‹ L'héritier de RedclyffeChapitre 51 sur 51 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

Ainsi les Ames trop élevéiipiir leur nature, Titp abaissées par la souffrance, TrouTentrdans lefdouoeara de la celigien, Un juste milieu entre la joie et la douleur;

Bi éeoutant la Parole de Dien,

Qui les console dans leurs maux»

Elles sont reconnaissantes pour ce qui leur est pardonné»

Et humiliées par tout ce qu^elles re^oinent.

{Awélh chrétienne.)

Une belle après*midî, vers la fia d'avijl^ Cbaries, ouvrant la porte du cabinet de toilette, s'arrêta en souriant. Amable était assise sur le tapis, devant le feu, étendant les mains et retenant la petite Mary, qui poussait des cris de joie, et agitait sa petite tête blonde et bouclée, ses bras potelés et ses pieds mignons. Elle vei^it de remporter une grande victoire sur sa manqn, en s'emparant de ses cheveux, et en les f!arfsant sortir de dessous le bonnet qui les cachait d'ordinaire. La figure rougis^nte de la jeune mère,

à demi cachée sous ses boucles brillantes, rappelait tout à fait la petite Amy d'autrefois^

— Voilà qui est bien ! s'écria Charles enchantée Tirez-les toutes dehors, que nous voyions encore les cheveux bouclésde votre maman !

— Non I je ne porterai plus mes cheveux bouclés ! dit-elle si tristement, que Charles fut fâché d'en avoir parlé. Elle s'en aperçut et s'eflforça de sourire en cachant ses cheveux sous son bonnet

— Madame Henley est-elle arrivée? demanda-t-elle.

— Oui, on en ferait deux Philippe, car elle est aussi grande et deux fois aussi large. J'ai cru voir Junon s'approcher de moi à la station.

— Comment vous êtes-vous arrangés ensemble ?

— A merveille, je lui ai parlé âô tout, et je lui ai répété, ce qp'elle ne pouvait croire, que ce sera une réunion des plus tranquilles^ où il n'y aurait que la famille et Mary Ross. Elle pense que c'est à cause de vous, et je ne lui ai pas dit que c'était leur désir. Il est heureux que ces Kilcoran aient dégoûté mon père des mariages à grand fracas, car Philippe n'a jamais pu les souffi*ir.

— Oh ! la petite méchante ! encore mes cheveux.?... Vous savez que Philippe est fort ennuyé de ce M. Fielder. Lord Kilcoran le prie de l'aider à chercher une place.

— « Il en cherchera une le reste de sa vie ! dit Charles. Un homme qui cherche une place est un homme perdu. Ces Fielder seront toujpurs un v^er rongeur pour Philippe et Laura; cai* l'un se reproche d'avoir

introduit M. Fielder dans la maison, et Tautre d'avoir donné à Eva le mauvais exemple.

— Je voudrais, dit Amy,^ qu'Eva s'éloignât de ses parents. Ce que notre tante Charlotte écrit à son sujet fait à Laura une peine infinie.

— Fort bien ! Elle espérait être madame Fielder et continuer cependant à tenir le rang de fille d'un comte ! Elle verra bientôt ce que c'est que d'être la femme d'un pauvre homme.

— Je suis sûre qu'une position difficile fera briller les bonnes qualités d'Eva.

— Oui, si elle ne les a pas déjà gâtées à l'heure qu'il est... comme cette petite fillette gâte vos cheveux ! Voyons, petit chat, qu'avez-vous à dire à votre oncle?

— n faut lui dire bonsoir, dit Amy en se levant pour l'emporter; il est temps d'aller chercher Anne. Bonne nuit, oncle Charles !

Comme Amable venait d'emporter son enfaut, madame Edmonstone et Charlotte entrèrent, après avoir conduit madame Henley à sa chambre. Madame Edmonstorte demanda où était Amy.

— Elle vient d'emporter sa fille. Je voudrais que vous l'eussiez vue jouer avec elle tout à l'heure. Cette chère petite avait fait tomber tous les cheveux de sa maman autour de sa figure, en sorte qu'elle avait tout son air d'autrefois.

