‹ L'Héritage de Pierre Le GrandChapitre 41 sur 66 · LA COI 11 D'AN M-; I · texte numérisé non relu

LA COI 11 D'AN M-; I

naine kalmouke, Boujéninova, assise par terre au pied du lit, suit des yeux les fous de cour, qui, au milieu de la pièce, jouent au cheval fondu. Un vieillard courbé en deux, le prince A. M. Galitzine, vient de recevoir sur le dos son compagnon de marotte, le prince Volkonski, qui sert de support lui-mèn)c à la joyeuse figure de Halakirev, pendant qu un autre joueur, le comte Apraxine, s'est maladroitement étalé par terre. Auprès delà porte un des rivaux de Balakirev, Pedrillo, s'escrime sur un violon, un second, d'Acosta, excite les joueurs à coups de fouet et le petit Biihren en fait autant. Anne n'a pas l'air de prendre plaisir au spectacle; mais son entourage rit à gorge déployée. Nous y voyons la belle Nathalie Lapoukhine, promise dans un avenir prochain à une terrible destinée, et auprès d'elle le comte Lœwenwolde, son amant, ainsi que la princesse de Hesse-Hombourg. Ils ont interrompu une partie de cartes pour applaudir, et, plus au fond, un autre groupe, ou Ton distingue la future Régente, Anne Léopoldovna, le marquis de La Chétardie et Lestocq, partage leur satisfaction. A l'écart, le comte Miinnich et le prince Troubetzkoi gardent seuls un air grave, paraissant s'entretenir d'affaires. Dans un coin, à côté d'une cage à perroquets, la mine humble et patiente, le poète Trédiakovski attend des auditeurs pour une ode nouvelle, dont il tient le manuscrit. Mais une Tchérémisse en costume national et un négrillon qu'il a pour voisins n'accordent eux-mêmes aucune attention à sa chétive personne. Elle n'échappe pourtant pas, sans doute, à l'œil perçant d'un dernier personnage, qui, arrêté sur le seuil, enveloppe l'assemblée entière d'un regard réprobateur. C'est Volynski.

La mise en scène est assez exacte et ne réclame de moi que quelques commentaires explicatifs. Elle se place au nouveau Palais d'hiver. Après son couronnement, Anne vécut d "abord au Kreml, dans l'appartement assez confortable de l'ancien palais de plaisance iPotiéchnyï dvor) qui en faisait partie. Aux premiers jours d'été elle alla à Ismailovo, et, pendant ce temps, au Kreml même, dans le voisinage de l'arsenal, l'architecte italien, Rastrelli, bâtit un nouveau palais en bois qui

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s'appela Annenhof. L'Impératrice s'y installa en octobre 1730. Mais bientôt la maison Golovine avec le parc Petrovski, où elle donnait parfois des fêtes, lui plut tellement qu'elle ordonna à Rastrelli de construire dans le voisinage un autre Annenhof en bois, qui lut prêt pour l'été de l'année suivante et où elle passa Thiver même, jusqu'à son départ pour Pétersbourg en 1732. Depuis, elle n'est plus revenue à Moscou. A Pétersbourg elle prit ses quartiers dans la maison du comte Apraxine, léguée par l'amiral à Pierre II. Elle l'agrandit beaucoup et en fit un palais qui s'appela le nouveau Palais d'hiver, rancien,oùétaient morts Pierre I" et Catherine r% • — l'Ermitage d'aujourd hui — étant affecté au personnel de la cour(l). Les deux demeures furent avant peu prodigieusement remplies. La maison particulière de l'Impératrice, établie sur le pied d'un intérieurseigneurial de l'époque, maistrèsen grand, se doubla d'une cour à l'européenne. Dans la première, les animaux tenaient le plus de place; les oiseaux surtout, surveillés et dressés par l'allemand Warlend. Tel jour on réclamait pour sa Majesté d'un coup cent rossignols, cinquante pinsons, cinquante bruants, cinquante bouvreuils, cinquante ortolans, cinquante verdiers, cinquante serins, deux cents linots et linottes. Les perroquets, moins nombreux, étaient traités avec des égards particuliers. On voyait des cages dans presque toutes les pièces du Palais, et, dans l'un des jardins intérieurs une « ménagerie » contenait encore un grand nombre de volatiles, que l'on lâchait parfois et que l'Impératrice tirait au fusil ou à l'arc. Défense était faite, sous peine de galères, de chasser dans un rayon de trente verstes aux environs de la capitale. Pour les chasses de cour on faisait venir de toute la Russie des ours, des loups, des sangliers, des cerfs, des renards. En 17 40, Moscou expédia à Saint-Pétersbourg un lot de six cents lièvres vivants, et la même année le prince Kantémir achetait à Paris pour la Souveraine trente-quatre paires de bassets, au prix de onze cents roubles, en même temps que le

(1) ZaBiéline, Etudes liistorifjues, 1873, II, ^lO.

