arriver à son tour sur le champ de bataille.
Au lieu d’un combat, il y en avait deux.
Et dans cette seconde lutte, l’armée du bon droit, cette année (|ui pour le cri de ralliement disait : « France et Karleî » cette armée, si faible cependant en nombre, l’emportait encore.
Mais au prix de bien des efforts et de bien du sang.
Parmi les morts, il y avait Hugues, Drogho, Éginhard.
Un peu plus loin, Hervé de la Tour et Barthold le Frison, le comte Robert.
Plus loin encore, Landrik, le pauvre Landrik, auprès du cadavre du roi normand, sans doute sa dernière victime, dont il s’était fait en tombant comme un oreiller sépulcral.
Presque tous nos amis enfin, presque tous les Treize.
Il n’en restait plus que trois : Roland, Amaury, le comte Ffllam, qui combattaient séparément, chacun en tôle d’une cohorte bretonne. Noménoé commandait la quatrième, et, comme les autres, achevait de rompre l’ennemi, de le mettre en déroute.
Un de ces bataillons, cependant, semblait avoir beaucoup souffert : c’était celui dont le comte Efflam était le chef, ou plutôt T à me.
A peine lui restait-il quelques hommes, qui peu à peu, harassés et sanglants, s’arrêtaient en chemin.
Ouant au comte, il allait toujours.
Bientôt il se trouva seul.
Devant lui, plus rien que des fuyards.
Tout à coup, fun de ceux-ci se retourna, fondit sur le comte Ffllam.
Ft c’était le comte Lantbert lui-même. -
Le premier choc fut terrible, terrible la lutte qui s’ensuivit.
Un dernier coup, un de ces coups que Roland appelait des coups d’empereur, abbatit enfin le principal allié de Lother.
Le comte Lantbert tomba; mais avant de mourir, il avait eu le temps de crier aux siens :
LE POISON DE MORGANE
(( Vengez-moi ! »
A cet appel suprême, ils firent volte-face.
Hélas! fépée du comte Efflam s’était échappée de sa main.
Couvert de blessures, à bout de forces et de sang, il avait chancelé en frappant pour la dernière fois; il avait reculé; il était tombé sur les genoux à quelques pas de là.
Il comprit le péril, mais tenta vainement de se relever. 11 appela Landrik. Landrik ne pouvait plus venir à son secours.
En ce moment, un cavalier passait au galop.
(( Mon épée ! cria le comte en la lui montrant avec un geste de supplication et de désespoir, oh ! ne fuis pas sans m’avoir rendu mon épée ! »
Le cavalier parut avoir entendu, car, en se penchant sur l’étrier, il ramassa le saint glaive.
Mais ce ne fut pas pour le restituer à son maître.
Aon, non, il passa outre.
Ce cavalier, c’était Ragnar.
Derrière lui, la masse ennemie se rua sur le comte Efflam, qui pour un instant disparut comme englouti sous cette avalanche humaine.
Quant à Ragnar, il ne tarda pas à tourner bride, il voulut enfin retourner sur ses pas,
Presque aussitôt il se rencontra face à face avec Noménoé, qui peut-être, avait tout vu... face à face avec Clothilde.
Elle ne s’était pas sentie la patience d’attendre son retour; s’élançant sur ses traces, elle avait eu le courage d’affronter les horreurs du champ de bataille, de traverser sans défaillir ces mares de sang, ces montagnes de cadavres, ces gémissements et ces imprécations d’agonie !
Elle arrivait enfin, frissonnante, éperdue, mais toujours criant du fond de son cœur plein d’alarmes :
(( Efflam!... où est le comte Efflam? Il faut que je le voie, que je lui parle... Efflam !... Efflam !...
— Clothilde! lui répondit une voix mourante, Clothilde ! ma bien-aimée Clothilde ! Ah ! du moins je t’aurai revue ! »
Dès qu’elle l’aperçut, elle se précipita vers lui et s’agenouilla.
non moins chancelante, non moins pale, non moins brisée que si chacun des coups dont saignait le comte lui eût, à elle aussi, percé le cœur.
