‹ L'Héritage de Pierre Le GrandChapitre 4 sur 66 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

même croire, (jiii, dans l'évolution du peuple russe semblent faire partie d'une loi constante. On dirait d un retour au chaos. La vie y palpite pourtant, sous des dehors confus, bizarres, monstrueux parfois.

Le reproche m'a été fait déjà d'un goût excessif pour le côté pittoresque des aspects historiques. Je risque plus encore de l'encourir cette fois. Je demeure convaincu qu'il y a, à cet égard, entre mes critiques et moi, simple malentendu et confusion de l'effet avec la cause. Cette querelle est un peu celle qu un habitant de la Beauce pourrait faire à un naturel du canton de Berne : Vous ne me montrez que des montagnes! Encore Ihistoire de la Russie au dix-huitième siècle n est-elle pas un paysage de la Suisse. Un paysage de l'époque cosmogénique plutôt. Vous assistez à la naissance d un monde. Tout s'y montre en saillies, en éruptions, en contrastes violents. On a fait des romans et des drames avec la matière de tous les chapitres, ou peu s'en faut, que vous trouverez dans ce volume. Et l'on n'a eu que le tort d'y introduire une part de fiction, combien superflue î La simple réalité y est pour défier l'imagination de tous les Dumas.

Ce cachet romanesque, le règne des jemmes a dû l'imprimer de lui-même à une époque où il s'est perpétué pendant près de trois quarts de siècle. D'autant que nulle loi d'hérédité n'intervenait pour l'établir ou le maintenir. Le pays s'est librement donné cette théorie de souveraines, ainsi qu'une série de maîtresses. Et il en a usé de même. En échappant au despotisme du créateur de la grandeur nationale, l'esprit anarchique et l'esprit d'aventure, qui constituentle fond de toute société en voie de formation, ont réclamé leurs droits sous diverses formes. La gynécocratie en a été une, et le gouvernement des Favoris en a été une autre.

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