‹ L'héritier de RedclyffeChapitre 42 sur 51 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

EtYOis

Si quelque chose d^enjoué, de frais ou de libre, Peut se comparer à la calme douceur De cette pâle forme à moitié endormie ; C'est pourquoi autour de cette couche chérie Nous nous arrêtons heure après heure :

L'amour que nous nous portons Tun à l'autre. Tous les trésors des souci» que nous endurons. Nous versons tout dans son sein.

{Lyra Innoetnlium.)

Le frère et les sœurs qui étaient demeurés ensemble à Hollywell avaient passé leur temps fort tristement. Ils n'essayaient pas même de se consoler les uns les autres. Le chagrin de Charlotte était violent et se trahissait par des sanglots qu'elle ne cherchait pas à contenir. Rien ne put la calmer^ jusqu'à ce que M. Ross lui fit quelques observations sur cette conduite, et qu'elle apprit combien celle d'Âmable était différente. Elle se sentit honteuse alors, et redoubla d'attention envers Charles, qii'ellese reprochaitd'avoir négligé.

Cependant Charles avait besoin qu'on hii rendit peu de services. li préférait qu'on le laissât seul. Après s'être écrié :

— Ma pauvre Amy ! il ne prononça pas un mot de plainte, mais il demeura couché, heure après heure^ sans parler, et pensant aux jours fortunés qu'il avait passés lorsqu'il avait Walter pour compagnon, pour ami, puis pour frère... C'était le premier rayon qui eût éclairé son existence et qui lui eût montré qu'elle n'était pas dépourvue de toute joie. Il rêvait aux brillantes promesses qu'il avait cru voir dans l'avenir, à ses espérances pour sa sœur chérie ; et sa douleur augmentait en pensant à elle. C'était le premier chagrin de Charles, et il était bien profond! Rien ne semblait le consoler un peu que les visites de M. Ross, qui venait le voir chaque jour, et lui disait qu'il avait partagé toute son affection et toute son admiration pour Walter. Tl avait surtout admiré son détachement du monde à l'époque de son mariage, alors que tout semblait lui sourire ici-bas.

M. Ross avouait qu'il avait beaucoup compté sur le bonheur de voir ce jeune homme tenir tout ce qu'il promettait; mais il était allé fleurir plus complètement là où rien ne pouvait arrêter le développement de sa belle âme. a L'espérance semée dans les sillons de la terre allait mûrir dans les cieux. » Charles soupira, disant qu'il était dur de ne pas le voir, et que, quoiqu'on pût lui dire, il ne pouvait s'empêcher de penser à sa sœur. Qu'était le chagrin d'un firère auprès de celui de la jeune veuve? Mais M. Ross avait

une grande congançe en la profonde résignation d'Amable, et lui prédit qu'elle se relèverait de ce coup plus forte qu'auparavant. Charles s'efforçait de le croire et de se consoler ; il lui montrait les lettres qu'il avait reçues, et qui confirmaient l'opinion de M. Ross. Il écoutait avec plaisir ce que le ministre lui disait des regrets de tout le village.

Laura ne cherchait pas, comme son frère et sa 3œiir, des consolations auprès de IVf . Ross et de Mary. Elle parlait peu, remplissait tous ses devoirs de ménagère, écrivait des lettres, soignait Charles, et avait l'air profondément triste et abattu, Mais elle ne disait rien, sachant que son frère et sa sœur ne croyaient pas qu'elle aimât Walter autaùt qu'ils l'aimaient, et Charles ne lui disait rien non plus, étant trop mécontent de Philippe pour savoir comment la consoler.

Ce fut un soulagement pour tous d'apprendre un jour que les voyageurs étaient arrivés en Angleterre^ et seraient le soir à la maison. Madame Edmonstone avait pensé qu'il valait mieux arriver tard^ pour qu'Amable pût se retirer tout de suite et se coucher " dans son ancienne chambre, comme elle le désirait particulièrement.

A la tombée de la nuit, le pauvre Trim avait été enfermé dans la chambre de Charlotte, et Charles et ses sœurs étaient assis autour du feu du salon, se de* mandant comment ils allaient la recevoir, et se souvenant avec quelle impatience ils avaient attendu cette réunion peu de temps auparavant. Charles se rappelait aussi celte conversation sur la peloosoi et

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sa question : « Quand nous retFOUveroi»-noa« tous les trois ensemble? 0 mais il ne disait pas un mot. Laura essaya de lire ; Charlotte entendait sans cesse le bruit des roues. Mais tout était si tranquille que^ quaml la voiture approcha réellement , on Tentendit sur la route, lonflemps avant qu'elle entrAt dans l'avenue. Laura et Charlotte coururent dans le vestibule ; Charles prit ses béquilles, mais il tremblait tellement qu'il fut obligé de s'asseoir : dans, ce nioment il vit entrer les trois voyageurs en noir. Amy appuya sa figure contre la sienne; mais elle ne parla pas, et ee fut madame Edmonstone qui lui dit :

— Mon Charles ! en le pressant dans ses bras et en versant un torrent de larmes.