D’une voix encore résolue, cependant, elle lui dit :
(( Relève-toi, Efflam !... il faut monter à cheval, il faut courir. J’ai surpris un horrible complot... Morgane et cette autre femme qui se nomme Bertrade ont empoisonné la couronne que Lolher doit offrir à Karle ! Ce poison, c’est plus que la mort, c’est l’énervement et la démence! et cette Bertrade est partie... elle avait toute une journée d’avance sur mai, elle va arriver. A cheval, te dis-je, à cheval ! »
Le comte avait compris toute l’imminence du péril ; il voulut tenter un effort désespéré, il ne parvint qu’à se remettre sur les genoux, et, tristement indiqua le ciel comme pour répondre :
(( Hélas ! je ne puis plus aller que là ! »
Mais Roland, appuyé sur l’épaule d’Amaury assistait à cette scène.
(( Amaury, s’écria-t-il aussitôt, tu as entendu... toi seul, tu es sans blessures, toi seul tu peux sauver Karle ! »
En moins d’une minute, Amaury eut trouvé un cheval, fut en selle et partit ventre à terre.
Le comte Efflam, cependant, commençait à fermer les yeux.
Mais, se ranimant à un dernier souvenir :
(( Mon enfant! murmura-t-il en tendant vers Noménoé ses mains suppliantes, songe à mon enfant !
— R est à Vannes, ajouta éperdument Clothilde, qui, par un suprême instinct du cœur, semblait avoir tout compris, à Vannes... chez la sœur de Janika...
Et comme Efflam s’affaissait entre ses bras, elle le suivit dans sa chute, les yeux fixés sur ses yeux, les lèvres contre ses lèvres,.
Rs tombèrent ainsi pour ne plus se relever, lui mourant de s^a gloire, elle de sa douleur !
Alors Roland découvrit devant les deux cadavres enlacés sa tête blanche, et leur dit :
(( Ensemble vous avez eu pour linceul un champ de bataille, ensemble vous aurez une autre tombe au Rolandsteck ! »
LE POISON DE MORGANE
Puis, se tournant vers le fils de Morvan :
« Explique-moi leurs dernières paroles, lui dit-il, quelle est cette Janika? quel est cet enfant?
— N’en n’ayez point souci, répliqua Noménoé, cet enfant, c’est celui de ma sœur... Il sera mon fils ! »
Amaury sentait que tout l’avenir de l’œuvre des Treize dépendait maintenant de sa vitesse; il dévorait l’espace.
Sur son chemin, il rencontra les débris de l’armée vaincue la veille; il traversa cette armée comme un éclair.
Malheureusement, on lui avait dit : ce L’empereur Lodewig doit être campé dans les environs du Mans », et l’empereur Lodewig était déjà redescendu vers Blois.
Il lui fallait donc obliquer vers la droite, presque revenir sur ses pas. Ce retour, ce retard, n’était-ce pas une fatalité?
Amaury précipita davantage encore sa folle course, et biofcitôt la plaine blaisoise se découvrit à ses yeux.
Dans cette plaine, trois armées campaient.
Au nord, celle de l’empereur Lodewig; au midi, celle que le roi Pépin avait amenée du fond de l’Aquitaine, au secours de son père; au milieu, celle de Lother qui avait du se trouver ainsi cerné, traqué par les deux premières.
Dans les trois camps néanmoins paraissait régner une grande liesse. Partout on voyait des soldats attablés ou formant de
L’IIERITAGF. DE CHARLEMAGNE.
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longues bandes joyeuses; ce n’était partout que pacifiques ébats et chants de fête.
Sur une éminence qui dominait la plaine, autour de l’immense tente où flottait l’étendard impérial, la foule devenait plus compacte encore et plus allègrement agitée qu’aillcurs.
De cette tenteelle-même, il s’élevait par intervalles de bruyantes et enthousiastes clameurs semblables à celles d’un festin de paix.
De plus en plus surpris, Amaury continuait d’avancer, mais lentement, à cause de la foule, qui semblait comme s’obstiner à lui barrer le passage.
Tout à coup les draperies de la tente impériale s’écartèrent, et, sur le seuil on put apercevoir Lodewig et ses fils.
Le jeune roi Karle était au premier rang ; il portait en tête la couronne.
Un cri de désespoir s’échappa des lèvres d’xVmaury; il arrivait trop tard !
Effectivement voici ce qui s’était passé.
x\u moment meme où Lother se voyait contraint à mettre bas les armes, Bertrade s’était présentée devant lui, tenant en main le flacon donné par Morgane.
