‹ L'héritier de RedclyffeChapitre 30 sur 51 · II · texte numérisé non relu

II

Et la petite fille, ft'élançarft de la voilure, reçut le premier baiser de son nouveau frère.

— Où est Aray ?

— Ici, dans le vestibule.

Charlotte fut bientôt dans les bras de sa sœur, pendant que Walter aidait Charles à descendre 4^ voiture.

— Venez vite changer de robe, dit Amy à sa sœup en l'entraînant dans sa chambre. Là elle eommeliça

J* à la déshabiller.

* — Ne prenez pas cette peine , Amy , laissez-moi sonner.

— Non, ies domestiques sont toutes occupées. Où est votre seconde robe blanche ?

— Non, non, s'écria Charlotte, en saisissant la main gauche de sa sœur; Lady Morville ne doit pas commencer pas être ma femme de chambre !

— C'est égal, cUère petite ; je ne pourrai rien fair» pour vous de longtemps.

La voix. d'Amy trembla, et Charlotte l'embrassa encore.

— HâtM»-nous, reprit Amy, voici les voitures.

— Amy, Amy, je ne sais si je suis triste ou con^ tente.

-^ Pour moi, reprit-elle, je suis l'un et l'autre.

A ce moment madame Ëdmonstone et Laura eor trèrent. Puis vinrent les paroles entrecoupé^, les larmes et les sourires. Pauvre Laura, ses larmes étaient brûlantes, ses sourires amers et bien différents du reste de la famille l

Nous passerons sous silence les détails du déjeu* ner et les splendeurs du gâteau de màriÀge^ aussi bien que le beau discours dans \ei\ne\ lord Kllcoran porla la santé dès nouveaux mariés. Laurâ se rendit agréable et utile, jouant le rôle de mademoiselle Edmonstone^ charmée de Thèureux mariage de sa sœur^ tandis qu'au fond elle était triste et découragée^

Elle fut bieii aise quand sa mère se leva de table et que les dames se retinrent ^ bien aise d'avoir à parler aveô des étrangers au salon ^ au lieu d'être sous le regard pénétrant d'Evcliné et de Mary Ross* Elle aida sa sœur dans ses pt*éparatifs de départ. Cette opération dura longtetnps; mais enfin Anây fut habillée de son joli petit costume de voyage : Une robe de taffetas bleu foncé, un mantelet de mousseline et un chapeau blanc. Madame Edmonstone lé, laissa encore un instant avec •a sœur, et passa dans son cabinet de toilette^ Elle y itWvsL Waltêr appuyé à la cheminée comme autrefois, quand il venait lui conter ses peines.

— Est-ce que je vous dérange? dit-il. J'avais besoin de venir encooltme fois ici^ dans cette chambre oà j'ai passé de si heureux thonkents.

— Où je vous ai toujours vu avec plaisir.

— Vous avez été remplie de bontés pour moi, Ajoutait ^ih

*-*• Vous rappelez»-Vous le jour où je vous ai priée de me diriger, comme' si j'étais Charles? Je ne songeais

guère alors ;

il se tut et madame Edmonstone lui dit :

•^ J« ne pensais pas non plus alors Combien je sd-

rais heureuse un jour de vous appeler mon fils, et elle lui donna un baiser maternel.

— Je voudrais pouvoir vous dire la moitié de ce que j'éprouve ! Arrivé ici comme un étranger, j'y ai trouvé une famille.

— Vous nous avez aussi procuré bien des jours heureux; vous avez fait surtout beaucoup de bien à mon pauvre Charles. Puissiez-vous, cher Walter, trouver à votre tour du bonheur chez vous.

— Comment cela ne serait-il pas avec elle?

— Il n'est pas nécessaire que je vous la recommande, dit en souriant madame Edmonstone; mais j'éprouve aujourd'hui un peu de ce que j'éprouvai, la première fois que je la laissai sortir seule avec Laura.

Laura entra dans ce moment. Elle ne pouvait que pleurer quand elle était seule avec Âmy, et venait se réfugier dans le boudoir pour ne p^s l'affliger. Mais elle souffrait plus encore à rencontrer Walter. Elle sentait qu'elle aurait dû lui dire des paroles amicales et ne pouvait. Il parla le premier.