— Je suis heureuse qu'Amy supporte si bîçn l'approche de ce mariage. Elle s'est occupée tout le jour des préparatifs. Qui aurait pu le prévoir?

— Et qu'enfin nous garderions Amy avec nous? dit Charles. Je ne puis me reprocher la joie que j'éprouve de la posséder, à présent qu'elle est si paisible et si calme.

— Viendra-t-elle à l'église demain? Je n'ai pas osé le lui demander.

— Ni moi non plus.

— Elle m'a dit qu'elle y viendrait, dit Charlotte.

— J'espère qu'elle n'en sera pas trop affectée.

— Elle nous gronderait, si elle nous voyait plus occupés d'elle que de la mariée.

— Pauvre Laura î dit madame Edmonstone. Je suis bien heureuse que tout finisse bien: ils ont tant souffert!

— Et ce n'est pas en vain, dit Charles. Philippe est...

— Oh ! je ne dis rien contre lui ! s'écria madame Edmonstone. 11 est très distingué, il est excellent; il la rendra heureuse.

— Assurément, reprît Charles, il est fait pour tenir un rang élevé dans la société^ justement parce qu'il est au-dessus de ce désir; la seule raison qui nous empêche de lui rendre une complète justice, c'est que nous le comparons à un autre qui était trop bon pour ce monde.

— Si maman le compare à notre hôte d'aujourd'hui, elle le trouvera parfait, dit Charlotte. Heureusement elle est obligée de retourner chez elle aprèsdemain.

— Quoique j'aie pardonné à Philippe de tout mon

cœur, continua madame Edmonstonne, je ne pourrai jamais l'aimer comme |e l'aimais autrefois.

— Moi Je l'aime beaucoup mieus, dit Charlotte.

— Et moi, ajouta Charles, je puis dire qu'autrefois je ne l'aimais pas du tout. Je ne pouvais le souffrir, et, si Waller ne m'avait présenté l'exemple d'un autre genre de mérite, il m'aurait complètement aigri contre tout ce qui avait l'air de la vertu. Cest ce que j'ai senti aussi longtemps -qu'on a admiré Philippe, et c'est seulement après avoir vu son profond repentir que' j'ai compris la grandeur et la noblesse de son caractère.

— C'est vrai, ajouta madame Edmonstone. Je ne l'aurais jamais cru capable de regrets si profonds^.

Cependant madame Henley était très satisfaite de l'impression qu'elle croyait avoir produite sur la famille de sa tante, surtout sur Charlotte et Charles. La première annonçait de l'esprit, et le second était un jeune homme distingué, qui pourrait être fort utile à Philippe. Elle trouvait que Laura était belle et ressemblait à sa propre famille, et que, malgré la diflërence de fortune-, elle conviendrait mieux à son frère que celte pâle et silencieuse petite Amy.Si madame Henley l'avait vue seule avec son enfant elle aurait été bien surprise. k

— Un baiser pour papa et un pour maman, disaitelle en levant de son berceau Tenfant dont le sommeil avait rougi les joues. Malin et soir elle lui répétait ces mêmes paroles, et recevait avec joie le double baiser que Mary avait appris k lui donner. Elle était

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beareuse aussi de lui montrer le portrait de son père et de lai faire dire : Papa, en O^ié que ce nom et cette idée devenaient familiers à l'enfant dès son bas âge.

Après qu'Amable eut un peu joué atec elle, Anne vint la prendre, et la jeune veuve is'habiHa pour la première 4ém sans crêpe. Elle revêtit le costume qu'elle comptait porter le reste de sa vie: une robe de soie noire, et un irimple petit bonnet de dentelle sur ses cheveux en bamdeaux. •

— Non ! je ne veux pas soupirer, dit-elle ; cela ne m'éloignera pas de lui, et il aurait été si heureux aujourdTnii !