Deux heures plus tard, Lother faisait unesoumission solennelle.
C’était cette cérémonie qui venait d’être terminée.
Auparavant, sous la grande tente ouverte de toutes parts, afin que toute l’armée rangée dans la plaine pùt voir ce qui allait s’accomplir, l’empereur s’était assis entre Louis et Pépin, ses deux fils fidèles. Quant à Karle, appuyé sur le trône même de son père, il se tenait fièrement debout.
Lother et les siens vinrent s’agenouiller devant Lodewig le Pieux, confessèrent qu’ils avaient grandement péché, jurèrent d’obéir dorénavant à tous les ordres du vieux monarque.
Puis Lother se releva seul, et, suivi de deux hérauts d’armes, qui, sur des coussins de velours, portaient celui-ci un spectre d’ivoire, celui-là une couronne d’or, il avança vers son frère Karle, et lui dit :
(( Non seulement je te reconnais aujourd’hui comme souverain de tout le pays entre Loire et Seine, mais j’ai voulu t’oflrir de
LE POISON DE MORGANE
4;jî
mes propres mains ta première couronne royale... mais je veux moi-môme, et devant tous, te la poser au front ! »
Karle avait spontanément embrassé son frère, puis s’élait agenouillé devant lui.
Et Lolher, malgré le serment qu’il venait de prononcer sur la croix sainte, l’infàme Lother avait placé sur la tête de Karle la couronne empoisonnée !
Un pardon complet du vieil empereur s’en était suivi, puis le festin de la réconciliation générale.
Ce festin durait depuis trois heures.
Durant ces trois heures, Karle avait constamment gardé la fatale couronne.
Ainsi, depuis quelque temps, il était devenu très pâle; il semblait lutter contre une sorte de fébrile souffrance, il avait de mornes silences et de soudains éclats de joie... mais d’une joie sinistre.
Lorsque enfin on se leva de table, il se surprit à chanceler, il porta vivement la main â son front, il laissa échapper un cri de douleur.
« Ou’as-tu donc, mon enfant? lui demanda, pour la dixième fois au moins, sa mère. •
— Rien, ce n’est rien! » répondit-il, en se raidissant contre le mal inconnu dont il ressentait la première atteinte.
Et il apparut au seuil de la tente, tellement affaissé, tellement livide, souriant d’un si désespéré sourire, qu’Amaury, de loin, en fut terrifié.
Il voulut s’élancer en proclamant le crime, en tentant un dernier effort pour l’empêcher de s’accomplir.
Tout à coup, Karle arracha la couronne de son front, en jetant un cri terrible.
Puis, il se prit à courir comme atteint d’une sorte de rage; puis enfin, dans d’horribles convulsions, il tomba.
On s’empressa de le relever, on appela des médecins. L’un d’eux avait conservé ce contrepoison oriental qui jadis avait sauvé la vie de son père. On parvint h le rappeler à la vie, à la raison peut-être...
Mais, en moins de quelques heures, sa magnifique chevelure était presque entièrement tombée ; l’héroïque éclat de son regard s’était éteint; toutes les espérances qui la veille encore reposaient sur sa tête s’étaient à jamais évanouies !
Il eût peut-être été Karle le Grand; il ne pouvait, il ne devait plus être que Karle le Chauve !
Bertrade avait hésité longtemps à se rendre à l’invitation de Morgane. Elle avait tout tenté avant d’en venir à cette extrémité.
Elle avait appelé près d’elle ses deux fils, Albin et Didier, puis fait sa soumission aux pieds de Lodewig, qui avait pardonné, et consentit à attacher à son fils les enfants de l’infortuné Bernhard. Ceux-ci, élevés dans la haine du vieux roi et de tous ceux qu’il alfectionnait, devaient circonvenir Karle et, un beau jour, l’entraîner dans quelque embûche préparée par eux-mêmes.
Mais le fils de Judith était si bon, si généreux que peu à peu il sut gagner l’affection des deux jeunes gens, qui déclarèrent à leur mère qu’ils ne combattraient pas contre elle, mais qu’elle ne devait plus compter sur eux. C’est alors qu’elle s’était décidée à aller en Bretagne retrouver son ancienne alliée.
