‹ L'héritière, comédie-vaudeville en un acteChapitre 7 sur 20 · GOURVILLE, GUSTAVE · texte numérisé non relu

GOURVILLE, GUSTAVE

g ou r ville, à part.

L'imbécille, il semble prendre plaisir à détruire tout ce que j'ai fait pour lui.

C'est une si bonne chose qu'un civet, quand il est bien fait! avec une sauce comme celle-là, on mangerait son oncle. J'espère que vous me tiendrez compagnie.

GOUB. VILLE.

Ah! ça, morbleu! je ne te conçois pas ce matin, tu fais exprès de ne penser qu'à manger.

GUSTAVE

Eh! parbleu! à quoi voulez-vous que pense un appétit de chasseur?

GOURVILLE

Mais au moins tu aurais pu n'en pas parler à chaque instant. Et puis quelle conduite tiens-tu avec madame de Melval? une femme charmante, une maîtresse de maison qui nous reçoit à merveille : tu ne lui adresses jamais une parole aimable , pas un mot de galanterie.

GUSTAVE

Tout à l'heure encore je lui ai baisé la main, et je lui ai adressé quelques phrases que je ne me rappelle plus; mais qui étaient bien persuasives.

GOURVILLE

Parbleu ! citait pour lui demander à déjeûner.

GUSTAVE

Eh! si on n'était pas éloquent dans ces moniens-là, quand le serait-on? vous ne sentez pas, comme moi, mon cher oncle...

Encore ? ah! ça, voyons, est-ce que tu ne seras jamais raisonnable? parlons un peu sérieusement; ne serait-il pas temps de t'occuper de ton établissement?

GUSTAVE

A quoi bon? n'ètes-vous pas là? je suis votre seul parent, vous avez quarante mille livres de ren;e (voyant Gou^rville qui fait un geste)', je ne vous les demande pas, je n'en veux pas , gardez-les le plus long-temps que vous pourrez. Seulement s'il se présente quelque bonne affaire , quelqu' entreprise, vous m/avancerez une centaine de mille francs, ce sera ma dot, et avec cela...

GOURVILLE

Un instant ! comme tu y vas, cent mille francs !

GUSTAVE

Ça vous gène-t-il? ne me les donnez pas, je n'y tiens point, je ne suis qu'un soldat, et quand j'aurais cent mille francs dans ma poche , ca n'empêche pas un boulet de canon de m'emporter. Ils en ont enlevé qui pesaient plus que moi.

GOURVILLE

Ce n'est pas cela que je veux te dire. Mais si, par exemple, il se présentait pour toi un mariage avantageux, parle-moi franchement, serais-tu disposé à te marier?

GUSTAVE

Du tout. Je veux rester libre et indépendant. Je ferai comme vous, je mourrai garçon.

gourville, à part.

x\llons, c'est comme un fait exprès... (haut) Cependant toi qui aimes tant les dames, s'il s'en présentait une jeuuo et jolie, d'une taille charmante!

Parbleu, si vous allez m'offrir la frémis de Mcdicis..., il est bien sûr....

g GOURVILLE.

Non. Ce ne serait là qu'une statue, et celle dont je yeux te parler, est animée par tout ce qu'il y a de bon et d'aimable. Je ne sais à qui te la comparer. Mais tiens, si par exemple elle ressemblait à madame de Melval, qu'en dirais- tu?

GUSTAVE

Je dirais que je n'en veux pas.

GOURVILLE

Parbleu , tu es bien difficile.

GUSTAVE

Elle fait déjeuner trop tard.

GOUR VILLE

Encore.

GUSTAVE

Air : Ainsi que vous , mademoiselle.

J'en conviens , elle est fort jolie,

Et d'un caractère très-bon,

Tïès-forte sur la broderie ,

Sur la momie et le boston ; Dans son ménage, active , vigilante, Et des vertus... mais à n'en plus finir : Enfin , mon oncle 9 une femme excellente , "Voilà pourquoi je ne puis la souffrir.

gour ville , à part.

A merveille! ils se sont donné le mot, et il y a entre eux de la sympathie, (haut) Ah ! lu ne l'aimes pas?

GUSTAVE

Non, mon oncle.

GOURVILLE

f Eh! bien, tuas grand tort; parce que si je te disais, si tu savais....

GUSTAVE

Je vous devine : elle a du penchant pour moi , n'est-il pas vrai? eh bien, tant pis, je ne peux jamais aimer les femmes qui m'aiment. C'est toujours la même chose.

