‹ L'héritier de RedclyffeChapitre 41 sur 51 · WALTER MORVILLE · texte numérisé non relu

WALTER MORVILLE

DE REDeLTFFE, ANGLETERRE, mort la veille de la ^int-M ichel, 18.».

4 L*AOS D« ai ANS IT Biai.

Je crois la communion des saints^

— Voulez-voQSy s'il vous platt^ donner la chose à Arnaud quand ce sera prêt? Il renverra à Thoinaie chargé de faire la croix. J'espère que les habitants le respecteront.

— Je vous remercie^ dit Philippe. Mais, quoique je ne veuille rien chainger à ce que vous aurez choisi, il y a un passage qui me semblerait bien à propos : a Personne n'a un plus grand amour. »

— Je sais ce que voulez dire, dit-elle; mais le sens de ce -passage est trop élevé pour qu'il eût aimé qu'on le lui appliquât.

— Et d'ailleurs, quel droit ai-je de le citer? dit Philippe avec amertume. Non, écrivez plutôt ces paroles : « Si ton ennemi a soif, donne-lui à boire, et en faisant ainsi tu amasseras des charbons ardents sur sa tète... » Ils brûlent déjà sur la mienne, dit-il en portant la main à son front.

— Ne pariez pas ainsi ; vous savez que, même au plus mauvais moment, il vous regardait comme un ami sincère.

Philippe gémit; et elle crut devoir passer à un autre sujet.

— J'aime mieux ce que j'ai choisi, dit-elle; cela fera peut-être du bien à ces Italiens de voir que les protestants ont le même Credo.

Après une pause, pendant laquelle il regardait le papier, elle reprit :

~* Voulez-vous m'écrire quelquefois? Je serais bien aise d'avoir de vos nouvelles.

— Oui, je vous remercie, répondit -il avec un

soupir, comme s'il désirait en dire davantage. Amable reprit :

— Savez-vous qu'ils n'ont pas reçu votre lettre?

— 0 ciel ! s'écria Philippe en se levant. Us ne savent donc pas?

— Pardon j asseyez-vous, Philippe et écoutez-moi. lis savent tout ; la pauvre Laura s'est trouvée si malheureuse, en apprenant votre maladie^ qu'elle a tout avoué à maman.

Il obéit à la main qui l'invitait à s'asseoir, et regarda Amable attentivement, pendant qu'elle lui expliquait comment les choses s'étaient passées, et^ qu'elle l'assurait que Laura avait été traitée avec la plus grande douceur.

— Us lui pardonnent donc! Amy, que je vous remercie ! Vous m'avez délivré d'un pesant fardeau. Je suis bien aise qu'elle ait parlé la première. Mais pour moi, je vois bien, à travers tous leurs ménagements, de quel œil ils me regardent!

— Us savent que vous regrettez ce que vous avez fait et que vous avez tout écrit. Us vous pardonnent, mais ils ne peuvent parl^ de ces choses à présent.

— Si vous me pardonnes, Amy, dit-il d'une voix rauque, je puis attendre le pardon de tout le monde!

— Chut! ne parlez pas ainsi. Vous avez été si amical et nous avons tant souffert ensemble, qu'il serait impossible de ne pas oublier le passé. Ainsi vous m'écrirez, et vous me donnerez votre adresse?

— Vous m'écrirez aussi? s'écria Philippe avec un mouvement de joie. Amy! c'est trop de bonté! Les

charbons ftfdents... Il s'arrêta, en portant de nouveau la main à son front.

— - Ne dites plus cela, Philippe. Aves-tous mal à la tète?

— Pas exactement, mais elle est si rempliede tous^ Amy,... de lui.. .que fai connu trop tard... que je n'ai pas voulu comprendre... que j'ai persécuté 1... Amy, si vous pouviez vous flgurar mon angoisse^ vous comprendriez celle du premier meurtrier, quand il dit : a Ma peine est pins forte que je ne puis la supporter.»

^ — Je ne comprends pas, dit Amy; car lui, sa repentanoe le rendait heureux. Sans doute, plus vous souffrez à présent, plus vous serez consolé. Cette Bible, dit-eUe, en prenant celle qui avait appartenu à Walter, sera une consolation pour vous, comme elle en a été une pour lui.

Elle prit une plume pour écrire sur ce volume le nom de Philippe au-dessous de celui de son ancien propriétaire.

— Et la date, Amy Oui, dit-il, eomme il la vit

écrire : a De la part de W. M. » Mais, mettez aussi : a Et de celle de A. M. » Merci! Encore une chose, ajouta-t-il très bas. Ce passage que vous m'avez cité quand vous vîntes me chercher... le cœur froissé et brisé.

Ciomme elle finissait d'écrire, madame Edmonstone entra.

—Amy, tout est prêt, il faut partir. Adieu, Philippe, a]oUta-l-elledu ton d'une personne si pressée de partir,

qu'il lui semble que les adieux hâtent ce moment. M. Edmonstone était encore plus pressé. H vint toi^lier cordialement la main à Philippe, en lui disant de reprendre bien vite sa bonne mine. Amable lui tendit aussi la main. Elle aurait voulu pouvoir prononcer quelques paroles consolantes, tnàis elle n'en eut pas la force. Elle rougit, baissa son voile et s'éloigna.

Philippe descendit avec eux ; il la vit entrer dans la voiture, où sa mère la suivit. M. Edmonstone se plaça auprès du cocher. Philippe sç rappela le gai sourire avec lequel il Tavatt vue entrer dans cette voiture, la dernière fols, et le jeune homme agile qui Tavait suivie ; il se rappela aussi le regard amical de Walter, quand il avait essayé une dernière fois de le persuader, et les soupçons injustes, la fierté, avec laquelle il avait repoussé cette dernière chance de réconciliation.

Devait-il revoir encore Amable? Il gémit et retourna dans son appartement désert.

Page 1