— Laura, tâchez de vous remettre à présent que tout est fini. N'étudiez pas trop les mathématiques et ne vous fatiguez pas.

Laura sourit tristement.

— - Voulez-vous me faire un plaisir^ Laura? Faitesmoi un de vos jolis dessins l'intérieur de l'église.

Est-ce trop demandera

— Oh non ! Je le ferai avec plaisir !

— Mais seulement quand cela vous plaira, et tout à votre aise. Ce sera pour moi une preuve que vous

me pardonnez le chagrin que je vous cause. J'en suis bien fâché.

— Vous êtes si bon, dit Laura fondant en larmes; et sa mère étant sortie elle ajouta : N'essayez pas de me consoler, Walter ; ce n*est pas votre faute, mais je suis extrêmement malheureuse !

— Amy m*a dit que vous étiez affligée à cause de Philippe. Je voudrais pouvoir faire quelque chose, Laura. Je tâcherai de le rencontrer en^Suisse, et alors, qui sait si nous ne pourrons pas tout arranger. Dans tous les cas, il sera bien aise d'apprendre que vous le jugez favorablement.

Ces paroles amicales éveillèrent dans le cœur de Laura des sentiments fraternels pour Walter, qui ne la quittèrent plus. Si seulement Philippe avait su ce qu'il perdait ! Charlotte entra.

— Je suis bien aise de vous trouver, Walter. Je voulais vous rappeler votre promesse de m' écrire la première lettre signée : a Votre frère affectionné. »

— Je ne l'oublierai pas, Charlotte.

— Walter ! où est Walter ! criait M. Edmonstone. La pluie a cessé; descendez tous deux ou vous serez en retard.

Madame Edmonstone alla chercher Amable. Pendant le temps qu'elle avait passé seule, Amy avait prié. Quand sa mère l'appela, elle se leva tranquillement*, et, rencontrant Walter au haut de l'escalier, elle prit son bras et descendit avec lui.

Charles était sur un sofa dans l'antichambre, causant beaucoup pour cacher son émotion.

— Amy^ petite femme^ vous nt^us faites limu^n^t Ecrivez bientôt, et ne vous ennuyez pas tro)^ de moiv

Il y eut une odîlfusion d'iadieut et dé baifters tleviBtnt la porte, où Charles lui-même était Venu eu ft'a^ puyant sur le bras de Charlotte. Puis M. Edruônutoûe fit monter Amable eu voiture»

— Adieu, adieu, ma chère petite I Dieu voué bénisse et soyez heureuse! Walter, adieu! Je voue ai donné ce ()ue j'avais de plus précieux, Qiais c'est de bon cœut. Soignea-te bien, car c'est une perle de grand prix! Adieu, mon fils!

Walter répondit par un serrement de maito. Comttie il allait monter en voiture, il se retourna.

— Charlotte, j'ai enfermé Trim datta ma chambre. Ouvrez-lui dans une demi-heure, is'il voué platti Je lui ai tout expliqué et il sera sage. Adieu.

— J'aurai grand soin de lui, ^t je vous donnerai de ses nouvelles.

— Et vous> Mar^Ktm, souvenet-vous que si le château n'est pas ptél à lïi Saint-Michel, nous serons obligés d'aller demeurek* chez vous.

Enfin, comme i'il n'eût pu faiw autrement, Waher se retourna encore vers Charles, lui serra la maiti et dit :

— Dieu vous bénisse, Charles!

Un instant aptès> il était auprès d'Amablé, et ils s'iéloignèrem,

Amable se pencha en ayant pour voir encore sa mère, jusqu'au moment où une Kmgue branche de cytise vint frapper son chapeau, et secoua sur ses ge-

noux les gouttes de pluie dont ses fleurs jaunes étaient couvertes.

— Voyez, Amy, les fleurs de Hollywell vous pleurent!

Elle sourit à travers ses larmes. Dans ce moment la voilure sortait du bosquet, et,l5ur les nuages sombres, les deux jeunes mariés virent devant eux un magnifique et parfait arc-en-ciel. On eût dit un arc de triomphe sous lequel ils devaient passer.

— Que c'est beau î s'écrièrent-ils.

— Wallfer, dit Amy, q^iahd le brillant météore eut disparu, c'est un préàagèi Si nous avons des malheurs, ils seront suivis d'un arc-en-ciel.

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