Àir de ma tante Aurore.

On n'a plus ni plaisir, ni peine , Quand les dénoûmens sont prévus j Les amours n'ont qu'une semaine Dont tous les jours sont convenus.

Le lundis l'on voit une femme , On fait l'aimable le mardi , Le mercredi , l'on peint sa flamme , Elle vous répond le jeudi :

On est heureux !e vendredi ...

On se quitte le samedi; Et le dimanche tout est fini , Pour recommencer le lundi.

Je n'en ai aimé qu'une dans ma vie, et pourquoi?... c'est qu'elle est partie le jeudi pour la Guadeloupe.

gourville, à part.

Dieu ! j'allais tout gâter, changeons de batterie, (haut) Eh ! bien , mon ami , lu vas te trouver ici à merveille; et tu ne pouvais pas mieux tomber, car madame de Melval ne peut pas te souffrir.

Qu'est-ce que vous me dites donc là?

GOURVILLE

Elle m'en faisait l'aveu tout-à-1'heure. Elle te trouve brusque , peu galant, peu aimable, ne songeant qu'à la chasse ou a la taLle.

GUSTAVE

Vraiment !

G OU R VILLE

Ce qui a bien une apparence de raison. Moi, tu entends bien que je te défendais. Je soutenais que je t'avais vu à Paris , dans les meilleures socie'tés , briller par ton esprit, ton bon ton. Et comme elle avait l'air d'en douter, je me suis permis de lui raconter quelques-unes des glorieuses aventures qu'on t'attribue dans le monde. Je sens que c'était indiscret; mais je tenais a la convaincre,

GUSTAVE

Il n'y a pas de mal, mon oncle, il n'y a pas de mal. Eh! bien, qu'est-ce qu'elle a répondu ?

GOURVILLE

Qu'elle ne pouvait pas concevoir le goût de ces dames; et que si elle avait été a leur place , elle répondait bien que pour elle...

GUSTAVE

Ah ! elle a dit cela !

Et mille autres railleries plus piquantes encore; au point que je me suis mis en colère , et que je lui ai soutenu que, malgré sa fierté, si tu voulais t'en donner la peine, je la verrais elle-même....

GUSTAVE

Oui, morbleu !

GOURVILLE

Elle s'est contentée de sourire d'un air dédaigneux, en levant les épaules ; et c'est dans ce moment laque tu es arrivé. J'aurais voulu pour tout au monde que tu parusses à ses yeux avec tous tes avantages. Eh ! bien , pas du tout ! tu vas justement par ta conduite et tes discours, lui donner encore gain de cause. Aussi tu as pu voir le petit air triomphant avec lequel elle nous a quittés. Voilà d'où venait ma colère , parce qu'enfin, je tiens a l'honneur de ma famille.

GUSTAVE

Soyez tranquille, mon cher oncle, je vous réponds que nous serons bientôt vengés. Voulez-vous parier que dès demain elle m'aime.

gourville, d'un air de doute.

Oh! demain, tu me permettras de te dire...

GUSTAVE

Eh! bien, vous verrez.

GOURVILLE

Je ne demande pas mieux, mon garçon. Je t'avertis seulement que tu auras de la peine. Ah! ça, tu me tiendras au fait de tout ce qui arrivera.

Parbleu ! sans cela notre vengeance ne serait pas complète. Il faut que nous puissions rire à ses dépens.

GOURV1LLE.

Surtout, prends l'air bien amoureux, bien sentimental ; on ne triomphe des grandes vertus que parles grandes passions.

GUSTAVE

Parbleu!... n ^allez-vous pas m'apprendre ce qu'il faut faire !

GOUR VILLE

Non, mon ami, non, je n'ai pas tant d'esprit, tant d'adresse que toi; et je le laisse combiner ton plan d'attaque, (à part.) A merveille, les voilà aux prises, et ils ne feront hiaintenant que ce qui me plaira.

Air du vaudeville de la Somnambule.

Allons, mon cher* il y va de ta gloire , Point de scrupule, il faut soumettre un cœur; Je fais ici des vœux pour la victoire, Mais je rirai } si tu n'es pas vainqueur.

GUSTAVE

De mon adresse elle sera victime.

GOURVILLE

Je te croirai quaud tu triompheras,

GUSTAVX.

On est touchant , surtout quand on exprime Le tendre amour que l'on n'éprouve pas. ( Gourviile sort. )

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