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prince Chtclierl)atov faisait Tacquisition, à Londres, de soixante-trois paires de chiens cornants, beajjles et lévriers. Du 10 juin au 2() août !Ti(), le tableau du (ji!)i('r tué par Sa Majesté seule porta : neuf cerfs, seize chevreuils, quatre sangliers, un loup, trois cent soixante-quatorze lièvres, soixantehuit canards sauva(jes et seize oiseaux de nier (T. Tout en songeant à révolutionner la Russie ou à y revêtir le diadème, Volynski ne dédaignait pas, en sa qualité de grand veneur, de prendre soin du chenil impérial.

Dans les appartements, la chienne Tsyirynka recevait ceux d'un prince authentique et un règlement de cour détaillait la quantité et la qualité des mets qui devaient être préparés à son intention par les cuisines impériales et délivrés contre reçu.

Du côté des humains, les familiers, hommes et femmes, appartenaient à toutes les classes de la société. Nains et naines, bossus et estropiés des deux sexes en grand nombre, ainsi que l'indiquent leurs surnoms, {Beznojka, sans jambe; Garbouchka , bossue) côtoyaient fous et folles, bouffons et bouffonnes, Kalmouques, Tchérémisses, nègres. Tout ce monde jouissait d'une grande liberté d'allures vis-à-vis des personnes fréquentant la cour, mais était assujetti, en ce qui concernait l'Impératrice, à une étiquette assez sé\ère. Après une séance de bavardage qui durait de longues heures, il arrivait à Mme Tchernichev, commère des plus verbeuses et pour cette raison traitée avec une faveur particulière, de ne plus pouvoir se tenir sur ses jambes. » Appuie-toi contre la table, Avdotia Ivanovna » , lui disait alors la Souveraine avec condescendance ; « cette fille te servira de paravent, et je n'en verrai rien v .

Le jeu au cheval fondu a fait partie, on voudra bien s'en souvenir, des divertissements usuels auxquels prenaient part, en France même, les courtisans du XVI" siècle, et, au point de vue des mœurs, un écart de deu.x siècles au moins doit constamment être sous-entendu ici. Chicot était bon gentilhomme. Les saillies auxquelles ses émules russes se livraient à la cour

(1) KARNoviTcir, Becits, p. 284.

d'Anne Ivanovna, paraîtront toutefois, en les plaçant même dans cette perspective historique, revêtues d'un caractère particulier de grossièreté vile et avilissante. Chicot peuthien devoir à la légende où à Dumas père une bonne part de son esprit mordant et fin. Je n'imagine pas Henri IV se plaisant aux espiègleries par lesquelles Balakirev et ses compagnons réussissaient à divertir Anne Ivanovna. La plus habituelle consistait à s'accroupir sur le passage de la Souveraine au moment où elle se rendait à l'église, en imitant le gloussement des poules à l'heure de la ponte. Il arrivait aussi que l'Impératrice ordonnât à quelques-uns des fous, de se ranger le long des murs, les dos tournés, les autres étant invités à distribuer des coups de pied à leurs camarades. Des rixes sanglantes en résultaient fréquemment. Le sang de Chicot a coulé sur d'autres champs de bataille. Imitant les fantaisies profanatrices de son oncle, la Souveraine imaginait de créer, pour les membres de la burlesque confrérie, un ordre de Saint-Benoit, dont les insignes rappelaient ceux de Saint Alexandre Nevski. Et de cela, en dépit de ses origines hérétiques, Henri IV ne se fût pas avisé.

Ils étaient six ayant un rang officiel : Balakirev et d'Acosta qui faisaient partie de l'héritage de Pierre le Grand ; une nouvelle recrue étrangère, Pedrillo, et trois membres de la haute aristocratie locale : Apraxine, Volkonski et Galitzine. Chicot n'était que cadet de Gascogne ; mais d'illustres précédents vouaient ici au même emploi des représentants de familles princières. Ivan le Terrible avait déjà eu comme fou le prince Gvozdev, qu'il tua en plaisantant, et il était naturel, eu égard aux tendances générales de sa politique, qu'Anne accentuât, sur ce point, la tradition. Pas plus qu'ailleurs du reste, et moins qu'ailleurs, l'emploi ne comportait, dans l'esprit du lieu, aucune signification dégradante. Un certain Ivan Andréiev Jirovoï-Zassiékine fut même anobli en lOTG pour services rendus dans cette fonction (l).

