‹ L'hermite de la Guiane, ou Observations sur les moeurs et les ..., Volume 2Chapitre 3 sur 41 · UNE MAISON · texte numérisé non relu

UNE MAISON

forêt de Senard ; je n^en suis pas moins prêt à vous suivre. — Qui vous parle de la forêt de Senard? nous ne sortirons pas de Paris. — Mais il était question de campagne ? — Sans doute, de la campagne à Paris. — J'entends :

d^un bal champêtre dans la Cité ? — Non pas : d'une véritable maison des champs , sise dans rîle Saint-Louis , où vous trouverez , sous les formes* les plus aimables de la ville , toute la simplicité des mœurs patriarchales , toutes les vertuyavec toutes les grâces; où vous admirerez pour la première fcHs peut-être- TailiaBce de l'opulence et de l'économie , de l'cN^dre et de la liberté , de la décence et du plaisir. — £h vite ! partcms , madame; on n'arrive jamais kop tât pour voir un miracle. »

!Nott5 moaions en voiture; nous, prett4>iis notre chemin le long des qubaiâ de la rive droit» 4e la Seine» et nous entrons dans l'ik Saial-i Louis par le pont de la Tournelle. !N^u3 pa£H sons devant ce fameux hiÂtal Bf et^avilliers , où les fermiers -- généraux tenaient auti'efoi& leurs assises; e* à rextrémîte de la rue dite dies Deux-Pents y vers la pointe orienta]^ de L'âe^ nous arrivons par une longue allée plantée d^ar~

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bres à la maison Me M. ie Mérange, remarquable jb rei^éfieur par la !flm âéj^e ainrpliciti^.

«' Il «'est encore que 4i}| hiures^ mt dilt M^^ Lorys ; je sais oik nous trouyerons le maître àii logis, n Nous taunoos autour de la maison^ ef au bout dfim jardin trà»-Taste nous, entrons ^ par une galerie vitrée qui sert d'orangerie ^ dans la serre chastde , où M. de Mérai^e ëtatt occupé à donner oœ. leçon de hotaaîque à son fils y tandis que sa. fiUe desstaaii des; fleurs.

M"' de Lorys fut reçue arec les témoignages de la plus respectueuse affection, et M. de Blérange ^ qjcte j:'avajs déjà vu plusieurs fois chez eUe y m'accujeittiâ avec unie extrême bienveillance. Lakçoa, donlle maître et les éli^ves.se faisaient utt plaisir^ continua en noire présence» ei j'eus Toccasion de reconnaîlare la vérité de ce précepte de Tautenr i^EmUe : « Le^ enfans ne peuvent jamais, avoir de meUlenr précepteur, qœ leur père. 9;

M. de Mérange est un homme die cinquante, ans environ, d'une taille et d'une figure distin-< gaées. La politei^e de S9& manières , qui n'est

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pas exempte. d'une sorte de brusquerie , est une suite de sa bonté naturelle : il aime les hommes , sans avoir pour eux un grand fonds d'estime , et au bien qu'il en dit on peut deyiner le mal qu'il en pense.

A4>eine sortis de l'enfance , Charles et Caroline ont toute la grâce , toute l'espièglerie deleur âge, sans aucun de ses inconvéniens: ils sont curieux sans être indiscrets , et familiers sans &tre importuns; à dix ou onze ans, ils savent plus et mieux qu'on en sait communément i quinze. En témoignant ma surprise à M. de Mérange sur une éducation si précoce, je m'informai de la méthode qu'il avait suivie. «< La plus simple et la plus naturelle , me réponditil : je ne les force point d'apprendre , mais je leur en donne l'envie , et j'en fais naître le besoin. Je me suis aperçu qu'en général on donnait trop'd 'importance à ce qu'on appelle Y inclination des enfans , où je ne vois la plupart datems qu'un indice frivole. Je ne puis changer la nature de la plante , mais je suis maître de-sa direction , et je la plie à mon gré tandis qu'elle est encore flexible. Je sais déjà ce que mes en* fans seront un jour , ou du moins ce que je veux

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qu^ils soient; je les ëlèye pour être bien partout et pour être mieux quelque part ; tout mon système d'éducation est renfermé dans cette maxime de Bacon : Optimum elige \ suaçe et facile ittud faciêi consuetudo. * »

On sonna le déjeuner, et M"* de Mérange, qui avait appris l'arrivée de sa cousine , vint au ' devant de nous. Je ne connaissais point cette dame , qui s'est Mi de sa maison un Elysée dont elle ne «ort presque jamais,, et j'avoue qu'avant de l'avoir vue je n'avais pas une idée complète de tout ce que la grâce , la bonté , la douceur peuvent ajouter de charmes à la beauté même.

Nous trouvâmes dans la salle à manger le père de M"* de Mérange (le vieillard goutteux l6 pli^ aimable et le plus gai que j'aie rencontré de ma vie) ; un jeune homine et sa soeur, dont le père, en ^ittant la France, n'a trouvé d'autre asile pour ses enfans que la maison de son ami de collège ; et un M. André , philosophe d'une espèce très-rare , lequel, de son vivant, a forcé M"« de Mérange à accepter un

* Choisissez ce qu'il y a de mieux ; Thabitude le rendra facile et agréable.

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