Puis eMe mit le bracelet que €haik^s lui avait donné, [ et cette broche d'argent qu'elle avait portée à Recoara, ïe jour de sa dernière promenade avec Walter. EHe se rendit bientôt après chez Laura, l'aida à s^habiller, et la calmait, la soutenait par de douces paroles. Le costume de mariée de Laura était bien plus simple que ne l'avait été celui d'Amy ; les époux avaient désiré que leur mariage fût aussi difiFerent que possible de celui de Walter. Ensuite Amy descendit pour voir si tout était prêt. Elle trouva que la table du déjeuner n'avait pas un air de fête; elle appela Charlotte pour Faider à l'orner de fleurs. Charlotte était surprise que sa sœur eût oublié combien la vue des fleurs l'attristait l'été précédent. Amable courait d'une plante à l'antre, choisissant les plus belles, et faisait, avec son goût accoutumé, de peths bouquets pour chaque convive,* puis elle les mit à la place de chacun. On eût

dit qu'elle seule pouvait sourire ce jour-là, excepté M. Edmonstont, qui était ravi de la voir gaie dans son nouveau costume. Il dit à part à madame Henley que sa petite Âmy était un vrai bijou, et la meilleure des filles avec Laura. M

Madame Henley était magnifique avec sa plus belle '

robe de soie. Madame Edmonstone avait les larmes aux yeux ^ elle était aimable avec chacun ,^ans parler beaucoup. Charlotte était grave, attentive, et prête à se rendre utile. Charles observait tout le monde , et donnait quelques ^directions. Laura avait cet air composé qu'elle savait prendre depuis longtemps. Philippe arriva le dernier, et sa figure annonçait seulement qu'il soufiFi^it d'un grand mal de tète. j

Ce mal était si violent qu'il fut contraint de se ^

coucher sur le canapé du cabinet de toilette. Amable |

sortît, disant qu'elle allait lui chercher du camphre; Laura demeurait assise, en s'eiforçant de paraître calme. Le père s'agitait, et la présence de sa fille Tempéchait àeule de dire que Philippe n'était pas assez bien pour que le mariage pût avoir lieu ce jour-là. Charles parlait d'un ton gai , disant que la santé de Philippe était cependant beaucoup meilleure, et que ce mal n'était qu'une chance malheureuse.

Madame Henley l' écoutait et répondait, mais elle i

n*y comprenait rien. Après déjeuner, elle entendit i

Amable parler à -Laura dans l'antichambre, a U est mieux , dit-elle^ portez-lui cette tasse de café , et je .

vous appellerai quand il sera temps de partir. » Ama- '

ble et Charlotte firent mettre dans la voiture tout ce 1

I qui lui était nécessaire pour le voyage; car les nou-

j veaux mariés devaient partir au sortir de l'église ,

j • sans revenir à Hollywell.

[ Au dernier moment , Amable vint avertir Philippe

"^ qu'il était temps de se mettre en chemin, s'il voulait

I aller à pied à l'église, ce qui vaudrait mieux pour sa

tête.

— Dois-je vous dire adieu à présent? demanda Philippe.

— Non, je vous reverrai à l'église, si vous ne craignez pas de m'y voir comme je suis.

— Pourrions-nous nous passer de notre ange gardien , Laura? demanda Philippe.

ï — Vous savez qu'il y serait allé, dit Amable; per-

sonne n'aurait été plus' heureux que lui, ainsi je vous remercie.

— C'est nous qui vous remercions de vouloir bien venir ^ s'écria Laura. C'est une consolation.

Ils la quittèrent. Elle demeura seule un moment à regarder sa petite fille , que sa bonne promenait dans le jardin. Elle allait ouvrir la croisée pour attirer son attention et la faire pousser un de ses joyeux a maman ! s> lorsque Philippe entra dans le jardin et traversa la pelouse. Mary l'aimait beaucoup; elle était flattée des attentions qu'avait pour elle le plus I grand personnage de la maison. Elle lui tendit les

bras en faisant entendre un petit cri de joie. Philippe s'approcha , la prit des mains de sa bonne, et l'embrassa tendrement, pendant qu'elle entourait son cou de ses petits bras. Elle ne voulait paS retourner vers

Anne; et, quand il s'ébigna^ elle le r^gacda encore^ en lui offi*ani les primevères et les violettes qu'elle tenait dans sa main.