Le lendemain de la scène que nous avons racontée, après une nuit de délire, Karle enfin s’était endormi sous les yeux en pleurs de l’impératrice.
Dans sa propre tente, les deux fils de Bertrade attendaient son réveil.
Tous les deux, ils étaient également tristes.
Pour secouer cette tristesse, l’idée leur vint de faire désarmés.
Auprès de la panoplie, se trouvait la couronne offerte par Lother à Kaiie. Personne n’avait soupçonné que le mal venait d’elle.
« Pauvre Karlel dit Albin, ilia portait si fièrement hier !
— Crois-tu donc qu’elle ne nous siérait pas aussi bien à nous, qui sommes des fils de roi î répondit Didier, en se mettant la couronne au front.
— Y songes-tu î se récria vivement son frère, mais si quelqu’un te surprenait ainsi î
— Advienne que pourra î interrompit Didier, il me plaît ce matin que nous fassions un royal assaut... En garde! »
Et durant près d’une heure il s’escrima ainsi.
Puis, se découronnent, afin d’essuyer son front baigné de sueur :
<a C’est étrange, fit-il; je ne me suis jamais senti sitôt lassé.
— Il faut s’en prendre au poids de cette couronne, repartit en souriant Albin; mais c’est vraiment dommage, elle t’allait bien !
— Crois-tu qu’elle t’irait plus mal à toi, frère? répliqua Didier, comme sous l’influence d’une inexorable fatalité; essaye-la donc à ton tour, ne fùt-ce que pour me donner le plaisir de vaincre un roi. Allons, je t’en prie... je le veux ! »
Et, bon gré mal gré, en dépit de sa résistance première, il fallut qu’Albin se prêtât au caprice de son frère.
La lutte ainsi recommença, durant toute une seconde heure.
Tout à coup, Bertrade entra.
Elle remarqua dès le premier regard la pâleur et ranimation de ses deux fils; elle reconnut, au frontdu plus jeune, lacouronne empoisonnée par Morgane.
Dire avec quelle épouvante, avec quel désespoir elle bondit jusqu’à Albin, et la lui arracha du front... ce serait impossible.
« Ma mère, fit Didier, calmez-vous... ne le grondez point. C’est moi qui l’ai ainsi voulu, et qui lui en ai donné l’exemple en essayant le premier cette couronne. »
LE POISON DE MORGANE
Berlrade recula jusqu’à la draperie, et là, pantelante, atterrée, comme foudroyée :
(( Mon Dieu ! gémit-elle du plus profond de son àme à jamais désespérée, oh ! mon Dieu ! quel châtiment ! »
Ce môme jour, à plus de vingt lieues de là, non loin du champ de bataille de Laval, un autre coupable expiait ses crimes.
Ragnar, les deux mains liées derrière le dos, comparaissait devant Noménoé.
« D est temps de régler nos comptes, dit le fds de Morvan.
— Je ne demande plus rien de toi, balbutia Ragnar.
— Oui, répliqua Noménoé, tu ne demandes rien, car Clothilde est morte, et ce que tu ambitionnais si ardemment, c’était de devenir son époux. N’essaye pas de mentir, je t’avais deviné. D’ailleurs, ta haine jalouse n’a-t-elle pas désarmé le comte Efflam, alors qu’il implorait ton aide, alors que ton devoir était de le sauver! J’ai tout vu, tu le sais bien! Le véritable auteur de sa mort, celui qui les a tués tous les deux, elle comme lui, c’est toi !
— Mais tu m’avais garanti la vie sauve ! se récria le misérable, déjà tout blêmissant de peur.
— Si tu ne commettais pas quelque nouvelle infamie, répliqua Noménoé. D’ailleurs, souviens-toi, je t’avais promis encore quelque chose? ))
Et comme Ragnar restait muet, il continuait:
(( Ce que Morgane t’avais promis... ce que tu n’avais pas complètement reçu d’elle... ce que tu mérites si bien... imbécile ! lorsque je te jurai cela, et je vais tenir mon serment, ma main caressait, sous mon haubert, la courroie de cuir avec laquelle Morgane t’avait fait pendre, et que voici!... Justice soit faite! »
Puis, jetant la corde au bourreau, qu’il avait fait appeler, il passa outre.
Restait Morgane.
Mais non. Elle avait déjà reçu son châtiment, et par la main de Romarik.
