‹ L'héritage maudit [microforme]Chapitre 5 sur 7 · ER · texte numérisé non relu

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Il sera facile de comprendre l'embarras du père Braise, lorsque le lendemain de la corvée qui avait donné lieu à la fête de la Sainte-Catherine à laquelle nous avo,. :sistés, il vit la veuve Lachance se présenter ch : lui et lui demander pour Cyprien la main de Céline.

Si la veuve Lachance s'attendait à voir sa demande accueillie avec enthousiasme, elle dut être amèrement déçue. Devant la gêne évidente de son interlocuteur, elle crut devoir faire remarquer qu’elle demandait moins une promesse formelle de mariage que l'espérance de pouvoir y compter un jour.

Le père Braise prit alors son courage à deux mains, comme on dit chez nous, et confessa avec franchise que Cyprien n’était pas du tout l'idéal du mari qu’il avait rêvé pour sa fille.

—Et pourquoi donc, si je ne suis pas indiscrète? dit la veuve Lachance intriguée.

—C'est un peu difficile à dire, madame lachance.

—Ce n’est toujours pas un crime”?

—Eh! oui, vous l’avez dit.

—-Un crime! vous voulez rire évidemment.

—Rien de plus sérieux, madzme Lachance.

— Enfin, expliquez-vous, de grâce.

—Puisque vous le voulez! On le voit trop souvent à la “bebotte” votre Cyprien. Il ne crache pas dans son verre, comme on dit, et ce n’est pas un certificat pour le bonheur de sa femme, je vous en réponds.

| un ivrogne.

| —Ïl me paraît l’étoffe toute taillée pour en ! faire un, et avant longtemps.

-—Après un avertissement sérieux, je suis

sûre qu’il se Corrigera; car c’est un bon garçon, : Cyprien.

—$Se corriger? C’est bougrement difficile sans un de ces miracles qui n'arrivent pas tous les jours, Parce qu’il faudrait d’abord que le malade veuille être guéri.

—Je n'aurai qu’à lui demander.

— Naturellement ! Si vous avez la précaution de mettre son mariage au bout, il vous promettra dur comme fer, de ne plus toucher à un verre de boisson. I] sera fidèle un mois et, qui sait? peut-être même deux mois. Mais emporté bientôt par son Caractère non moins que par sa Passion, il oubliera sa promesse et la vôtre. Une malchance pourra le secouer: il pleurera en jurant ses grands dieux qu’il fuira désormais l’alcool comnic Ja peste. Et, remarquez bien, ses nouveaux serments seront sincères. Puis, il oubliera encore. Et ainsi de suite. Aimable, ca- Jjôleur, généreux, il sera toujours entouré d’amis qui se chargeront de ses promesses à lui, du mal. heur de sa femme et du déshonneur de ses enfants. |

—Si Cyprien se marie avec une personne . aime, ne serait-ce PaS Un moyen de le sauver

on

NT, en

—Rien n’est moins certain: 95 fois sur 100 ça rate, et cela fait deux éclopés pour la vie.

— Alors, il faut abandonner la brebis qui s’égare pour garder les autres au bercail?

—[l me semble bien qu’en abandonnant ses brebis, le Seigneur les gardait tout de même: D'ailleurs, je n’ai pas 99 filles; je n’en ai qu’une. Et pourquoi mon désir de son bonheur seraitil moins légitime que le vôtre pour celui de Cyprien ?

La veuve Lachance demeura silencieuse, Il parut au père Braise qui la regardait à la dérobée, qu’elle tournait vers la fenêtre des yeux mouillés. Mécontent, au fond, de peiner sa voisine, il tournait et retournait sa tuque entre ses mains, comme pour en faire sortir une idée. Laborieusement tourmentée, la tuque laissa échapper son secret, et la père Braise pensa qu’il pourrait renvoyer la veuve Lachance contente: ne compromettre, ni lui ni sa fille, et fournir du

même coup à Cyprien une occasion, non de se corriger — ji] n’y croyait Pas — mais de montrer jusqu'où il pouvait pousser la générosité de ses efforts. Aussi, après avoir toussé pour se donner contenance, il reprit :

—Î ne sera pas dit que le père Braise a refusé de tendre à Cyprien, ce que vous considérez comme une planche de salut. Je lui permets cet espoir, à condition que Céline ne le sache pas. Ma fille sera sûrement libre à son retour. La conduite de Cyprien me dira si Je suis tenu de réaliser cet espoir.

La brave madame Lachance se confondit en actions de grâces, auxquelles le père Braise ré-

"ie

pondait par de brefs: “I] n’y a pas de quoi !”? Île partit en affirmant sa conviction que le bonheur de Céline ne pouvait être plus assuré. Ce à quoi le père Braise répondit: “Ainsi soit-il !” en se contentant da prendre un air incrédule. Et tout en reconduisant sa voisine à la porte, il se disait en lui-même : je suis aussi fin qu’elle, je veillerai.

On a vu comment Cyprien, sans manquer à la parole donnée par sa mère, avait, Je soir de

nouveaux qu’elle n'avait Jamais vus dans le dictionnaire du Pensionnat, et qu’elle repassait avec délices, pour les graver dans sa mémoire.

Elle n’aimait peut-être pas encore Cyprien, mais déjà, il lui plaisait,

Mademoiselle Céline,

I} m'a paru que cette journée du 1er de l’an

serait moins ennuyante si je mettais la main à

la plume, pour vous faire assavoir de mes nouvelles qui sont très bonnes, en espérant que la présente vous trouvera de même. Je vous souhaïte ine bonne année, tous vos désirs accor :plis, avec le paradis à la fin de vos jours. Je pense que ces vœux vous seront agréables autant que j'ai du plaisir à vous les marquer. Si c'était un effet de votre bonté, de souhaiter la pareille à M. Larrivée et aussi à Mamselle Mérance.

Je puis vous assurer que c’est la première année que le temps me semble si long. Il me paraît qu’il y a une cité de temps que nous avons veillé ensemble à la Sainte-Catherine chez vous. Si je n’ai pas d’avarie, je compte bien prendre le bord de chez nous, à la fonte des neiges. En attendant ce beau jour, et de peur que ma lettre vous tanne, je m’arrête en vous disant au plaisir de vous revoir.

Celui qui pense à vous,

Cyprien Lachance.

Chantiers Simpson, Lac Supérieur.

ler janvier 189..

Cette lettre, écrite comme on le mier de l’an, ne parvint à Céline Q

AD MOI Ed de bouleverser sa vie. = Racontons brièvement ce qui se

Après le départ de Cyprien, le tait aperçu que Céline devenait

Et

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