Son père avait aussi uu léger tremblement dans la voix, quaod il lui demanda :

— Eh bien i Charles, mon garçon, comment avei* vous été sans nous?

Ils s'assirent, Charles ayant sa sœur auprès de lui, et tenant dans sa main une main moins tremblante que la âenne, quoique brûlante et fiévreuse. 11 se pencha en avant pour la regarder; elle tourna sa figure vers lui comme pour lui répondre. Elle était toujours la môme, quoique plus pâle et plus maigre, et ses paupières étaient rougies par le défaut de som- Rieil ; mais Charles fut presque aussi effrayé que sa mère de sa mélancolique sérénité.

— Avez-vous été bien ? lui dit-eUe d'une voix faible, mais qui lui sembla étrangement familière.

^ — Oui, très bien, merci.

n y eut une pause suivie d'un échange de questions et de réponses sur diverses petites circonstances du voyage. Puis, madame Edmonstone dit qu'Amy devrait monler dans sa chambre.

— Je n'ai pas vu Trim,dit Amy regardant Charlotte.

— Il est dans ma chambre, répondit^alle.

— J'aimerais à le voir.

Charlotte se hâla de sortir pour essuyer ses larnnes.

Le pauvre Trim avait toujours attendu son maître depuis son départ^ et, entendant le bruit d'une arrivée, il était impatient de sortir de sa prison. Il s'élança dès qu'elle lui fut ouverte, et grattait à la porte du salon avant que Charlotte fût là pour le faire entrer. Il se précipita dedans et vint poser sa tète sur les jg^enoux d'Amable, en branlant la queue pour lui souhaiter la bienvenue^ il remarqua aussi M. et madame Edmonstone, mais un instant seulement^ et il se mit à flairer tout autour de la chambre en cherchant quelque chose ; puis il revint vers la porte et regarda Charlotte pour qu'elle le laissât sortir. Elle le suivit, et, dès qu'elle fut dehors, elle se jeta à genoux; alors, pressant son front contre sa tète noire et soyeuse, elle murmura : C'est inutile, il ne reviendra pas!

Tout à coup Trim la quitta encore , et s'approcha , en remuant la queue, du porte^manteau qu'elle reconnut aussi bien que lui. Charlotte put à peine retenir un grand éclat de pleurs, en pensant à la joie que c'était autrefois de le voir arriver !

Mais Trim s'était bientôt éloigné du pcNrte-maateau,

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et, comme la petite fiile cherchait à se remettre pour retourner au salon, elle entendit le pauvre animal pleurer devant la poi*le de la chambre à coucher de son maître. Dans ce moment Âmy sortait du salon, et sa sœur, craignant qu'elle n'entendit le chien , courut pour lui ouvrir, et s'enferma avec lui dans Tobscurité , où , assise par terre et caressant ses boucles soyeuses, elle sanglota pendant longtemps.

Cependant Amable était arrivée à sa chambre , et la parcourait des yeux avec un triste sourire. Elle pensait à la dernière prière qu'elle y avtit faite le jour de son mariage j celle prière avait été exaucée, car sûrement la main de son Père céleste Tavait aidée à supporter son afQiction.

Quoiqu'elle dit qu'elle était bien, sa mère la fit coucher tout de suite, et Laura l'aida à se déshabiller avec une tendresse respectueuse et craintive. Dès que les deux sœurs se trouvèrent seules ensemble, Amable dit à Laura :

— Philippe est beaucoup mieux.

Laura, qui mettait quelques objets en ordre sur la table, frémit et rougit. Puis, incapable de résister au désir d'entendre parler de lui, elle regarda attentivement sa sœur.

— n est parti pour Gorfou, continua Amable. Il n'a gardé Arnaud que trois jours après notre départ. Arnaud nous a rejoints à Genève, nous disant qu'il avait repris seà forces d'une manière surprenante. Voulez-vous me donner mon panier? Je vous lirai une partie d'une lettre qu'il m'a écrite.

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