‹ L'héritier de RedclyffeChapitre 6 sur 51 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

La piété ne peut-elle faire cesser II discorde ni guérir une haine héréditaire?

(Scott.)

Madame Edmonstone désirait vivement que.Waltc|^ et Philippe devinssent amis, pensant cffte^la sagesse précoce de Tun aurait une heureuse influence sur l'autre. Aussi était-elle affligée de ce petit nialen* tendu au sujet du cheval. M. Edmonstone pardonna facilement à Walter et lui prédit qu'il deviendrait un grand savant, ce que celui-ci prit pour une excellente plaisanterie. Philippe, aussi, eut Tair de pardonner. Mais Laura vil avec regret qu'il ne comprenait pas Walter. Sa vivacité contenue, son impatjence naturelle, qui ne lui permettait pas de rester un moment en repos, rien de tout cela n'échappait à Philippe, qui persistait à se défier d'un caractère si* pétulant. Walter avait la mauvaise habitude, en écoutant une lecture, ou en prenant, part à une converva«: tion, de jouer sans cesse avec les ciseaux, avec son

couteau ou avec tout autre olijel qui se trouvait à sa portée. Cela avait été remarqué par tous nos jeunes gens, qui le firent aussi observer à madaoïe Edmonstone.

*— Jf le corrigerai, dit-elle.

— Vous avez du courage, ma tante, si vous osez aborder un pareil sujet, répondit Philippe.

— Est-ce que vous me défiez?

— Assurément il ne vous répondra pas autrement que par un regard .foudroyant, mais c'est plus que vous ne désirez.

— Cependant maman lui a déjà fait perdre l'habitude de trépigner dans rantichambre^ quand on le fait attendre, dit Laura; pourquoi n'apprendrait -il pgs de même à tenic ses mains en repos?

En effet, d^ le courant de la soirée, madame Edmonstône le-pHa en souriant de laisser tranquille un verre quHl tournait dans ses doigts. Plus tard, Walter ayant recoipmenpé à jouer, mais avec des lunettes et leur étui, elle hésitait à l'éprouver encore devant Philippe, lorsque l'étui arrangea tout en refusant soudain de s'ouvrir, parce que le ressort en était cassé. Walter fut un peu honteux de sa sottise, et Amy ne put s'empêcher de rire. Pour Philippe, il ne fit semr blant de rien, et sa figure prit seulement une expression un peu dédaigneuse. Quand il fut parti, madame Edmonstone dit à Walter :

— L'étui à lunettes m*a prévenue au moment où 1 vous prier de vous corriger... d'un rien, d'une

î votre mère vous aurait fait perdre dès

^igitized by VjOOQ IC

rage de cinq ans, et dont vous pourrez vous défaire en vous observant un peu vous-même.

Walter la* remercia et dès lors il {ie surveilla continuellement ; il posait brusquement sur la table les objets dont il se sentait prêt à faire ses jouets ; et Philippe lui-mêrpe avoua qu'il fallait de la force de volonté pour se corriger d'une habitude si invétérée. — Mais, tout en rendant justice aux qualités l'un de l'autre, les deux cousins continuaient à n^ pas s'entendre, et la petite Charlotte pouvait à peine croire qu'ils ne voulussent pas continuer la querelle de f^*mille, quoiqt^e tous deux lui eussent assuré que non.

Pauvre petite Charlotte ! Elle allait perdre à Pâquep i»e$ deux compagnons de jeux. Walter devait partir pour Oxford à cette époque; ji enamènerait Trim avec luj. Il avait même été question 4e prfudre ausçi William, le groom et Deloraine ; mais Walter y renonça, craigpant qu^ les promenades à cbev^) ne Iqi fissent perdre trop de temps.

Le vieux M. Morville avait alloiîé à son petit->fi|«, jusqu'à sa majorité, une pension suffisante, mais qui ne lui permettait pas de faire des dépenses follei. Philippe lui-même la déclara à peine convenable pour un jet:|ne homme dans sa position.

~ Vo^s savez, dit M. Edmoqstone en hésitant im peu, mais avec ça bopté habituelle, vous save? que, s'il vous faut un peu plus, vous n'avez qu/à me le dire; ce serait mieux que de faire de§ dettes.

— Cela suffira, répondit Walter, du même lonj il avait réglé ces heures d'étude.

usage, et certainement ce serait grand dommage de ne pas conrtnuer vos lectures.

— Comment cela me serait-il possible, quand je ne vous aurai plus pour les fafre avec moi? Vous savez bien qu'un maître et de vraies leçons n^uraicnf pas le même charme, et cependant je ne puis ilen faire seul.

— Et vos sœurs?

— Oh ! I^ura est déjà trop avancée, et si j'avais le malheur de faire une savante de ma petite Amy, quelle consolation me resterait-il? Cependant, si elle prenait la science à la manière dé Mary Ross, il n'y aurait pas encore grand mal.

Amy entra en ce moment.

— Amy, dit Charles, Walter me propose de lire tous les jours avec vous quelque chose de si sérieux, que vous en devfendrez sèche comme un bftton et bleue comme

— Bleue comme une gentiane, interrompit Walter.

— Je ne craindrais point de ressembler à une gentiane, dit Amy en riant : mais de quoi est-il question?

— De me remplacer, dit Walter, et de continuer avec Charles les lectures que nous avions commencées ensemble.

— Eh! bien, Amy, qu'en dites-vous?

— Oh ! Charles, je vous remercie. Est-ce que vous ne plaisantez pas? J'avais déjà pensé au plaisir de faire quelque chose de ce genre avec vous, seulement je craignais de vous impatienter par mon ignorance.

Cette affaire arrangée, Charles promît à Walter de lui écrire quel en serait le succès ; mais il résolut de n'en rien dire à Philippe, pour ne pas lui procurer le plaisir de croire que Ton suivait ses avis.

Charles avait décidément pris une grande affection pour Walter, à qui il ne reprochait qu'une trop grande déférence pour les avis de Philippe. Il y avait bien toujours de temps en temps quelque orage prêt à éclater entre les deux Morville ; mais les choses n'allaient pas loin, grâce au calme de Philippe et à la facilité avec laquelle Walter reconnaissait ses torts. D'ailleurs, il écoutait avec plaisir les conseils de Philippe sur son séjour à Oxford, et madame Edmonstone était touchée du désir que ce Jeune homme montrait de fuir le mal.

— Il part animé d'excellentes intentions, dit Philippe, après que la voilure qui l'emmenait se fut éloignée.

— J'espère qu'il ira bien, dit madame Edmonstone*

— Je le souhaite , ajouta Philippe. Il a de bons principes, qui sont une garantie ; mais ses manières agréables lui seront un piège ; puis son rang, sa fortune, sa vivacité, tout cela sera-t-il suffisamment contre-balancé par son amo^ir de l'étude ? Pauvre jeune homme ! Je souhaite qu'il marche droit !

Page 1