Nous avons laissé l’aveugle en embuscade dans le tumulus de Plouharnel.
Il avait bien pensé que Morgane ne tarderait pas h revenir auprès des deux prisonnières, que maintenant il remplaçait.
Néanmoins, ce fut le cri discordant du nain qui tout d’abord se fit entendre.
A peine se fut-il aperçu que la porte de la cellule était entr’ouverte, à peine eut-il fait un pas pour la franchir, qu’une main le saisit dans l’ombre, qu’une voix lui cria :
(( Meurs le premier, toi qui as tué Bughî »
Et Romarik, le faisant tournoyer par la jambe au-dessus de sa tête, lui brisa la tète contre les parois granitiques du souterrain.
Puis, s’adossant de nouveau au revers de la porte, il attendit encore.
Cette porte ne tarda pas à se rouvrir pour la seconde fois, poussée du dehors. C’était enfin Morgane !
La main droite de Romarik s’appesantit aussitôt sur son épaule et lui fit plier les genoux, tandis que de l’autre il l’étreignait à la gorge et lui faisait perdre momentanément connaissance, mais plus encore par l’effroi que par la douleur.
La relevant ensuite comme une chose inerte, il la transporta dans l’étroit passage par lequel elle venait d’arriver, il la jeta sur le sol et lui mit le pied sur la poitrine.
C’était dans cette espèce de couloir dont l’aveugle avait tout d’abord expérimenté la résistance, dans ce dolmen souterrain dont la pierre supérieure supportait le tumulus.
Le géant étendit ses deux robustes bras en travers, et, par un effort herculéen, ébranla d’une première secousse les deux énormes pierres plates, verticalement placées au-dessous de la troisième.
. Si' les deux supports s’écartaient encore de quelques lignes, la masse entière du monticule s’écroulait.
Morgane commençait à revenir à elle.
Aux mourantes clartés de la torche qu’elle avait laissé tomber s'ur le seuil de la cellule, elle reconnut Romarik. Elle comprit qu’elle était perdue.
« Grâce! s’écria-t-elle, grâce! et je te donnerai tous les trésors qui sont ici, je me résignerai .à ce que lu exigeras de moi, je
Et les pierres s’écartaient toujours
LE POISON DE MORGANE
deviendrai ton esclave! Grâce, Romarik. Oh! pardon! pardon ! ))
Le géant se contenta de sourire, en continuant d’écarter sous son irrésistible effort les deux pierres non moins insensibles que lui.
Morgane voulut se débattre et fuir; mais elle était comme clouée au sol sous le pied qui l’écrasait.
Une seconde fois, elle essaya de la prière et des larmes.
Presque aussitôt l’aveugle l’interrompit.
(( Tais-toi, femme! laisse-moi prier Dieu, pour qu’il me pardonne de me faire ici l’instrument de sa juste vengeance... pour qu’il ne me punisse pas de chercher dans ton sépulcre un refuge contre ma désespérante infirmité! Elle ose me demander grâce, ô mon Dieu; cette-mégère qui m’a fait crever les yeux! Elle espère encore que je ne l’écraserai pas, cette vipère qui veut la désolation et la mort de tous ceux que j’aime, qui maintenant encore peutêtre cache en son sein quelque autre venin mortel! Non, non le ciel m’absoudra!
Et les pierres s’écartaient toujours.
Morgane alors cessa de parler.
C’est que les dernières paroles de Romarik venaient de lui rappeler le flacon qu’elle portait sur elle.
En le cherchant à sa ceinture, elle y avait trouvé aussi sa faucille de druidesse.
Avec cette faucille, elle se mit â frapper follement la jambe qui la retenait captive, tandis que de l’autre main, dans les chairs entrouvertes, elle versait goutte à goutte son terrible poison.
Mais Romarik ne parut meme pas s’en apercevoir; il continuait de sourire, il semblait ne plus songer qu’a Dieu.
Enfin, un horrible craquement se fit entendre, et la montagne tout entière s’affaissa sur eux.