Lonscpie Amable re%itPhilippe ài'égliae^il avait ces Heurfi à sa boutonniècer^ et 'comprit que ce témoi- >gnage spontané d'affection de laiiUe de Walter lui était plus précieux que toutes les preuves d'amitié qu'il pouvait recevoir d'elle-même..

On partit bientôt après pour l'église. Mary Bûss .vifit.au^evant de la société jusqu'à l'entrée du cimetière; elle offrit son bras à Charles^, et M demanda comment. était Âmy.

— Joyeuse au dehors^ dit-il, et je« crois aussi au dedans. Bien ne lui fait iiutant de bien que de le représenter. Etes-vous 8U];prise de la voir ici?

— Non; je pensais qu'elle viendrait, pour montrer mieux encore qu'elle lui pardonna.

— Elle a pardonné,, dit Charles, au point qu'elle a oublié tous fies torts.

Philippe MorviUe et Laura Edmonstone se présentèrentdevant M. Ross. Ce mariage était bien différent du précédent. Les époux étaient plus beaux , eetle fois, quoiqu'ils eussent déjà perdu l'apparence delà première jeunesse. Philippe était toujours un fort bel homme , mais on l'eût pris pour un homme de trentefflnq ans, tant les soucis avaient ridé son front; et Laura, vêtue d'une simple robe de mousseline blanche et d*wà chapeau blanc , avait àpeioè Tair d'une ma* mée^ Cependant elle avait beaucoujp de &atcheur , et £'était seulement son expression soucieuse et réfléchie

qui la faisait paraître plus âgée qu'elle ne Tétait séellement. Tout le monde était grav^ , 6i, caxttre toute attente, on ne versa pas une larme. Madame Edmonstone était moins préoccupée de la mariée «que de la jeune femme en noliÇ .debout à ses tàtés^ la tète baissée , et pressant de sa main droite son anneau de mariage sous son gant blanc.

Le service terminé , Laura se jeta au cou de sa mère.

— Votre pardon! chère maman i Je cou^ends aujourd'hui combien j'ai été coupable.

Pauvre jeune fiUe ! Elle avait trop offensé ses parentS; pour les quitter avec un cœur aussi serein et aussi ren^ d'espérance que sa Aôur l'avait fait. Le baiser que madame Edmonstone lui donna fut mie réponse {dus que suffisante. U y avait bien de$ meis qu'elle ne l'avait embrassée ainsi !

Philippe dit à peine quelques mots , et ne répondit guère que par des regards et des gestes aux ptardes affectueuses qu'on lui adressa. Mais^ quand il prit ccmgé d'Âmable, il lui dit :

— Ma sœur, à présent !

— Et 5on frère, répondit-elle. Adieu!

Dès qu'Amable fut seule avec Cltarles dans la voiture, elle versa uft torrent de larmes.

— Amy ! lui dit-il , était-ce un trop grand effwt? -^ Non 9 dit^elle en se remettant, je suis heureuse;

c'était son plus grand désir. A présent^ ious ses vœux sont accomplis.

— Et vous êtes délivrée d^n grand S0uci. J)ésor-

mais Laura soignera Philippe; il ne vous restera que votre fille, et nous allons commencer notre vie de famille.

Amable sourit.

— Amy^'je voudrais être sûre que vous êtes heu-' reuse.

— Je le suis, Charles, croyez-moi. Vous êtes tous si bienveillants pour moi , et c'est une si grande bénédiction, que je sois recueillie avec mon enfant sous le toit paternel ! Vous savez quelle douceur c'était pour lui de me rendre à vous.

— Vous n'êtes donc pas heureuse uniquement parce que vous croyez devoir l'être ?

— Non, certainement. Ne dois-je pas être heureuse en me soutenant qu'il l'a été? Et, quand je vois tous les soucis qui accablent Philippe , puis-je les regretter pour Walter? Ne vaut-il pas mieux qu'il n'ait eu de la vie que sa fraîcheur et sa beauté ? Nous avons été heureux ensemble ; maintenant , j'ai le plaisir et l'honneur de porter son nom , et la consolation d'élever notre enfant. Oh! Charles, je dois être heureuse!... je le suis; croyez-le. Avec vous et mes parents , et tous les autres encore ! Ne vous figurez plus que je m'afilige en secret ; je sais qu'il est heureux , et son souvenir me rend doublement précieux les biens qui me restent.