(1) RoviKSKi, Dictionnaire des portraits gravés, 1889, IV, 510.

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Balalvirev apparteiuut par ses origines à la j)elite noblesse. Après avoir fait office d'interprète dans un monastère, il vint à Pétersbourg en 17 J 8 pour apprendre le métier d'ingénieur et ne trouva qu'à se placer dans la domesticité de Catherine V", où Mons l employa comme intermédiaire pour ses trafics. Après l'avoir pris en faveur à cause de son humeur enjouée, Pierre I"" l'envoya à la chambre de question, ou il dut expier sous le fouet ses complaisances pour le beau chambellan. Catherine V le tira du bagne et Anne l" l'appela au poste où il devait s'illustrer. Mais la plupart des anecdotes qui ont circulé sur son compte sont in^ entées ou empruntées à l'histoire des fous de cour en Pologne.

D'Acosta, juif portugais, débuta comme courtier à Hambourg, pour passer au service du résident russe dans cette ville, qui l'emmena à son retour en Paissie. Comme beaucoup de ses congénères, il parlait la plupart des langues européennes, ce qui lui valut d'être apprécié par Pierre. L'ayant attaché à sa personne, le Tsar se plut à disputer avec lui sur la valeur relative de l'ancien et du nouveau Testament.

Pedrillo, de son vrai nom Pierre Mira, originaire de Naples, était A'enu à Pétersbourg comme chanteur-bouffe et premier violon à l'opéra italien. Brouillé avec le chef d'orchestre, il trouva refuge dans la troupe des fous et Anne en fit de plus son partenaire favori à la table de jeu. Il tenait habituellement la banque pour la Souveraine, y gagna une fortune et en profita pour prendre la clef des champs. Il avait une femme extrêmement laide. — - Est-ce vrai que tu esmariéà une chèvre?» lui demanda un jour Biihren. — " En effet, et elle va même « accoucher prochainement. J'espère que Votre Altesse dai- « gnera lui rendre visite et n oubliera pas le cadeau usuel Il pour la dent du nou\ eau-né » . Anne voulut que toute sa cour y allât et, au jour fixé, on trouva Pedrillo au lit à côté d'une chèvre en grande toilette, rubans et dentelles. Le drôle faisait aussi les commissions de l'Impératrice : engagements de chanteurs et de chanteuses italiennes, achat de bijoux et de meubles précieux à l'étranger. En 1735, les Espajjnols ayant

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occupé la Toscane, il écrivit, an nom delà Souveraine, h. Gdiiion de Médicis, lui promettant quinze mille hommes de troupes russes avec une avant-garde de Cosaques et de Kalmouques, en échange d'une quantité convenable d'eau-de-vie de Danzig, « la plus forte, expliquait-il, celle avec laquelle Votre « Altesse avait coutume de s'enivrer en Bohême » . En même temps, pour remédier aux embarras financiers dans lesquels le prince dépossédé devait se trouver, il lui proposait l'achat d'un gros diamant dont l'Impératrice avait envie, et cette partie au moins de sa correspondance était absolument sérieuse.

Je m'arrête un instant à ces figures parce qu'elles font corps avec le milieu intellectuel et moral où elles ont évolué. Celles des trois autres fous contemporains sont encore plus instructives à cet égard.

Le prince Nikita Fiodorovitch Volkonski avait eu une situation en vue sous Pierre \" et Catherine r% grâce à sa femme, Agraféna Pétrovna Bestoujev, l'intelligente, ambitieuse et remuante personne, dont j'ai eu déjà à faire mention. Celle-ci donna, en ce temps, à Anne Ivanovna des motifs de mécontentement et eut si fort à s'en repentir après l'élévation inattendue de l'ex-duchesse de Gourlande, qu'elle mourut de chagrin en 1732. Anne fit alors venir à Pétersbourg son mari, qui, faible d'esprit, vivait à la campagne, y commettant mille ïoViei, ei par mesure défaveur le destina à son amusement. Comme il s'acquittait avec zèle de ses attributions, elle lui confia encore la garde de Tsytrynka^ sans lui enlever son rang de chambellan.