Morgane mourut-elle écrasée sous cet éboulement? Morgane mourut-elle de faim au fond de quelque cavité que les pierres laissaient entre elles? Ce qu’il y a de certain, c’est qu’on ne la revit jamais ; et h quelques jours de la, en regardant avec effroi la
/ilO
place OÙ s’élevait jadis le liiinulus sacré de Plouliarnel, les plus lanatiques partisans de la dernière druidesse se disaient :
(( Nos dieux s’en vont; l’heure est venue d’adorer le Christ î »
A une année de là, Karle étant roi de France, et Noménoé roi de Bretagne, une barque s’arrêtait, vers le soir, au pied du Rolandsteck.
Un jeune homme et deux femmes, tous les trois en deuil, descendirent sur la rive.
C’était Amaury avec la comtesse Bayard et Geneviève.
Ils s’engagèrent dans le sentier qui conduisait à l’ermitage; ils atteignirent le plateau, toujours conduits par Amaury, qui seul s’avança vers la grotte, et prononça à haute voix ce grand nom :
(( Roland ! »
Bientôt l’ermite se montra ; car le paladin s’était de nouveau transformé en ermite, mais cet ermite n’était plus maintenant qu’un vieillard... dont la fin semblait prochaine.
(( Mon père, dit Amaury, avant d’obéir au dernier vœu de mon
frère Bérenger, nous avons voulu, ma mère, Geneviève et moi,venir prier sur sa tombe!
— Priez! » fitrermile,
Aniaury et ses deux compagnes entrèrent dans la grotte, et parmi les treize tombes qui s’y trouvaient, chacune surmontée de la sainte épée du défunt, ils retrouvèrent celle qui renfermait la dépouille mortelle du pauvre Bérenger.
Puis, lorsqu’ils furent de retour sur le plateau, s’agenouillant tous les trois devant le vieillard :
(( Mon père, dit Amaury, bénissez-nous! »
Quelques minutes plus tard, ils redescendaient vers le Bhin;
L’ermite, après avoir regardé la barque s’éloigner, reporta les yeux vers le couvent de Nonnemverth.
Un glas funèbre y tintait. La nuit suivante, à la fenêtre de la cellule abbatiale, aucune lumière ne s’alluma.
Roland comprit que Théalda n’était plus.
(( Mon Dieu! priait-il d’une voix fervente, 6 mon Dieu, üutesmoi la grâce de pouvoir enfin la rejoindre! Ce n’est qu’au ciel (ju’il nous sera permis d’être heureux... elle m’y attend ! j>
A quelques nuits de là, par une belle et poétique nuit mystérieusement étoilée, Roland sentit avec joie la mort lui venir; et la main droite sur la garde de son épée, qu’il plaçait devant lui en guise de croix :
(( Seigneur, dit-il en s’agenouillant peu à peu. Seigneur, avant que je ne quitte ce monde, révélez-moi ce qu’il adviendra de mes compagnons, ce qu’il en sera de notre œuvre... Seigneur, je vous en conjure !... »
Aussitôt il y eut dans l’air comme une céleste harmonie, dans le ciel et sur la terre comme une merveilleuse aurore.
La pierre d’une première tombe se souleva; c’était la tombe d’Éginhard.
Éginliard se redressa tel qu’il était sur le champ de bataille de Laval, et s’avançant avec lenteur vers son frère d’armes :
(( Boland, fit-il. Dieu t’a entendu, Dieu t’exauce. C’est luimême qui jadis avait désigné nos compagnons à l’empereur Charlemagne; lui-même qui, plus tard, afin que le peuple se trouvât
LE POISON DE iMOHGANE.
représenté dans nos rangs, nous adjoignit Landrik. 11 a voulu ({lie de ces douze paladins naquissent douze vaillantes races, et que dans chacune d’elles, à une époque marquée d’avance au livre de l’Avenir, la France eût un sauveur. Ces douze héros, en qui s’incarnera le génie de la nation française, ils vont défiler devant nous, tels qu’ils seront à la {dus brillante heure de leui* gloire. Roland remercie Dieu qui t’accorde cette révélation... et regarde ! » Ils s’agenouillèrent alors tous les deux, le moribond comme le fantôme, et tandis qu’augmentaient h l’entour du Rolandsteck la céleste symphonie, la divine auréole, les douze pierres tombales successivement se soulevèrent.