— Oui , dit-il en contemplant sa figure animée, et dont l'expression rappelait pliis que jamais celle ds son mari, oui^ Amy , je crois que vous êtes heureuse, et que rien, dans ce monde, ne pourra détruire votre paix.

* — Rien que mes fautes, rien d'autre ne peut nae

séparer de lui.

— Il avait en effet le don de répandre la joie et la paix sur ses alentours , dit Charles d'un air pensif.

-i. Amy, je ne sais si vous devez à votre époux autant

que je lui dois. Vous étiez bonne à quelque chose avant de Tavoir connu; mais moi, quand je me rappelle ce que j'étais avant son arrivée, je me dis qu'il m'a fait entrer dans une meilleure voie. Quel être misérable je serais à présent sans lui ! Mais grâce au rayon céleste dont il m'a éclairé , je suis plus heureux, en vérité, que si j'avais de bonnes jambes comme tout le monde !

— Plus heureux ?

— Oui; personne n'est aussi choyé que moi, personne n'a n^ins de soucis. Personne n'a une maman pareille, sans parler de m»petite Amy, de Charlotte et de miss Morville. Et quant à ce qui en est de n'être

bon à rien, comme je m'en désolais autrefois Eh

bien, quand le député de Moorworth gouvernera le pays, moi, je gouvernerai le district de Moorworth!

— Vous nous avez été toujours très utile à tous, répondit Amable. Ni papa, ni Philippe ne peuvent se ■ passer de votre aide pour écrire. Et puis je compte sur

'^ votre secours quand ma fille grandira !

— Est-ce là le résultat de vos réflexions sur ce gros livre d'éducation que je vous voyais tenir l'autre jour? Pourquoi ne demandez-vous pas des avis à madame Henleyî

I Amy se mit à rire comme elle riait autrefois.

-^-ir est donc certain que vous demeurerez avec nous?... Ce n*est pas que je me sois figuré vous voir établie de notre côté, ma petite-Amy ; mais il faut décider^ ce me semblé, quels airaigements seront pris au sujet d'un personnage aussi important que lady Morville.

— Oui , il vatit mieux nous^ eatetidre, dit AmaMe. Papa comprendra qu^ je ne ptïis redevenir une jeune fille; Charlotte ira dans le monde avec lui, pour jouer le rôle de mademoiselle Edmonstone; elle nous fera hômieur à tous par son esprit et sa jolie figure. Moi, j'élèverai ma ftUe, je remplacerai Laura à l'école, et * je n'aurai pas besoin de voir du monde : quel soulagement ! Et c'est là justement ce que Walter aurait désk*é«

Telle ftit dès lors la vie d*AmabIe Morville. On peut deviner aussi quelle fut celle de Philippe et de Laura. Philippe se distingua par ses talents et ses vertus, et devint l'un des hommes les plus honorés de son pays^ Oh te regardait en général comme comblé des faveurs de la fortune^ puisqu'il était dans une position si fiflféifente de celle à laquelle il pouvailf\8'attendre au commencement de sa carrière, et toute sa famille était fière de lui. Cependant son existence était extrêmement fatigante et laborieuse, et Laura, partagée entre les soins qu'exigeaient la santé délicate de son mari et les soucis d'une maison où l'on devait recevoir beaucoup de monde, avait peu de temps pour

oogle

goûter les plaisirs de la vie domestique et pour s'occuper de ses enfants^ qu'elle connaissait plus par les observations de sa sœur que par les siennes propres. Aussi, malgré l'affectitta tendre et dévouée qu'ils conservèrent toujours l'un pour l'autre , on s'étonnait quelquefois de voir Philippe continuellement grave et naélancolique. Mais il y eut quelqu'un qui ne put jamais comprendre pourquoi les autres le trouvaient froid et sévère, et pourquoi ses propres enfants n'avaient pour lui qu'une affection craintive et respectueuse, quelqu'un à qui il montra toujours une indulgence extrême et une tendresse presque respectueuse... c'était Mary Verena Morville.

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