Le Comte Alexis Petrovitch Apraxine, neveu de l'amiral qui fut compagnon d'armes de Pierre I", dut à une autre faveur de même genre de cumuler la fonction de gentilhomme de la chambre qu'il possédait déjà à la cour de Catherine P% avec l'emploi où il brilla à côté de Pedrillo. Il paraît s'en être accommodé fort bien, recevant des largesses assez considérables sur les fonds du régiment Préobrajenski, qui de son côté acceptait sans murmurer le partage. Marié à une Galitzine, il avait pour beau-père le prince Michel Alexiéiévitch, petit-fils de l'infor-

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luné amant de Sophie. Pierre I" fit de eeiui-ciun simple soldat et le laissa péniblement arriver au (jrade de major. Veuf en 1729 de sa première femme, une Khvostov, Michel Alexiéiévitch Galitzine reçut la permission de voyagera 1 étranger, s'éprit d'une Italienne de basse extraction et se fit catholique. De retour en 17;i:2, il vécut obscurément à Moscou, cachant sa femme et sa conversion. L'aventure finit néanmoins par être ébruitée et les Galitzine poussèrent des cris d'horreur. Simplement intriguée, Anne voulut voir le coupable, tomba en pâmoison devant sa bêtise et lui décerna la palme parmi ses amuseurs attitrés. ^ Il les a tous battus ! " écrivait-elle avec enthousiasme à Soltykov, en le remerciant de lui avoir envoyé cet incomparable sujet. « Si vous en trouvez un second pareil, « ne manquez pas de m'en prévenir. » Le mariage et la conversion du nouveau fou furent déclarés nuls, comme de raison, et il ne revit plus Jamais son Italienne. En 1735 celle-ci se trouvait à Moscou dans la plus profonde misère, n'arrivait pas à payer un loyer de trois roubles par an et disait à un visiteur : » Si le diable me donnait de l'argent je lui don- « nerais mon âme. » L'année d'après, le diable vint sous les traits d'Ouchakov, et elle disparut sans trace. Un fils qu'elle avait eu de son mari a dû mourir jeune, car aucune généalogie n'en fait mention. Le père eut, lui aussi, double emploi à la cour d'Anne Ivanovna, servant d'éclianson à l'Impératrice pour le Kvass. D'où le surnom de Prince-Kvassnik qui lui fut donné jusque dans des documents officiels.

Ces fous professionnels trouvaient de nombreux suppléants et rivaux parmi les personnages fréquentant la cour. Le générallieutenant P. S. Soltykov se distinguait par son habileté à faire des figures avec ses doigts et à tourner le bras droit dans un sens et le pied droit dans l'autre. Anne Ivanovna, dite lioujéninova, à raison d'un plat de porc préparé avec du vinaigre et des oignons [boujém'na), son mets favori, vieille Kalmouque horriblement laide, était sans pareille pour les grimaces et les contorsions bizarres. Un jour elle manifesta en plaisantant le désir de se marier. Le lendemain Galitzine fut averti (jue l'Im-

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pératrice lui avait trouvé une femme et que la Souveraine prenait à sa charge les frais de la cérémonie. A cette occasion fut conçue l'idée de la fameuse Maison de glace, dont Tatichtchev parait avoir été l'auteur et dont une commission spéciale présidée par Volynski assuma Texécution.

Avec des blocs de glace arrosés d'eau chaude, l'édifice fut construit sur la Neva, entre le Palais d'hiver et l'Amirauté. Il mesurait vingt-quatre mètres de longueur sur sept mètres de largeur et une hauteur de dix mètres. 11 eût à son sommet une galerie à jour garnie de colonnes et de statues. Un perron à balustrades sculptées dans la glace conduisait à un vestibule éclairé par quatre fenêtres, qui divisait la maison en deux parties : d'un côté était la chambre à coucher avec un grand lit, où rideaux, matelas, couvertures et oreillers étaient également en glace. Dans une cheminée flambaient des blocs de glace arrosés àe pétrole.

Il est curieux que l'huile minérale, comme l'indiquent les descriptions contemporaines de cette fantaisie impériale, ait été utilisée dès cette époque, sans que l'emploi en paraisse généralisé avant le milieu de notre siècle.

Un cabinet de toilette agencé de même complétait cette partie de l'appartement. Dans l'autre se voyait un salon, où une pendule montrant son mécanisme à travers des lames de glace transparentes, une table à jeu avec cartes et marques, des statues et divers fneubles, en glace sculptée toujours, donnaient l'illusion d un intérieur somptueux. La salle à manger suivait, avec un dressoir richement garni : vaisselle, service à thé et assortiment de mets variés, qui n'étaient encore que de la glace artistement ouvragée et peinte en couleurs naturelles. Devant la maison six canons et deux mortiers en glace, sur affûts de même matière, tiraient des boulets de six livres et des bombes de soixante-quatre livres en bois. Deux dauphins vomissaient des torrents de pétrole enflammé. Un éléphant lançait de l'eau à vingt-quatre pieds de hauteur et barrissait, un homme caché à l'intérieur s'employant à cet effet. Deux pyramides creuses et éclairées à l'intérieur servaient à l'exhi-

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