La {)remière ap{3arition fut celle du comte Robert, qui passa sous une armure à laquelle le temps à venir ne semblait devoir presque rien changer; il dit :
(( Je dégagerai de rem{3ire carlovingien la vraie France, et m’ap{3ellerai Robert le Fort! »
Du second sépulcre, sortit un moine au visage enthousiaste ; il portait une croix blanche sur la poitrine, il tenait un crucifix dans la main gauche, et dans la droite une épée nue :
(( J’inspirerai, dit-il, à notre pays la glorieuse initiative des croisades ;j’étaisautrefois l’archevêque Drogho, je serai prochainement Pierre l’ermite ! »
Son frère IRigues le suivit de près, encore sous la forme d’un homme d’Église, au regard austère, au grand front pensif.
(( Mon rôle sera moins belliqueux, dit-il, mais la patrie me devra sa réorganisation civile, et le premier développement pacifique de son merveilleux génie; je me nommerai Suger! »
Ce furent les deux ombres enlacées du comte Efllam et de Clothilde qui sortirent de la quatrième tombe, en murmurant d’une même voix :
(( Un des descendants de notre fils sera ce héros si vraiment Français qui se nommera Du Gueslin. )>
Déjà du sépulcre voisin, s’était élancé Landrik. Jehanne était auprès de lui, la sainte et vaillante Jehanne, armée de pied eu cap, déployant d’une main l’oriflamme, et de l’autre montrant une épée pareille aux treize autres :
C( Je dois la retrouver plus tard h Fierbois, dit-elle. Si le Ciel a permis que je restasse une pauvre fille des champs, c’est qu’il veut que des entrailles memes de la nation naisse un jour cet ange glorieux, cette héroïque vierge par laquelle la France sera sauvée... Nous serons Jeanne d’Arc î d
Et tous les deux ils passèrent, suivis bientôt de Bérenger, qui, le casque en tète et dans l’étendard fleurdelisé, disait :
<a L’un des descendants de Geneviève et d’Amaury sera le chevalier sans peur et sans reproche... et, comme dans le passé, il s’appellera Bayard ! »
Un peu plus loin, des deux fraternels cercueils, qui renfermaient Ilonoric de Béthune et Guilhem Duplessis, se levèrent ensemble deux grands hommes futurs, deux grands ministres, qui, l’un sous son costume de guerre, l’autre sous un long vêtement de cardinal, dirent presqu’en même temps :
Celui-ci :
<a Je serai Sully ! »
Celui-là :
(c Je m’appellerai Bichelieu ! »
Un autre groupe ne tarda pas à se montrer.
Il se composait cette fois de trois personnages revêtus d’un costume qui semblait devoir appartenir à peu près à la même époque. Les deux premiers tenaient en main le bâton des futurs maréchaux de France; le troisième, armé d’une hache d’abordage, avait la franche et male apparence d’un héros de la mer. C’était Hervé de la Tour, devenu Turenne î C’était Wilha le Burgonde, sauvant la France à Denain, et se nommant alors Villars !
C'était Barthold le Frison... Jean-Bart!
Il y eut ensuite un intervalle, un silence, durant lequel Boland, déjà presque aussi pâle que l’ombre d’Éginhard, ne put se défendre de lui demander :
(( Mais nous... nous, frère, quel sera donc notre rôle? »
Le fantôme répondit :
« Dieu nous a réservé la sublime tache d'inspirer, de guider, durant la succession des siècles tous ces héros inconnus que la
LE POISON DE MO PG ANE
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mort moissonne avant ia maturité de la gloire, tous ces généraux, tous ces capitaines, tous ces soldats dont le dévouement à la patrie reste sans récompense, et qui tombent avant la vingt-cinquième année sur les champs de bataille! G’esl nous qui devons donner l’élan à chaque armée française, c’est nous qui devons élre l’ame du courage et du génie français. Crois-moi, frère... notre part n’est pas moins belle que celle des autres!... Mais une dernière tombe est restée muette... Roland! regarde encore. »
Cette tombe était celle de Kalouméros.
Un autre Charlemagne en sortit, un empereur au |)rofjl antique, au front puissant, au regard d’aigle.
D’une voix brève, et comme faite pour commander à l’univers, il ne dit que ce seul mot :
(c Napoléon! »
Et tout en traversant la grotte, il toucha du doigt le manuscrit des Capitulaires de Charlemagne, sur le vieux parchemin desquels on entrevit aussitôt resplendir, en caractères de feu, ces deux lignes :